JO: un bobeur israélien dénonce les propos virulents d’un commentateur de la RTS
Un commentateur a utilisé les deux minutes de son intervention pour critiquer AJ Edelman et se plaindre que les Israéliens sont autorisés à participer alors que la Russie est bannie ; Edelman : 'Je refuse d'accorder du crédit à ces diatribes '
Lors de l’épreuve de bobsleigh israélien qui s’est déroulée dans la journée de lundi aux Jeux olympiques de Milan-Cortina, un commentateur suisse a remis en question la participation du capitaine israélien AJ Edelman aux Jeux d’hiver de 2026, laissant entendre qu’il aurait dû être exclu en raison de son « soutien au génocide à Gaza ».
Dans le reportage de la Radio Télévision Suisse sur la compétition de bobsleigh à deux qui a eu lieu lundi, le commentateur a utilisé les deux minutes de la course de l’équipe israélienne pour critiquer Edelman et l’hypocrisie supposée du Comité olympique international – qui permet, selon lui, aux athlètes israéliens de concourir alors que la Russie est bannie des Jeux olympiques en raison de son invasion de l’Ukraine.
La vidéo est rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux, suscitant des réactions d’Edelman, qui a dit qu’il n’accorderait pas de « crédit » à la chaîne suisse. Elle a aussi entraîné des condamnations sévères de la part d’un ministre israélien et du Comité olympique israélien, qui ont exigé des excuses de la part de la RTS.
« Edelman, première participation aux Jeux olympiques, qui s’autodéfinit sioniste jusqu’à la moelle, je le cite. Qui a posté plusieurs messages sur les réseaux sociaux en faveur du génocide à Gaza », a dit le présentateur de la RTS, Stefan Renna, alors que l’équipe israélienne entamait sa deuxième et dernière manche de l’épreuve de lundi.
« On rappelle que génocide, c’est le terme employé par la commission d’enquête de l’ONU sur la région », a ajouté le journaliste en faisant référence à l’accusation qui avait été portée l’année dernière par la Commission d’enquête internationale indépendante des Nations unies (COI), un panel non juridique qui ne s’exprime pas au nom de l’ONU. Cette accusation, qui n’avait pas été lancée par les Nations unies elles-mêmes, avait été immédiatement rejetée par Israël comme étant « déformée et mensongère ».
Jérusalem a nié à plusieurs reprises avoir commis un génocide à Gaza pendant la guerre qui avait commencé par le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023. L’État juif a affirmé chercher à minimiser les pertes civiles et souligné que le Hamas utilise les civils de Gaza comme autant de boucliers humains, lançant ses attaques depuis des zones civiles, notamment depuis des habitations, des hôpitaux, des écoles et des mosquées.
Alors qu’Edelman et son coéquipier Menachem Chen descendaient la piste glacée, Renna a poursuivi sa diatribe contre le capitaine israélien, affirmant qu’il « a décrit l’intervention militaire israélienne comme ‘la guerre la plus moralement juste de l’Histoire, je cite. »
« Il s’est également moqué d’une inscription ‘Free Palestine’ sur un mur à Lillehammer, en marge d’une étape de la Coupe du monde », a-t-il expliqué.
« Ce qui soulève la question de sa présence à Cortina pendant ces Jeux », a poursuivi Renna, « puisque le [Comité international olympique] avait indiqué que les athlètes qui ont — je cite — ‘activement soutenu la guerre en participant à des événements pro-guerre, en s’engageant militairement ou via leurs activités sur les réseaux sociaux’ n’étaient pas autorisés à participer ».
« Cela concernait les athlètes russes », a-t-il précisé, « afin de permettre à certains d’entre eux de concourir sous une bannière neutre ».
Les directives émises par le CIO autorisent les athlètes russes à concourir uniquement en tant « qu’athlètes neutres au niveau individuel » et uniquement s’ils n’ont pas exprimé ou participé à des activités pro-guerre. Ces directives ne s’appliquent pas aux athlètes d’autres pays. Les concurrents sont autorisés à s’exprimer de quelque manière que ce soit en dehors des sites et des lieux olympiques, conformément aux directives du CIO.
« Nous rappelons qu’une controverse a déjà éclaté », a poursuivi Renna, « au sujet du refus d’un athlète ukrainien de skeleton de renoncer à son casque portant les effigies d’athlètes ukrainiens tués au front lors des bombardements russes. Le CIO a disqualifié ce concurrent de skeleton parce qu’il a enfreint, selon l’instance, la règle interdisant les messages politiques sur les sites de compétition ».
Renna faisait référence ici à la récente disqualification de l’Ukrainien Vladyslav Heraskevych qui avait utilisé un casque représentant des athlètes ukrainiens tués dans la guerre avec la Russie, une décision qui a suscité les condamnations de Kiev.
« Cela montre bien que le sport est évidemment éminemment politique », a déclaré Renna. « »ous avons d’autres exemples cette année à Cortina, comme c’est le cas à chaque Jeux olympiques ».
« Quoi qu’il en soit, Edelman a réalisé le 26e et dernier temps cumulé après les deux premières manches », a noté le commentateur, concluant son monologue politique et reprenant la couverture habituelle de l’événement après la dernière manche de l’équipe israélienne. Edelman et Chen ont terminé 26e, derniers des équipes qualifiées pour l’épreuve.
La troisième et dernière manche de la compétition de bobsleigh à deux aura lieu mardi soir à 20 heures, heure locale.
Edelman et l’équipe israélienne participeront également à l’épreuve de bobsleigh à quatre, qui débutera samedi.
Les propos tenus par Renna lui ont valu les éloges des militants pro-palestiniens sur Internet, tandis que les partisans d’Israël ont demandé son licenciement.
En réponse à la diatribe de la chaîne suisse à son encontre et à l’encontre de son pays, Edelman s’est exprimé sur les réseaux sociaux en déclarant : « Je suis au courant de la diatribe que le commentateur a lancée aujourd’hui à l’encontre de l’équipe israélienne de bobsleigh lors de la retransmission des Jeux olympiques suisses aujourd’hui. »
Rejetant la rhétorique employée, Edelman a félicité son équipe pour avoir « travaillé ensemble pour atteindre un objectif incroyable et pour l’avoir atteint. Parce que c’est ce que font les Israéliens ».
« Je ne pense pas qu’il soit possible d’être témoin de cela et d’accorder du crédit à ces commentaires », a continué Edelman, ajoutant qu’il attendait avec impatience la finale du bob à deux, puis celle du bob à quatre.
Le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, a également réagi à la diffusion suisse en déclarant qu’il soutenait Edelman et l’équipe israélienne. Il a appelé le CIO « à condamner les déclarations faites par la Société suisse de radiodiffusion et à préserver les Jeux olympiques d’hiver de toute implication politique ».
Quelques heures plus tard, le Comité olympique israélien a publié un communiqué « exigeant des excuses de la part du radiodiffuseur et de la chaîne. Il a « garanti que de tels incidents ne se reproduiront plus ».
« Edelman répond à tous les critères fixés par le Comité international olympique et il est éligible pour participer aux Jeux. Toute tentative visant à suggérer le contraire est sans fondement », a affirmé le comité. Il a renvoyé les demandes de réaction des médias à la chaîne.
Cette dernière, dans le sillage de la controverse, a déclaré avoir retiré de son site internet les commentaires faits par le journaliste sportif.
« Notre journaliste souhaitait remettre en question la politique du CIO concernant les déclarations faites par l’athlète concerné », a fait savoir RTS dans un communiqué qui a été transmis à Reuters. « Cependant, bien que factuelles, ces informations pouvaient sembler inappropriées en raison de leur longueur dans le contexte d’un commentaire sportif. C’est pourquoi nous avons retiré ce segment de notre site, hier dans la soirée ».
De son côté, la Fédération internationale de bobsleigh et de skeleton n’a pas répondu à une demande de réactions.
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