Israël : Herzog appelle les chefs de parti à la réalité et à la concorde

Le président invite les responsables politiques à trouver des solutions créatives pour éviter un nouveau scrutin, tandis que Yair Golan dialogue avec la Liste arabe unie

Le président Isaac Herzog lors d'une cérémonie à la résidence présidentielle à Jérusalem, le 8 octobre 2026. (Yonatan Sindel/Flash90)

Dimanche, le président Isaac Herzog a invité les chefs de parti israéliens à « cesser de grimper aux arbres et regarder la réalité en face » au sujet des résultats des élections, alors que les deux camps ont commencé à poser leurs jalons en vue de la formation du prochain gouvernement, avant les consultations officielles prévues cette semaine à la résidence présidentielle.

« Ce mercredi, je recevrai les résultats officiels des élections des mains du président de la commission centrale électorale… le juge Noam Sohlberg », a déclaré M. Herzog lors d’une cérémonie officielle en hommage au premier président d’Israël, Chaim Weizmann.

« Ensuite, j’engagerai les consultations à la résidence présidentielle, dont les portes seront grandes ouvertes à l’ensemble des partis et factions. »

M. Herzog demandera aux dirigeants des groupes parlementaires de la Knesset le nom de la personne pressentie pour le poste de Premier ministre.

Il a dit espérer qu’ils soient prêts à « trouver des solutions créatives afin d’éviter de nouvelles élections », observant que les candidats finissaient inévitablement par « grimper très haut dans les arbres » à un moment ou un autre de la campagne.

« Mais les élections sont terminées et les résultats des urnes sont ce qu’ils sont — c’est la réalité », a poursuivi M. Herzog. « Le moment est venu de dire à l’ensemble des dirigeants : cessez de grimper aux arbres et regardez la réalité en face. Cette semaine, à la résidence présidentielle, nous tenterons de mettre des moyens en place pour permettre aux dirigeants de faire face à la réalité, avec mesure et précaution. »

Les résultats définitifs attribuent au camp du Premier ministre, Benyamin Netanyahu, 53 sièges et aux partis anti-Netanyahu à majorité juive 48 sièges : aucun des deux camps n’a donc une majorité suffisante pour former un gouvernement.

La Liste arabe unie, à majorité arabe, et le parti Raam ont remporté 19 sièges – un record -, ce qui en fait de potentiels acteurs clés dans la constitution du gouvernement.

Ensemble, les opposants à Netanyahu détiennent 67 des 120 sièges que compte la Knesset, mais Yashar, BeYahad et Yisrael Beytenu ont jusque là assuré qu’ils ne se rallieraient pas à une coalition avec des partis arabes non sionistes.

Samedi, le député de la Liste arabe unie, Ahmad Tibi, a déclaré sur la chaîne N12 que son parti recommanderait de confier le mandat à un candidat issu des partis sionistes anti-Netanyahu — vraisemblablement Gadi Eisenkot — et soutiendrait de loin un gouvernement alternatif.

Le parti Raam devrait également recommander Gadi Eisenkot, tandis que Naftali Bennett et Avigdor Liberman n’ont pas encore pris d’engagement public ferme.

Yair Golan, le président du parti HaDemocratim et membre de l’opposition, s’est entretenu avec Yousef Jabareen et Ahmad Tibi, les dirigeants de la Liste arabe unie, au sujet d’une possible coopération lors des négociations en vue de la constitution d’une coalition, indiquent les médias israéliens.

La semaine dernière, Yair Golan s’est entretenu avec le président de Raam, Mansour Abbas, ainsi que d’autres dirigeants de l’opposition, dans le cadre des démarches visant à écarter Netanyahu du pouvoir à l’issue du scrutin.

Yair Golan est le seul membre du camp des anti-Netanyahu à majorité juive ouvertement favorable à une coopération avec les partis arabes pour former un gouvernement ; il milite d’ailleurs en faveur d’une coalition avec Raam.

Le chef du parti HaDemocratim, Yaïr Golan, et des membres de son parti célébrant la victoire au siège électoral du parti à Tel Aviv, après la publication des résultats des sondages à la sortie des urnes le soir des élections, le 27 octobre 2026. (Crédit : Yehoshua Yosef/Flash90)

Selon plusieurs médias israéliens, des personnalités de premier plan du parti YaHadout HaTorah seraient prêtes à soutenir de loin un gouvernement dirigé par Gadi Eisenkot, sans exiger pour cela l’adoption d’une loi sur la conscription mais des mesures législatives et financières destinées à la communauté orthodoxe, et une feuille de route vers un accord sur la conscription.

Le président de YaHadout HaTorah, Yaakov Asher, avait déclaré avant le scrutin qu’il ne se considérait plus lié à un bloc politique en particulier et que le parti conditionnerait son entrée au gouvernement à l’adoption d’une loi encadrant le statut des étudiants de yeshiva au regard du service militaire.

Un allié de Netanyahu évoque les garanties en vue d’une union nationale

Dimanche, le maire de la ville de Dimona (dans le sud), Benny Biton, membre éminent du Likud et allié de Netanyahu, a affirmé lors d’un entretien à la radio Kan Reshet Bet que le Premier ministre souhaitait un gouvernement d’union nationale. Il a avancé l’idée d’un plan dans lequel M. Herzog et le président américain Donald Trump serviraient de garants à un accord entre les camps rivaux.

« Je vous le dis de source directe : Benyamin Netanyahu souhaite l’unité », a déclaré M. Biton.

« Je vous le dis avec certitude, ce n’est ni du bluff ni une manœuvre électorale», a-t-il ajouté.

Benny Biton a dit s’être entretenu avec M. Herzog, samedi, estimant que le président et Donald Trump pourraient aider à surmonter la défiance de l’opposition envers Netanyahu, qui a à plusieurs reprises affaibli ses partenaires dans des gouvernements d’union et manqué à ses promesses.

M. Biton a dit ignorer dans quelle mesure la question d’un gouvernement d’union avait été abordée lors d’un récent échange téléphonique entre M. Netanyahu et Donald Trump.

Il a invité Gadi Eisenkot, Avigdor Liberman et Naftali Bennett à négocier.

« Laissez votre ego de côté. La campagne électorale est terminée », a-t-il lancé.

S’adressant directement à Gadi Eisenkot, il a ajouté : « Je m’adresse à vous, Gadi Eisenkot — vous avez été chef d’État-major [de Tsahal]. C’est le parachutiste qui parle au militaire de Golani : mettez ça de côté. L’État d’Israël est en danger. Il faut immédiatement former un gouvernement. »

Le maire de Dimona, Benny Biton, assiste à une conférence à Tel Aviv, le 19 février 2020. (Miriam Alster/Flash90)

M. Biton a ajouté s’être entretenu, dimanche matin, avec Motti Babchik, membre du parti YaHadout HaTorah, au sujet du service militaire des hommes ultra-orthodoxes. Selon M. Biton, Motti Babchik lui aurait déclaré : « Benny, la question du service militaire peut être résolue. Depuis le 7-Octobre, les ultra-orthodoxes ont eux aussi compris qu’il fallait faire autrement »

M. Biton a également mis l’opposition en garde contre le recours à sa majorité parlementaire pour remplacer le président de la Knesset (membre du Likud), Amir Ohana, sans accord préalable avec le camp Netanyahu, affirmant qu’une telle démarche équivaudrait à « une déclaration de guerre » et pourrait compromettre les discussions au sujet de l’unité.

« Les manœuvres parlementaires unilatérales sont la limite à ne pas dépasser », a-t-il prévenu.

Les partis anti-Netanyahu étudient la possibilité de se servir de leur majorité de 67 sièges dans la nouvelle Knesset pour remplacer Amir Ohana peu après la prestation de serment des députés, le 10 novembre prochain, avant même la formation d’un nouveau gouvernement.

Vendredi dernier, Yair Golan a déclaré à la chaine N12 que le remplacement du président de la Knesset serait l’une des premières initiatives du bloc, suivie de la désignation des présidents de commissions et du lancement des démarches pour installer une commission d’enquête d’État sur les défaillances liées au pogrom du Hamas du 7 octobre 2023.

Samedi, Ahmad Tibi a confirmé à la chaîne N12 que la Liste arabe unie voterait en faveur du remplacement d’Amir Ohana et appuierait la création d’une commission d’enquête d’État sur l’invasion et le massacre du 7 octobre 2023 — deux mesures dont le bloc anti-Netanyahu entend faire sa priorité une fois faite la prestation de serment de la nouvelle Knesset, le 10 novembre prochain.

Le député de la Liste arabe unie, Ahmad Tibi (à gauche), prend la parole lors d’une conférence de presse à Haïfa, le 20 octobre 2026, et le président de la Liste arabe unie, Yousef Jabareen, au siège électoral du parti à Nazareth, dans le nord d’Israël, après la fermeture des bureaux de vote, le soir des élections, le 27 octobre 2026. (Sharon Leibel/Flash90)

Le chef de file de la coalition du Likud à la Knesset, le député Ofir Katz, a exclu tout accord de rotation en vertu duquel Netanyahu partagerait le poste de Premier ministre au sein d’un gouvernement d’union.

« Nous sommes opposés à toute rotation, les résultats des élections ayant témoigné d’un haut niveau de confiance envers nous », aurait-il affirmé, selon la radio de l’armée.

« Ceux qui le veulent sont les bienvenus au gouvernement sur la base de la coalition existante. »

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