« Israël risque de tout perdre » si Netanyahu est réélu, avertit Ronald Lauder

Ancien proche du Premier ministre, le président du Congrès juif mondial dénonce ses choix politiques et met en garde contre les conséquences de sa réélection pour Israël

Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial, prononce un discours lors d’une cérémonie au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau, à Oświęcim, en Pologne, le 27 janvier 2020. (Crédit : Markus Schreiber/AP)

Longtemps considéré comme l’un des proches du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Ronald S. Lauder, président du Congrès juif mondial, met aujourd’hui en garde les Israéliens contre sa réélection, dans un entretien accordé à Haaretz.

Le milliardaire philanthrope y a livré un réquisitoire sévère contre le Premier ministre, qu’il accuse d’avoir fait passer ses intérêts politiques avant ceux d’Israël.

« Je me suis tu pendant 20 ans, 30 ans », a-t-il confié. « L’une des choses qui rendait Israël si spécial par rapport aux autres pays, c’est qu’il disposait d’une véritable démocratie. Ce que nous voyons aujourd’hui ressemble davantage à une république bananière. »

« Si Bibi est réélu, Israël risque de tout perdre », a-t-il averti, en faisant référence à Netanyahu par son surnom.

Interrogé sur le candidat pour lequel il aurait voté s’il avait eu le droit de vote en Israël, Lauder a affirmé qu’il ne se serait pas rendu aux urnes, tant il est « dégoûté par le système ». S’il avait néanmoins dû choisir, il aurait donné sa voix à Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar.

« Si les partis de Ben Gvir et de Smotrich jouent le moindre rôle dans un futur gouvernement, Israël est condamné », a-t-il affirmé, faisant référence aux deux formations d’extrême droite dirigées respectivement par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et le ministre des Finances Bezalel Smotrich.

Lauder est également revenu lors de son entretien sur les liens étroits qu’il entretenait autrefois avec Netanyahu.

« Nous étions très proches. Nous passions beaucoup de temps à discuter, à rire, à plaisanter, à parler des gens… Chaque semaine, parfois même chaque jour. Nous parlions de tout ce qui se passait », a-t-il poursuivi.

Selon Lauder, leurs relations ont commencé à se détériorer après le mariage de Netanyahu avec sa troisième épouse, Sara. D’après Haaretz, les demandes de cadeaux de cette dernière auraient été à l’origine d’une partie des tensions. Le quotidien rapporte notamment que Sara Netanyahu aurait demandé à Lauder un cadeau de 25 000 dollars à l’occasion de la bar-mitsva de son fils Yaïr.

Lauder est également revenu longuement sur son rôle de négociateur entre Israël et la Syrie dans les années 1990. Il a affirmé que Netanyahu était alors prêt à céder le plateau du Golan dans le cadre d’un éventuel accord de paix.

Mais selon Lauder, Netanyahu aurait finalement fait échouer les négociations.

« Il a préféré la politique à la paix. Il a fait passer son avenir politique avant l’accord. C’est là qu’il m’a perdu. Je l’ai revu par la suite, mais ça n’a plus jamais été pareil. Il m’a trahi. C’est ça, Bibi », a-t-il déclaré.

Lauder a rapporté que Netanyahu avait conditionné sa signature de l’accord à celle d’Ariel Sharon, alors ministre de la Défense.

« Ce qu’il a fait était tout simplement scandaleux », s’est-il indigné. « J’avais passé des mois et des mois à mettre ce projet sur pied, et il m’a dit ‘Seulement si tu convaincs Sharon.’ Je lui ai répondu que ‘Sharon n’acceptera jamais cela. Même si c’était la meilleure chose au monde, il ne veut pas que tu en tires le mérite.’ Alors pourquoi ne pas signer l’accord et défendre les intérêts d’Israël ? Mais il a refusé. »

Lauder a indiqué que son dernier échange avec Netanyahu remontait à deux ou trois ans.

« Israël se trouve aujourd’hui dans une situation très, très difficile. Plus difficile qu’on ne le pense. Au cours des vingt dernières années passées à la présidence du Congrès juif mondial, je me suis rendu dans des pays européens et ailleurs où il existe des organisations juives. Et dans chacun d’entre eux, j’ai rencontré le Premier ministre ou le président du pays », a expliqué Lauder.

« Le fait est qu’Israël a perdu non seulement l’Europe et d’autres régions, mais aussi la diaspora. Certes, les Juifs de la diaspora restent attachés à Israël, mais ils n’ont pas le sentiment qu’Israël les protège. »

Il s’est dit particulièrement inquiet de la dégradation des relations entre Israël et les États-Unis.

Lauder a également révélé avoir vendu ou donné tous les biens immobiliers qu’il possédait en Israël, où il avait pourtant l’habitude de séjourner plusieurs semaines par an. Il a néanmoins reconnu éprouver des sentiments partagés concernant la vente de son appartement de Tel Aviv.

« Je n’ai aucune intention de retourner en Israël. Aucune », a-t-il affirmé. « Il y a tellement de petites querelles partout », a-t-il ajouté, précisant n’avoir « aucun intérêt » à s’y rendre.

Il a toutefois confié avoir été profondément ému par des vidéos montrant des jeunes chantant une chanson pour la paix lors d’un festival organisé le week-end dernier dans le sud d’Israël.

« Nous sommes à un tournant. Si les Israéliens reprennent leurs esprits, l’avenir sera prometteur ici », a-t-il conclu.

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