Jared Moskowitz évoque la Shoah dans un spot de campagne contre l’antisémitisme
'Plus jamais ça, c’est maintenant', dit le député de Floride, qui brigue un nouveau mandat face à Scott Singer, un républicain également juif, dans une circonscription disputée
JTA – Le député américain Jared Moskowitz, élu du sud de la Floride, a évoqué le destin de sa famille pendant la Shoah dans un spot de campagne dénonçant l’antisémitisme, alors qu’il tente de conserver son siège aux élections de novembre.
« À chaque génération, ils se dressent contre nous », déclare le député juif sortant dans ce spot, sur fond de musique sombre et d’images en noir et blanc d’un camp de concentration. « Mes arrière-grands-parents ont été assassinés à Auschwitz. »
« Aujourd’hui encore, notre génération doit faire face à cette haine. L’auteur de la tuerie de Parkland avait gravé des croix gammées sur son arme », poursuit-il, debout devant le lycée Marjory Stoneman Douglas, où une fusillade avait fait 17 morts, dont 14 élèves et trois membres du personnel, en 2018.
Moskowitz, l’une des principales voix pro-Israël du Parti démocrate au Congrès, a remporté en août une primaire très disputée face au progressiste Oliver Larkin. Dans sa campagne, il met en avant son action contre l’antisémitisme, notamment à travers des initiatives législatives bipartites visant à renforcer la sécurité des synagogues et des associations juives à but non lucratif, ainsi qu’à promouvoir l’éducation pour lutter contre les crimes de haine.
« Plus jamais ça, c’est maintenant », conclut Moskowitz.
Lors de la primaire d’août, Moskowitz avait recueilli 63,5 % des suffrages, contre 36,5 % pour Larkin. Tout au long de sa campagne, ce dernier avait affiché son opposition aux ventes d’armes à Israël, allant jusqu’à qualifier l’État juif de nation « suprémaciste sur le plan religieux ».
Moskowitz affrontera désormais Scott Singer, ancien maire républicain de Boca Raton, lui aussi juif. Le scrutin s’annonce serré dans cette région autrefois acquise aux démocrates.
La 25ᵉ circonscription électorale de Floride, qui englobe notamment des secteurs de Delray Beach, de Boca Raton et de Miami Beach, compte environ 25 % d’habitants juifs, selon des estimations locales.
Le redécoupage électoral a toutefois modifié la donne dans cette région, où Donald Trump aurait vraisemblablement obtenu la majorité des voix en 2024 si les nouvelles limites avaient alors été en vigueur. Le Cook Political Report a ainsi reclassé la circonscription, auparavant jugée « solidement démocrate », dans la catégorie « indécise ».
« Il ne fait aucun doute que la bataille pour la nouvelle 25ᵉ circonscription sera très disputée, même dans un contexte favorable aux démocrates », indique le rapport.
Dans un communiqué accompagnant la diffusion du spot, l’équipe de Moskowitz a souligné le caractère « profondément personnel » de son combat contre l’antisémitisme. Le député entend relever ce défi en « établissant un lien entre l’histoire de sa famille pendant la Shoah et la haine qui continue de menacer nos communautés aujourd’hui », a expliqué son équipe.
Si ses arrière-grands-parents ont été assassinés à Auschwitz, ses grands-parents ont réussi à fuir l’Europe juste avant la guerre. Sa grand-mère avait pu quitter le continent grâce au Kindertransport, une opération de sauvetage organisée à partir de 1938 pour évacuer des enfants juifs des territoires sous contrôle nazi.
Mardi soir, le Centre de transparence publicitaire de Google, qui recense notamment les publicités diffusées sur YouTube, ne précisait pas encore les sommes dépensées par l’équipe de campagne sur cette plateforme. La bibliothèque publicitaire de Meta ne fournissait pas non plus de données sur les dépenses liées à la version du spot diffusée sur Facebook.
Stephen Sussman, professeur d’administration publique à l’université Barry, a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency (JTA) que, si « les images de la Shoah ne devraient jamais devenir un outil de campagne banal », il ne considérait pas que ce spot avait franchi la ligne rouge.
« La Shoah est bien entendu un événement historique qui continue de marquer la vie et la mémoire des Juifs », a déclaré Sussman, rappelant que les arrière-grands-parents de Moskowitz avaient été assassinés à Auschwitz et que de nombreux Juifs se sentent aujourd’hui menacés par l’antisémitisme.
« Il ne compare pas son adversaire à Hitler et n’utilise pas la Shoah pour attaquer un adversaire politique sur un sujet sans rapport avec elle », a ajouté Sussman.
Le professeur a également souligné le lien direct entre cette publicité et l’action parlementaire de Moskowitz, notamment son rôle de premier plan dans l’adoption d’une loi bipartite de sensibilisation à l’antisémitisme et l’augmentation des fonds consacrés à la sécurité des synagogues.
Sussman a reconnu que l’utilisation d’images de la Shoah dans une campagne électorale suscitait « une inquiétude légitime » quant au risque que d’autres en fassent un usage moins responsable. Il a toutefois souligné que, compte tenu du parcours et du bilan de Moskowitz, ainsi que du climat politique actuel, ce spot était « percutant, mais défendable ».
Ken Goldstein, professeur de sciences politiques à l’université de San Francisco, a partagé cette analyse. Parmi les milliers de spots électoraux qu’il a vus au cours de sa carrière, celui-ci lui paraît percutant, sans être particulièrement controversé.
« Il a certes utilisé des images choquantes de la Shoah, mais elles font partie de l’histoire de sa famille », a déclaré Goldstein, spécialiste de l’impact de la publicité politique.
« Je ne pense pas qu’il cherche à attaquer personnellement qui que ce soit, à l’exception de l’auteur de la tuerie de Parkland », a-t-il ajouté, soulignant que le spot ne visait aucun adversaire politique. « Je ne trouve pas cette publicité particulièrement agressive, injuste ou déplacée, loin de là. »