Analyse

Israël intensifie sa traque des terroristes du 7-Octobre malgré la trêve à Gaza

Une analyse du Times of Israel révèle une forte hausse des frappes ciblant ceux qui ont participé au pogrom ou maltraité des otages ; plus de 2 700 terroristes ont été éliminés

Le terroriste du Hamas Abd al-Rahman Maher Abd al-Karim Ziyada photographié près d'un char de l'armée israélienne le 7 octobre 2023, sur une photo publiée le 28 juin 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Alors qu’il circulait en voiture dans la ville de Rosh HaAyin, située au centre d’Israël, fin juin, huit mois après avoir été libéré de sa captivité dans la bande de Gaza, l’ancien otage Rom Braslavski a reçu un appel téléphonique d’une officière de l’armée.

« Nous voulions t’informer qu’Abu Yousef, Talel Abd al-Aal, a été éliminé », lui a-t-elle annoncé, faisant référence à un commandant du groupe terroriste du Jihad islamique palestinien, qui l’avait détenu et maltraité durant les deux années de sa captivité.

« C’est sérieux ? », a demandé Braslavski.

« Absolument. Tu n’imagines pas à quel point je suis heureuse et ravie de pouvoir te l’annoncer », lui a répondu l’officière.

« Waouh… Je n’arrive pas à y croire. Attends une seconde, je dois me garer pour une nouvelle pareille », réagit Braslavski, peinant à contenir son émotion. « C’est vrai ? Tu en es sûre à 100 % ? »

Comme pour d’autres frappes menées à Gaza, l’armée israélienne a rapidement publié un communiqué confirmant la mort d’al-Aal, présenté comme un commandant du Jihad palestinien ayant détenu des otages et dirigé des terroristes lors de l’invasion d’Israël le 7 octobre 2023. Selon Tsahal, il représentait également « une menace immédiate » pour les forces israéliennes opérant dans la bande de Gaza.

En affirmant que la frappe relevait de la légitime défense, et non d’une opération de représailles, Tsahal entendait signifier que l’élimination d’al-Aal était conforme aux dispositions du cessez-le-feu négocié entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Hamas, sous l’égide des États-Unis. Cet accord limite les opérations israéliennes aux réponses aux violations de la trêve, notamment lorsque des attaques contre les troupes sont en préparation.

Une analyse du Times of Israel montre toutefois que, malgré le cessez-le-feu, Tsahal a considérablement intensifié ces derniers mois une campagne visant à retrouver et à éliminer les terroristes ayant participé au massacre du 7-Octobre.

Ce Shabbat noir, des milliers de Gazaouis ont pénétré Israël, envahissant communautés, festivals de musique, postes militaires et autres sites, pour y massacrer plus de 1 200 personnes et en enlever 251 pour les emmener en otages dans la bande de Gaza. Cette attaque est à ce jour la plus meurtrière perpétrée contre des Juifs depuis la Shoah.

Israël a établi une liste de tous les Gazaouis identifiés comme ayant pénétré sur son territoire le 7-Octobre, en s’appuyant sur des milliers de vidéos et de photographies de l’attaque diffusées en ligne par les terroristes pendant et après le pogrom, puis analysées au moyen d’un logiciel de reconnaissance faciale. Selon des responsables israéliens, cette liste comprend également l’ensemble des dirigeants du Hamas impliqués dans la planification du massacre.

Des terroristes du Hamas attaquant une base militaire près du passage Erez, le 7 octobre 2023, dans une vidéo publiée par le groupe terroriste palestinien. (Crédit : Capture d’écran/Telegram)

Sur les quelque 5 000 terroristes qui auraient participé à l’attaque du 7-Octobre ou contribué à la détention d’otages, jusqu’à présent, plus de 2 700 auraient été éliminés par les troupes israéliennes, selon des informations obtenues par le Times of Israel, aussi bien lors des combats du 7-Octobre que dans les opérations menées par la suite dans la bande de Gaza.

300 autres auteurs présumés ont été capturés par Israël et attendent d’être jugés par des tribunaux militaires spéciaux, qui n’ont pas encore été mis en place. Les personnes reconnues coupables de génocide encourront la peine de mort.

L’opération visant à éliminer les auteurs des massacres meurtriers du 7-Octobre a été menée par une unité du Shin Bet, le service de sécurité intérieure israélien, baptisée « Nili », en référence au réseau clandestin d’espionnage juif actif durant la Première Guerre mondiale.

Les responsables israéliens présentent cette opération comme l’héritière de la campagne lancée après les Jeux olympiques de Munich en 1972, lorsque le Mossad s’était employé, pendant des années et avec un succès limité, à retrouver et éliminer les personnes impliquées dans le massacre de onze athlètes israéliens.

« Que chaque mère arabe sache que si son fils a participé au massacre [du 7-Octobre], il a signé son propre arrêt de mort », avait déclaré en 2024 David Barnea, alors chef du Mossad, lors des funérailles de l’ancien chef du Mossad Zvi Zamir, qui avait dirigé l’agence d’espionnage du Mossad pendant et après l’attaque de Munich.

« Le Mossad d’aujourd’hui, tout comme celui d’il y a cinquante ans, doit demander des comptes aux assassins qui ont envahi les localités situées à la frontière de Gaza le 7-Octobre, qu’ils aient exécuté le massacre, l’aient planifié ou en aient donné l’ordre », avait-il ajouté.

Un terroriste palestinien, le visage dissimulé sous une cagoule, apparaît sur le balcon des quartiers où les membres du groupe retenaient plusieurs membres de la délégation olympique israélienne en otage, dans le village olympique de Munich, le 5 septembre 1972. (Crédit : Kurt Strumpf/AP)

L’unité Nili a été créée à la suite du pogrom perpétré par le Hamas. Elle est composée de spécialistes du renseignement issus de Tsahal et du Shin Bet, tant parmi les militaires en service actif que parmi les réservistes. Son rôle consiste à mener des enquêtes approfondies sur les terroristes ayant envahi le territoire le 7-Octobre puis regagné Gaza, afin de les localiser et de les neutraliser.

Après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu d’octobre 2025, un responsable de Tsahal avait assuré que les opérations de l’unité Nili se poursuivraient « aussi longtemps qu’il le faudra, jusqu’à ce que le dernier [des terroristes] soit éliminé », et qu’elles étaient menées « conformément au cadre juridique et opérationnel ».

Ni le Shin Bet ni Tsahal n’ont répondu aux sollicitations du Times of Israel concernant cette opération toujours en cours.

Des Palestiniens observent l’épave d’une voiture touchée par une frappe aérienne israélienne à Gaza-City le 7 juin 2026. (Crédit : Omar al-Qattaa/AFP)

Le Times of Israel a analysé plus de 200 frappes menées à Gaza pendant le cessez-le-feu. Cette analyse montre que, depuis la fin de la guerre contre la République islamique d’Iran en avril, Tsahal a considérablement intensifié ses frappes contre les auteurs du 7-Octobre, les terroristes ayant détenu des otages ainsi que des commandants du Hamas et du Jihad islamique. Cette intensification s’est encore accentuée au mois de juin.

Au cours des premiers mois du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, entré en vigueur en octobre 2025, la plupart des frappes de Tsahal à Gaza visaient des individus identifiés par l’armée comme des terroristes ou des suspects qui auraient franchi la ligne de cessez-le-feu, se seraient approchés des troupes et auraient « représenté une menace immédiate ».

Ces incidents se sont produits presque quotidiennement en octobre et novembre 2025, avant de diminuer progressivement. À la mi-2026, les cas de suspects pris pour cible après avoir franchi la « ligne jaune », qui sépare les zones contrôlées par Tsahal de celles contrôlées par le Hamas, étaient devenus rares.

Un soldat de l’armée israélienne occupant une position militaire surplombant la Ligne jaune, dans le centre de la bande de Gaza, le 26 mai 2026. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

Ces derniers mois, les frappes visant les terroristes du 7-Octobre, les terroristes ayant détenu des otages, les commandants d’organisations terroristes ainsi que les infrastructures situées dans les secteurs de la bande de Gaza contrôlés par le Hamas se sont, par ailleurs, multipliées.

En avril, un bilan effectué par le Times of Israel faisait état de six terroristes ayant participé au 7-Octobre ou détenu des otages, ainsi que de deux commandants terroristes. S’y ajoutaient environ 55 autres membres d’organisations terroristes que l’armée disait avoir visés parce qu’ils « représentaient une menace » pour les troupes, certains après avoir franchi la ligne jaune.

En mai, le nombre de frappes visant des terroristes ayant participé au 7-Octobre ou détenu des otages est resté stable, à six. En revanche, le nombre de commandants terroristes éliminés est passé à cinq, tandis que celui des autres membres de groupes terroristes tués est tombé à une trentaine. Tsahal a également indiqué avoir frappé au moins douze dépôts d’armes dans la bande de Gaza au cours du mois.

Le terroriste du Jihad islamique palestinien Zaki Youssef Mahmoud Abu Mustafa en train d’enlever l’otage Yagil Yaakov lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, sur une image diffusée le 21 juin 2026. (Crédit : Armée israélienne)

En juin, la campagne s’est encore intensifiée. Tsahal a annoncé avoir éliminé treize terroristes impliqués dans le 7-Octobre, quinze commandants d’organisations terroristes et une trentaine d’autres membres qui, selon l’armée, représentaient une menace.

Toujours en juin, Tsahal a indiqué avoir frappé un réseau de tunnels du Hamas, des lance-roquettes, trois dépôts d’armes ainsi que le quartier général de la police maritime du groupe terroriste.

Depuis le début du mois de juillet, Tsahal affirme avoir éliminé au moins cinq terroristes impliqués dans le 7-Octobre, huit autres commandants terroristes et vingt et un membres supplémentaires qui s’employaient à restaurer les infrastructures du Hamas ou à préparer de nouvelles attaques.

Cette photo publiée par l’armée israélienne le 22 juin 2026 montre le terroriste du Hamas Sabaei Zahir Abd al-Hamid Abu Hasna aux côtés de l’otage Omer Shem Tov lors de la libération de ce dernier, le 22 février 2025. (Crédit : Armée israélienne)

Selon Tsahal, sur les quelque 5 000 terroristes qui ont pénétré en Israël le 7-Octobre, plus de 1 200 ont été tués dans le sud du pays au cours de l’invasion.

Plus de 1 500 des milliers de terroristes qui sont parvenus à regagner la bande de Gaza auraient été éliminés au cours de près de trois années de guerre, en grande partie grâce à l’action de l’unité Nili, selon des responsables israéliens de la sécurité qui se sont entretenus avec le Times of Israel. Parmi eux figurent de hauts commandants du Hamas et d’autres groupes terroristes qui ont dirigé le pogrom et les enlèvements du 7-Octobre.

L’armée estime que plus de 2 000 terroristes ayant participé au 7-Octobre pourraient encore se trouver en vie dans la bande de Gaza.

Fin mai, après l’élimination de Mohammed Odeh, quatrième chef de la branche armée du Hamas tué depuis le début de la guerre, le ministre de la Défense Israel Katz a affirmé qu’Israël poursuivait son engagement à « éliminer tous ceux qui ont dirigé le massacre du 7-Octobre ».

« Ils sont tous condamnés à mort, où qu’ils se trouvent », a-t-il déclaré.

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