Jared comment ?
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Revue de presse

Jared comment ?

La confiance dans les efforts de paix américains semble exceptionnellement basse, les journaux abordant finalement assez peu la visite de Kushner et s'intéressant davantage à un mauvais Trump, à une mauvaise gouvernance, à de mauvaises écoles et à d'exécrables vacances d'été

Un Palestinien brûlant un drapeau à l'effigie du président Donald Trump pendant une manifestation contre la visite d'une délégation américaine dirigée par Jared Kushner, à Ramallah, le 24 août 2017. (Crédit : Abbas Momani/AFP)
Un Palestinien brûlant un drapeau à l'effigie du président Donald Trump pendant une manifestation contre la visite d'une délégation américaine dirigée par Jared Kushner, à Ramallah, le 24 août 2017. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Lorsque la Maison Blanche a fait savoir qu’elle envoyait trois hauts responsables dans la région pour pousser à la reprise des négociations de paix israélo-palestiniennes, c’était une information assez importante. Mais au final, l’arrivée de Jared Kushner et de ses camarades pour des entretiens n’était vendredi matin l’objet que d’une couverture modérée dans les principaux journaux israéliens, ce qui reflète combien le processus de paix est éloigné de l’esprit de la majorité des Israéliens, à un moment où le pessimisme face à la conclusion d’un accord de paix atteint des sommets.

Ce manque d’intérêt de la part des médias reflète également le fait que les Israéliens, les Palestiniens et les Américains sont restés majoritairement muets, laissant échapper des commentaires anodins et peu de choses supplémentaires. Dans les jours à venir, il y aura probablement plus d’éléments sur ce qui a été dit qui fuiteront mais pour le moment, les quotidiens semblent plutôt désireux de se consacrer davantage à la conservation de leurs ancrages idéologiques – avec des récits portant sur les incitations des enseignants dans les écoles(Israel Hayom), la perte de citoyenneté des Bédouins (Haaretz) et le commencement attendu de la nouvelle année scolaire qui s’approche (Yedioth Ahronoth).

Pour couvrir cette information, Israel Hayom note que les Palestiniens sont mécontents du manque d’engagement américain pour la solution à deux états, précisant que ces mots n’ont été mentionnés jeudi ni dans les déclarations des Israéliens, ni dans celles des Américains.

Le journal rapporte que le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas; a dit à Kushner qu’il ne reviendrait pas à la table des négociations, quelles que soient les circonstances, sans une déclaration publique des Etats-Unis soutenant la solution à deux états, citant une source proche d’un haut responsable de Ramallah.

Jared Kushner, à gauche, conseiller du américain Donald Trump, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Tel Aviv, le 24 août 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)
Jared Kushner, à gauche, conseiller du américain Donald Trump, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Tel Aviv, le 24 août 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

« Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa population veulent supprimer la vision à deux états de l’ordre du jour et nous sommes certains qu’il existe une coordination américano-israélienne à ce sujet, et nous avons également été informés que des états arabes soutiennent un effort régional au détriment de la question palestinienne », aurait déclaré cette source.

Haaretz note pour sa part que « les deux leaders [Netanyahu et Abbas] ont fait un effort, au moins en public, pour montrer une volonté de travailler avec les Américains en faveur de la reprise des pourparlers », rapportant qu’Abbas s’est montré moins sceptique envers Kushner après ses entretiens avec les dirigeants arabes.

Mais le journal note également qu’Israël est « apathique devant les efforts livrés par Kushner », et que Netanyahu a refusé de répondre aux questions sur ces rencontres lors d’un point-presse organisé en Russie il y a vingt-quatre heures.

Le journal Yedioth Ahronoth n’a publié qu’un petit article au sujet des réunions de Kushner en Israël et le chroniqueur Yoaz Hendel, dans le supplément magazine du week-end, n’exprime qu’un optimisme limité sur la possibilité que Trump ait un effet positif dans notre pays, alors qu’il ignore l’inquiétude israélienne face à l’accord de cessez-le-feu qui permettrait à l’Iran à s’installer sur le plateau du Golan syrien.

« Trump s’est exprimé en faveur d’Israël, avec les promesses de déménager l’ambassade à Jérusalem et de nommer des Juifs sionistes orthodoxes à des postes clés au Moyen Orient […]. En pratique, il n’a rien fait. Tous ceux qui l’ont considéré comme un messie ne trouveront en lui qu’un faux messie. Et ce, sans savoir quels sont ses plans concernant son ‘accord ultime’ au Moyen Orient », écrit-il.

Le chroniqueur de Haaretz Chemi Shalev ne mentionne même pas les efforts de paix dans un article paru ce week-end et consacré au président américain Donald Trump, ce qui n’est guère surprenant dans la mesure où Trump semble moins inquiet de la paix au Moyen Orient que de jouer pour la base qui l’a soutenu et qui réclame son mur à la frontière mexicaine.

Donald Trump pendant une conférence de presse avec les membres de l'Association des anciens combattants de la police à Staten Island, New York, le 17 avril 2016. (Crédit : Kena Betancur/AFP)
Donald Trump pendant une conférence de presse avec les membres de l’Association des anciens combattants de la police à Staten Island, New York, le 17 avril 2016. (Crédit : Kena Betancur/AFP)

« Trump mène leur combat. Il est le chevalier dans une armure scintillante. Presque tous ceux qui ont voté pour Trump, le considérant comme un moindre mal, ont déjà compris leur erreur et il ne reste à Trump que le noyau le plus radical de sa base », écrit-il (même si des anecdotes et des sondages laissent penser que peu d’électeurs de Trump ont exprimé des regrets).

« Ils le suivront contre vents et marées, peu importe le scandale suscité par ses déclarations ou le caractère flagrant de ses erreurs. Pour eux, il est un chef tribal avant d’être un président, et ils sont ses soldats et sa famille. Ses critiques, notamment les libéraux, les intellectuels, les médias, l’establishment, les minorités, les Juifs, les musulmans, les Sikhs et les autres hérétiques sont également ses ennemis. Pour ses amis, d’un autre côté, de Fox News aux néo-nazis en passant par Vladimir Poutine, tout est pardonné », a-t-il ajouté, affirmant que l’Amérique est aussi divisée aujourd’hui qu’elle l’était durant la guerre civile.

Le récit livré par Yedioth n’est pas moins cinglant envers le camarade de Trump, Netanyahu, et raconte le départ de Lior Lotan après trois années infructueuses au cours desquelles il a essayé de faire rapatrier trois Israéliens portés disparus et les dépouilles de deux soldats retenus dans la bande de Gaza.

« Abandon », indique le titre choisi par le journal, reflétant le sentiment de désespoir survenu avec cette annonce surprise.

« Après l’annonce faite hier par Lotan, des informations ont indiqué qu’il avait demandé à quitter son poste en raison d’un sentiment de déception, de tristesse et de frustration face aux politiques qui ont limité ses efforts. Des sources qui se sont entretenues avec lui ont clairement dit que la déception ressentie était née du comportement du Hamas, avec un sentiment général d’épuisement. »

Le journal semble plus préoccupé du sort réservé aux dépouilles des deux soldats et à l’un des otages juifs en ignorant majoritairement les deux Bédouins retenus eux aussi dans la bande, comme cela a été le cas dans la majorité du traitement des information sur le sujet au cours des années – reflétant ce statut de citoyen de seconde zone dont se plaignent de nombreux Arabes en Israël.

Au moins, un citoyen de seconde zone est encore un citoyen. Dans l’article principal de Haaretz, certains Bédouins sont même dépouillés de cela, l’Etat leur indiquant qu’ils se sont vus octroyés la citoyenneté par erreur. Ce sont des milliers de Bédouins qui sont concernés, notamment des membres de cette communauté présents en Israël depuis des décennies et qui ont servi dans l’armée.

L’article, qui décrit une réunion de personnes qui vivent la même situation, raconte les versions différentes du même conte kafkaïen qui se répète encore et encore.

Un soldat israélien bédouin dans une tente installée près de la frontière de la bande de Gaza, le 6 juillet 2014. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Un soldat israélien bédouin dans une tente installée près de la frontière de la bande de Gaza, le 6 juillet 2014. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Je suis allé au ministère de l’Intérieur pour faire renouveler ma carte d’identité », dit un Bédouin dont les propos sont rapportés par Haaretz. « Là-bas, sans préavis, on me dit qu’on va annuler ma citoyenneté parce qu’il y a eu une erreur. On ne m’a pas dit de quoi il s’agissait ni ce que cela voulait dire. Depuis, j’ai déposé 10 dossiers, avec 10 rejets, à chaque fois sous un prétexte différent. J’ai deux enfants qui ont plus de 18 ans et qui n’ont pas de citoyenneté non plus. C’est inacceptable. Cela fait des douzaines d’années que j’habite dans le secteur et mon père était là avant moi. S’il y a eu une erreur, on doit la régler. »

Le journal de droite Israel Hayom affiche moins de sympathie face aux difficultés vécues par les Arabes israéliens dans son article principal, qui raconte que le ministère de l’Education a entrepris des actions contre 12 enseignants, les accusant « d’incitations contre l’Etat d’Israël et les soldats israéliens » dans les écoles.

Le journal annonce qu’un grand nombre de ces écoles se situent à Jérusalem Est, sous-entendant que des donateurs étrangers se trouvent à l’origine du narratif anti-israélien qui est enseigné dans les classes.

« Certaines de ces écoles sont dirigées par des ONG palestiniennes, qui reçoivent de l’argent des états arabes, comme du Qatar. Des informations du ministère de l’Education montrent que les enseignants comme les directeurs ont travaillé avec un groupe tel que celui-là, et que durant un événement pour rendre hommage aux martyrs de Jérusalem, les élèves ont organisé une simulation de funérailles pour un martyr », écrit le journal.

La majorité des parents israéliens préfèreraient que leurs enfants prennent part à ce type de funérailles simulées que de les garder chez eux, ou c’est du moins le sentiment qu’inspirent la majorité des Israéliens, qui sont francs quand il s’agit de faire part de leur dégoût absolu des longues vacances d’été et du soulagement apporté par le moment où ils pourront enfin confier à nouveau la garde de leurs bambins aux professeurs.

Alors que la rentrée n’est que dans une semaine, Yedioth continue à faire monter l’excitation, avec deux pages entières consacrées à la nouvelle année scolaire.

A noter, la chronique d’Ilana Koreal, qui raconte son terrible été passé à s’amuser avec ses enfants.

« Il faut que ça s’arrête », dit le titre de sa rubrique, dans laquelle elle qualifie le mois d’août de « mois du malheur » et raconte tout ce qu’elle a fait en compagnie de ses chérubins.

« Je m’étais imaginé des vacances photogéniques mais la réalité est si épuisante, agaçante, interminable, écrit-elle. Les enfants sont assis par terre, là. Ils pleurent. »

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