"Peu importe ce que je pense"

Jour d’élection calme pour les Haredim de Jérusalem : “Nous votons pour celui que désigne notre rabbin”

Pour de nombreux ultra-orthodoxes, voter est un devoir religieux, même si certains dénoncent le processus : “Quoi qu’il arrive, tout est entre les mains de Dieu”

Des Haredim du quartier de Mea Shearim, à Jérusalem, regardant des affiches politiques le jour des élections législatives, le 27 octobre 2026. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Dans les quartiers orthodoxes de Mea Shearim et de Geula à Jérusalem, un calme inhabituel régnait dans les rues le matin du jour du scrutin.

Mardi, vers 10 heures, la rue Malchei Yisrael, habituellement très animée, était pratiquement déserte, et la circulation piétonne le long de cette artère commerçante était quasi inexistante.

Les écoles du quartier étaient pour la plupart fermées, même si certaines yeshivot avaient organisé des cours le matin avant de laisser leurs élèves partir voter l’après-midi.

« Les gens sont détendus aujourd’hui », a déclaré Moshe, employé d’une librairie presque vide de la rue Malchei Yisrael. « Ils passent du temps en famille ou font des courses. »

Devant le shteibel de Zichron Moshe, une synagogue où des offices se déroulent 24 heures sur 24, une foule d’hommes était rassemblée près de l’entrée vers 10 heures du matin, sans paraître pressée.

Certaines boulangeries comptaient quelques clients, tandis qu’une boutique de vêtements pour femmes très prisée accueillait une dizaine de clientes à l’intérieur.

Des hommes se tenant devant la synagogue Zichron Moshe, à Jérusalem, le jour des élections, le 27 octobre 2026. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Bon nombre des personnes qui se promenaient dans les rues semblaient détendues et indifférentes à l’élection, même si le taux de participation est généralement élevé dans les quartiers haredim. La plupart des membres de ces communautés ont tendance à voter pour la liste ashkénaze Yahadout HaTorah ou pour la liste séfarade Shas.

Des messages politiques étaient visibles partout, qu’il s’agisse d’affiches sur les murs et les panneaux d’affichage publics ou de tracts éparpillés sur le sol.

De nombreuses affiches avertissaient qu’il était strictement interdit de voter pour tout parti qui autoriserait ne serait-ce qu’une conscription partielle des étudiants en yeshiva. Par moments, des foules se rassemblaient autour de ces affiches pour mener des discussions animées sur le sujet.

Aucune affiche ne faisait toutefois la promotion du nouveau parti HaTzibur HaHaredi, première liste ultra-orthodoxe à compter des femmes parmi ses candidats. Ce parti vise à encourager une plus grande participation au marché du travail et la conscription dans l’armée israélienne pour ceux qui n’étudient pas à temps plein dans une yeshiva. Largement rejeté par le courant dominant haredi, et dont les sondages ne prévoient pas qu’il franchisse le seuil électoral, le parti espère que les électeurs braveront les tabous sociaux et profiteront du secret du scrutin.

Des tracts appelant la population à ne pas voter le jour des élections dans le quartier de Mea Shearim, à Jérusalem, le 27 octobre 2026. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Dans certains bastions haredim, certains ont proclamé que l’ensemble du processus électoral n’était qu’une mascarade.

Un jeune garçon arpentait la rue en distribuant des centaines de tracts sur lesquels on pouvait lire : « Dans un pays démocratique, votre vote n’a aucune valeur. » Une illustration sur le tract, conçue pour ressembler à un bulletin de vote, portait la mention : « Restez assis et ne faites rien. »

Mais la plupart des gens ont déclaré prendre le processus démocratique plus au sérieux.

« Quiconque ne vote pas passe à côté d’une mitzvah [commandement positif] », a déclaré Moshe, un jeune séfarade qui revenait du bureau de vote avec son épouse, Yehudit.

Une affiche de rue faisant la promotion du parti Shas devant un bureau de vote du quartier de Mea Shearim, à Jérusalem, le 27 octobre 2026. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

« Mais seulement s’ils votent conformément à la Torah », a-t-il ajouté.

Lorsqu’on lui a demandé pour qui il avait voté, Moshe a répondu avec plaisir : « Uniquement pour Shas, bien sûr. »

Alors que les quatre dernières années ont laissé de nombreux Israéliens désabusés et indécis quant à leur choix électoral, une grande partie de la communauté ultra-orthodoxe n’est pas confrontée à ce dilemme.

« Tous les Haredim font la même chose : nous votons pour celui que notre rabbin nous dit de choisir », a expliqué Yaïr, un étudiant en yeshiva qui a déclaré avoir voté pour Yahadout HaTorah. « Peu importe ce que je pense. Je fais ce que je suis censé faire. »

La rue Malchei Yisrael, à Jérusalem, le jour du scrutin, le 27 octobre 2026. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Alors que la question de la conscription des étudiants en yeshiva a poussé des dizaines de milliers de Haredim à descendre dans la rue pour manifester ces dernières années, la plupart des personnes interrogées par le Times of Israel ne semblaient pas particulièrement intéressées par le sujet. Ceux qui ont des opinions plus extrêmes ont généralement tendance à se méfier davantage de la presse non-haredi.

À l’extérieur de l’un des bureaux de vote, des militants du parti ultra-nationaliste HaTzionout HaDatit avaient installé un stand pour tenter d’attirer les électeurs indécis.

Cependant, la plupart des réactions à leurs sollicitations étaient négatives.

« Vous ne faites que gaspiller un vote », a crié un homme, soulignant que le parti avait peu de chances de franchir le seuil électoral nécessaire pour entrer à la Knesset.

Yehoshua, un homme mince vêtu d’un manteau noir et portant une longue barbe brune, a qualifié le jour du scrutin de « jour de prière ».

« J’ai voté Gimel [le symbole de Yahadout HaTorah], comme le disent les rabbins », a-t-il déclaré.

« Quoi qu’il arrive, tout est entre les mains de Dieu. C’est Lui qui gère tout, et nous ne faisons que ce que nous pouvons. »

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