« Je n’aimerais pas être Juif à Roubaix » : Critiques après que l’Arcom recadre CNews suite à des propos de Franz-Olivier Giesbert
L’Arcom a reproché à CNews un 'manque de contrôle de l’antenne' et estimé que les affirmations de FOG n’étaient pas suffisamment étayées par des sources vérifiables
L’autorité française de régulation de l’audiovisuel, l’Arcom, a recadré CNews après des propos tenus par le journaliste et écrivain Franz-Olivier Giesbert, qui avait déclaré qu’il « n’aimerait pas être Juif à Roubaix » et qu’il serait probablement « obligé de partir », a rapporté la presse française, dont Le Figaro, en août 2026.
La séquence, diffusée en mars 2026 dans une émission animée par Laurence Ferrari au lendemain des élections municipales, portait notamment sur la situation des Juifs à Roubaix, dans le nord de la France, dont David Guiraud, de La France insoumise (LFI), a été élu maire. Les prises de position de Guiraud sur l’islamisme, l’antisémitisme et Israël ont suscité plusieurs controverses ces dernières années. FOG avait ainsi évoqué les inquiétudes exprimées par certains membres de la communauté juive locale face à l’antisémitisme et à la situation politique de la ville, qui ne compte pas de synagogue.
Dans une délibération adoptée le 30 juin, l’Arcom a reproché à CNews un « manque de contrôle de l’antenne ». Selon l’autorité, les affirmations de FOG n’étaient pas suffisamment étayées par des sources vérifiables et n’avaient pas fait l’objet d’une mise en perspective ou d’une contradiction de la part des autres intervenants présents sur le plateau.
Par conséquent, l’Arcom a demandé à CNews de veiller à l’avenir au respect de ses obligations en matière de rigueur et d’honnêteté de l’information ainsi que de maîtrise de l’antenne. La décision ne constitue pas une sanction financière contre FOG à titre personnel et ne lui interdit pas de tenir de tels propos.
La décision a suscité des critiques chez plusieurs défenseurs d’une conception large de la liberté d’expression. Jean-Éric Schoettl, ancien directeur général du Conseil supérieur de l’audiovisuel, l’ancêtre de l’Arcom, a dénoncé dans une tribune publiée par Le Figaro ce qu’il considère comme une dérive vers une « police de la pensée ».
Selon lui, l’exigence de pluralisme devrait être appréciée à l’échelle de l’ensemble du paysage audiovisuel plutôt qu’en exigeant que chaque opinion exprimée à l’antenne soit immédiatement accompagnée d’un point de vue contradictoire. Il estime que cette conception risque de transformer les chaînes privées en médias contraints de représenter, au sein de chaque émission, l’ensemble des sensibilités politiques.
Schoettl défend ainsi ce qu’il appelle un « pluralisme externe », selon lequel les téléspectateurs doivent pouvoir accéder à une diversité de points de vue grâce à l’ensemble de l’offre audiovisuelle, plutôt qu’un « pluralisme interne » imposant un équilibre systématique au sein de chaque programme.
CNews a régulièrement fait l’objet d’interventions de l’Arcom concernant le respect de ses obligations en matière de pluralisme, de rigueur et d’honnêteté de l’information.