La Banque d’Israël maintient son taux d’intérêt à 3,25 % avant les élections
Amir Yaron appelle à réduire la dette et à réformer l’économie pour financer les besoins sécuritaires ; la Banque relève ses prévisions, mais souligne que la production à l’étranger fausse les chiffres nationaux
Mercredi, à quelques jours des élections législatives, la Banque centrale d’Israël a maintenu ses taux d’intérêt inchangés à 3,25 %, avertissant que le prochain gouvernement devra trouver un équilibre entre l’augmentation des dépenses de défense et la nécessité de maîtriser les dépenses et de soutenir la croissance.
Lors de sa dernière décision en septembre, la Banque centrale avait abaissé le coût de l’emprunt de 3,50 % à 3,25 %, après avoir réduit ses taux en juillet, mai et janvier de cette année.
« Après trois baisses consécutives des taux, nous estimons que cette décision est appropriée », a déclaré Amir Yaron, gouverneur de la Banque d’Israël.
« L’économie israélienne a fait preuve de résilience et reste robuste après trois ans de guerre, mais elle continue d’évoluer dans un contexte caractérisé par une forte incertitude géopolitique et budgétaire. »
Yaron a averti qu’à l’approche des élections du 27 octobre, « l’incertitude géopolitique accrue à laquelle Israël est confronté rend d’autant plus important de préserver une marge de manœuvre budgétaire suffisante ».
S’exprimant lors d’une conférence de presse à Jérusalem après la décision sur les taux d’intérêt, le gouverneur a prévenu que le prochain gouvernement serait confronté à des choix budgétaires difficiles et qu’il devrait mettre en œuvre « des réformes significatives favorisant la croissance » afin d’assurer la résilience et la prospérité de l’économie à long-terme.
« Le principal défi de la politique économique comporte trois volets : parvenir à une baisse durable du ratio dette/PIB, financer les besoins essentiels en matière de sécurité et investir dans les moteurs de la croissance, en particulier le capital humain et les infrastructures », a-t-il déclaré.
« Pour atteindre cet objectif, il faudra notamment réduire les dépenses qui freinent la croissance, améliorer l’efficacité des dépenses publiques et élargir l’assiette fiscale grâce à une hausse des taux d’emploi et de la productivité. »
« Plus la part de la population active et la hausse de sa capacité de gain seront importantes, plus il sera possible de soutenir les objectifs de la politique budgétaire tout en réduisant la pression en faveur de nouvelles hausses d’impôts », a fait remarquer Yaron.
Le gouverneur a évoqué la participation disproportionnellement faible des populations haredim et arabes au marché du travail et a déclaré que combler ces écarts importants et persistants nécessiterait d’enseigner les matières STEM à l’ensemble de la population.
De nombreuses écoles haredim évitent d’enseigner les sciences, les mathématiques ou d’autres matières « laïques » et se concentrent plutôt sur l’éducation juive.
Parallèlement à la décision concernant les taux, le département de recherche de la Banque centrale a révisé ses prévisions de croissance économique.
La Banque d’Israël table désormais sur une croissance économique de 5,6 % cette année, contre 4 % dans ses prévisions de juillet. Pour 2027, elle prévoit une croissance de 7,5 %, contre 5,5 % auparavant.
Yaron a toutefois souligné qu’une grande partie de cette révision à la hausse devrait provenir de « la contribution substantielle de la production à l’étranger des entreprises israéliennes », en particulier des multinationales.
La Banque centrale a mis en avant la croissance rapide de la production de biens par les entreprises israéliennes, vendus à l’étranger par l’intermédiaire de sous-traitants ou de filiales, sans franchir les frontières d’Israël. Cela inclut d’importants revenus provenant de la vente de produits de haute technologie fabriqués à l’étranger, grâce au savoir-faire développé en Israël par des multinationales qui y opèrent et y sont enregistrées, mais qui sont majoritairement détenues par des capitaux étrangers, a précisé la Banque centrale.
« Au cours des deux dernières années, la production à l’étranger des entreprises israéliennes a représenté une part en forte croissance du PIB », a déclaré Yaron.
« Cette composante contribue en partie aux recettes fiscales de l’État, mais elle ne fait pas appel au capital ni à la main-d’œuvre nationaux, et la majeure partie des revenus qu’elle génère ne revient pas aux ménages israéliens. »
« En conséquence, sa croissance rapide risque de donner une image faussée du rythme de l’activité économique intérieure réelle », a averti Yaron.
Si l’on exclut la production à l’étranger, l’économie devrait croître de 3,4 % en 2026 et de 5,1 % en 2027, selon les prévisions de la Banque centrale d’Israël.