Jérusalem et Beyrouth, frustrés par Trump, piétinent dans leurs négociations

Aucune des deux parties ne coopère depuis que Washington a accepté un accord accordant de facto à l'Iran une influence au Liban

Des personnes inspectant des voitures détruites à la suite d'un cessez-le-feu entre Israël et le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, dans le village de Maifadoun, au sud du Liban, le 22 juin 2026. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP)

Mercredi, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a confirmé qu’Israël et le Liban discutaient d’un éventuel retrait des troupes israéliennes du sud du Liban, dans le cadre des négociations menées cette semaine à Washington sous l’égide de l’administration du président Donald Trump.

« L’une des questions abordées lors de ces négociations est la création de zones pilotes, c’est-à-dire des zones spécifiques et bien délimitées dans lesquelles les Forces armées libanaises peuvent intervenir, prendre le contrôle et sécuriser le territoire avant de passer à la zone pilote suivante », a déclaré Rubio aux journalistes au Koweït.

Rubio a défendu la zone tampon militaire israélienne actuelle dans le sud du Liban, affirmant que la seule raison de son existence était que le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah utilisait cette zone pour lancer des roquettes et des drones contre Israël.

« Plus les Forces armées libanaises parviendront à sécuriser cette zone, moins elle sera sous le contrôle du Hezbollah, et moins Israël sera présent au Liban. Mais c’est le processus sur lequel nous travaillons actuellement dans le cadre de ces pourparlers », a expliqué Rubio.

Ces efforts ne semblaient toutefois pas porter leurs fruits, puisqu’un responsable gouvernemental et une deuxième source proche du dossier ont déclaré mercredi soir au Times of Israel que la série de pourparlers de cette semaine entre Israël et le Liban avait été la moins productive à ce jour.

Les deux sources ont évoqué une frustration mutuelle face à la décision de l’administration Trump d’inclure un cessez-le-feu au Liban dans le protocole d’accord qu’elle a signé la semaine dernière avec l’Iran.

Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, s’adressant aux journalistes avant d’embarquer à bord d’un avion de transport C-17 Globemaster III de l’armée de l’air américaine à destination de Bahreïn, à l’aéroport international du Koweït, à Koweït City, au Koweït, le 24 juin 2026. (Crédit : Eric Lee/Pool Photo via AP)

Israël et le Liban se sont tous deux opposés à cette idée, arguant qu’elle sape l’objectif du canal de communication entre leurs deux pays, mis en place en avril par Washington, précisément pour empêcher l’Iran de conserver son influence sur le Hezbollah et le Liban, ont déclaré les deux sources.

La colère d’Israël envers Washington l’a rendu moins enclin à accepter les demandes américaines de retirer certaines de ses troupes du sud du Liban, a déclaré ce responsable gouvernemental.

Le Liban, pour sa part, estime qu’il doit adopter une ligne plus dure dans les négociations avec Israël afin de contrer l’idée selon laquelle l’Iran exercerait une plus grande influence sur les affaires au Liban que lui-même, a expliqué la source proche du dossier.

En conséquence, le gouvernement libanais a présenté un projet de retrait bien plus étendu que ce qu’Israël est prêt à accepter pour le moment, lequel était déjà très limité en raison des pressions politiques auxquelles le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu est confronté, a ajouté la source.

Les États-Unis espéraient que les pourparlers de trois jours, qui devaient s’achever jeudi, aboutiraient à l’annonce d’un programme pilote dans le cadre duquel l’armée israélienne se retirerait de petites zones du sud du Liban, débarrassées des infrastructures terroristes du Hezbollah, pour être remplacée par l’armée libanaise.

Un enfant libanais se tenant dans la cuisine de la maison familiale, observant les dégâts causés par les frappes militaires israéliennes, dans le village de Srifa, au sud du Liban, le 24 juin 2026. (Crédit : Fadel Itani/AFP)

Toutefois, une telle évolution semble actuellement peu probable, ont déclaré les deux sources au Times of Israel.

Un porte-parole du département d’État n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Un cessez-le-feu fragile tient bon

La deuxième journée de pourparlers entre Israël et le Liban, centrée exclusivement sur les questions de sécurité et tenue au Pentagone, s’est achevée mercredi soir sans aucune déclaration publique.

La séance de jeudi se tiendra à nouveau au département d’État et portera uniquement sur les questions politiques. Les États-Unis incitent les parties à réaliser suffisamment de progrès pour pouvoir publier une déclaration publique faisant état de ces avancées, a indiqué une source proche du dossier.

Cependant, alors que les pourparlers se poursuivaient, Israël et le Hezbollah ont échangé des tirs dans le sud du Liban. L’armée israélienne a déclaré avoir frappé un véhicule qui avait pénétré dans la « zone de sécurité » qu’elle s’est elle-même attribuée dans la région de la crête d’Ali Taher.

Les médias libanais ont fait état de deux morts à la suite de cette frappe. Par ailleurs, l’armée a indiqué qu’un soldat avait été légèrement blessé lors d’un « accident opérationnel » survenu plus tôt mercredi dans le sud du Liban.

Le soldat a été transporté à l’hôpital, sa famille a été prévenue et une enquête approfondie est en cours pour déterminer les circonstances de l’incident, a précisé Tsahal.

Un convoi de véhicules de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) circulant sur une route à l’entrée de la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 23 juin 2026. (Crédit : Joseph Eid/AFP)

Rubio justifie la levée des sanctions américaines contre l’Iran dans le cadre de négociations fondées sur le « donnant-donnant »

La frustration à l’égard des États-Unis ne se limitait pas à Israël et au Liban, ce qui expliquerait la visite de Rubio dans la région cette semaine. Il s’est rendu aux Émirats arabes unis, au Koweït et à Bahreïn dans le cadre d’une tournée visant à rassurer les alliés du Golfe quant à l’engagement de Washington en faveur de leur sécurité, après que la guerre déclenchée par Trump les a rendus nettement plus exposés aux menaces iraniennes.

Lors de son passage au Koweït, Rubio a défendu la décision de l’administration Trump de lever les sanctions contre l’Iran en début de semaine, insistant sur le fait que Washington devait faire certaines concessions dans le cadre du processus de négociation.

« Chaque fois que l’on entame une négociation, c’est un processus de concessions mutuelles. Il s’agit d’une mesure temporaire. Elle est valable pour 60 jours. En conséquence, nous attendons d’eux qu’ils respectent les engagements qu’ils ont pris en Suisse. S’ils ne le font pas… le président dispose de nombreuses options », a déclaré Rubio aux journalistes.

Les États-Unis avaient d’abord affirmé que tout allègement des sanctions dont bénéficierait l’Iran ne prendrait effet qu’après que Téhéran aurait fait des concessions au cours des 60 jours de pourparlers qui ont débuté ce week-end, à la suite de la signature, la semaine dernière, d’un protocole d’accord visant à mettre fin à la guerre entre les deux pays.

Un coiffeur coupant les cheveux d’un client dans son salon, endommagé lors de frappes militaires israéliennes, dans le village de Srifa, au sud du Liban, le 24 juin 2026. (Crédit : Fadel Itani/AFP)

Mais les États-Unis ont ensuite reconnu qu’un certain allègement serait accordé d’emblée sous la forme d’une dérogation aux sanctions visant les exportations de pétrole iranien.

Lundi, les États-Unis ont ensuite levé des sanctions majeures pour permettre à l’Iran de négocier son pétrole en dollars américains, et ont retiré de la liste noire certains navires, dans le cadre d’une dérogation temporaire de 60 jours.

Compte tenu de l’insistance des États-Unis pour que l’allègement des sanctions soit subordonné aux résultats, ces mesures plus radicales semblent avoir été prises en réponse à la décision de l’Iran d’autoriser le retour des inspecteurs nucléaires des Nations unies sur son territoire. Il s’agirait de la seule concession que l’Iran aurait acceptée lors des négociations du week-end dernier, bien que Téhéran le nie.

Le secrétaire d’État a précisé que les participants seraient de rang inférieur au sien et qu’il n’y prendrait donc pas part, bien que les réunions de plus haut niveau aient été menées par le vice-président américain, JD Vance, et non par le chef de la diplomatie américaine.

Emanuel Fabian a contribué à cet article.

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