Karhi menace de réduire les fonds alloués à Kan à cause d’un film sur la guerre de 1948
Même si le ministre des Communications admet n'avoir pas vu le film qui sera diffusé sur la chaîne publique, il affirme qu'il promeut un 'récit faux et antisémite' sur la fondation d'Israël
Mercredi, le ministre des Communications, Shlomo Karhi, a menacé mercredi de couper les financements alloués à la chaîne publique israélienne Kan si cette dernière diffusait un documentaire décrivant les atrocités commises par l’armée israélienne pendant la guerre d’indépendance de 1948.
Dans un courrier adressé au PDG de la société, Karhi a fustigé le documentaire « 1948 — Remember, Remember Not », arguant que le film fait la promotion d’un « récit mensonger et antisémite » de la guerre.
« Dans les médias, les critiques dénoncent le discours mensonger et antisémite adopté par le film, qui accuse les soldats de l’armée israélienne de massacres et de viols pendant la guerre d’indépendance », a écrit Karhi au PDG de Kan, Golan Yochpaz.
Réalisé par Neta Shoshani, ce film retrace les événements de la guerre de 1948 à travers les témoignages de Juifs et d’Arabes, avec des images d’archives, des journaux intimes et des lettres écrites à l’époque.
Si le ministre a menacé de couper le budget de Kan en cas de diffusion du film par la chaîne, il a toutefois admis par écrit ne pas avoir encore vu le documentaire, et a demandé à la chaîne d’en envoyer immédiatement une copie à son bureau.
Pour le ministre, il s’agissait de déterminer si le film enfreignait la loi interdisant aux organismes recevant des fonds de l’État de financer eux-mêmes des activités qui « nient l’existence d’Israël en tant qu’État juif et démocratique » et qui « commémorent le jour de l’indépendance comme un jour de deuil ».
Selon Karhi, le film enfreint effectivement la loi, car il contient des citations faisant état d’atrocités commises par des soldats israéliens pendant la guerre de 1948, notamment des viols, des pillages et le massacre de civils palestiniens.
Outrepassant les dispositions légales, Karhi a critiqué le choix supposé de la chaîne qui, en temps de guerre, « donne une tribune à la propagande mensongère de l’ennemi, affaiblit les bras de nos soldats et insuffle du courage à l’adversaire ».
« Je vous en prie, cette fois-ci, épargnez aux citoyens d’Israël les batailles juridiques, ordonnez la suppression de cette souillure honteuse de votre programme, et présentez, au nom de toute la chaîne, vos excuses aux Israéliens pour l’erreur commise en finançant ce film », a-t-il écrit.
Et d’ajouter que même si la chaîne renonçait à diffuser le film et présentait des excuses, il réduirait tout de même « jusqu’à trois fois le montant investi par la société dans le film ».
Ce documentaire « est un film historique qui présente des témoignages sur la guerre », a répondu pour sa part la chaîne publique Kan, défendant ses choix.
« Ce film primé présente des points de vue complexes. L’affirmation selon laquelle la chaîne publique chercherait, Dieu nous en préserve, à nuire à l’armée israélienne est une accusation erronée et sans fondement », a poursuivi le communiqué de la chaîne publique, des propos cités par Ynet.
La croisade que mène Karhi contre ce documentaire a débuté lors de sa projection en avant-première au festival annuel Docaviv de Tel Aviv, en 2023. Karhi avait alors proféré des menaces similaires à l’encontre de l’ancien PDG de Kan, Gil Omer. Mais celui-ci avait également rejeté les allégations du ministre.
Même si Kan a refusé d’accéder aux demandes de Karhi de ne pas diffuser le film après sa première, la sortie du film a tout de même été retardée en raison de la controverse, puis encore une fois reportée à cause de la guerre en cours entre Israël et le Hamas, selon la chaîne.
Ce désaccord s’inscrit dans le cadre d’une campagne plus vaste lancée par Karhi pour démanteler la chaîne publique. Depuis plus de deux ans, le ministre fait avancer des projets de loi visant à privatiser Kan ou à la faire totalement fermer. Un projet de loi stipule notamment que si aucun acheteur privé n’est trouvé dans un délai de deux ans, la chaîne Kan sera fermée et sa propriété intellectuelle sera transférée au gouvernement.
En juin, le Comité ministériel pour la législation a voté en faveur d’un projet de loi proposé par Karhi visant à privatiser le département Information de Kan, une mesure qualifiée par la chaîne de « destinée à semer la terreur au sein du département Information de Kan et de son personnel, ainsi qu’à profiter aux proches du gouvernement ».
Selon les soutiens de Karhi, la campagne contre la chaîne publique a pour but de libéraliser le marché des médias et d’accroître la concurrence.
Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement actuel, fin 2022, Israël a perdu 15 places dans le classement annuel sur la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Tout en lançant de virulentes attaques contre de nombreux médias israéliens, la coalition a massivement investi dans la pro-gouvernementale Quatorzième chaîne, multipliant par quatre ses dépenses publicitaires au cours des deux dernières années, a rapporté le site d’information The 7th Eye, qui couvre le secteur des médias locaux.