La Caroline du Nord réfute la « victoire » revendiquée par BDS après la vente des obligations israéliennes

Selon le trésorier républicain de l'État, la vente de 6,7 millions de $ fait partie d'un rééquilibrage de portefeuille de routine décidé avant la pétition des groupes anti-Israël ; l'État détient toujours des obligations israéliennes

Des manifestants du groupe Break the Bonds North Carolina brandissent des pancartes réclamant le désinvestissement d'Israël, devant le bureau du trésorier de l'État, à Raleigh, en Caroline du Nord, le 29 octobre 2025. (Crédit : Jon Warlick media)

JTA — En début de semaine, plusieurs groupes pro-palestiniens et anti-Israël de Caroline du Nord ont salué comme une « victoire » la vente, par le fonds de pension de l’État, de 6,7 millions de dollars d’obligations d’État israéliennes.

Des affirmations démenties par le département du Trésor public de Caroline du Nord, qui a indiqué que cette vente n’avait rien à voir avec un « désinvestissement », mais s’inscrivait simplement dans le cadre d’un rééquilibrage de portefeuille de routine.

« La vente de deux obligations internationales du gouvernement israélien n’a pas été motivée par une volonté de désinvestissement », a fait savoir le département du Trésor public de Caroline du Nord dans un communiqué adressé à a Jewish Telegraphic Agency. « Les obligations précédemment détenues ont été cédées en octobre dans le cadre d’un rééquilibrage plus large du portefeuille à revenu fixe, qui a consisté à vendre des obligations dont la durée résiduelle était plus courte que celle des obligations généralement détenues dans le portefeuille. »

Les militants ont salué cette vente comme une victoire pour le mouvement de boycott d’Israël.

« VICTOIRE : LA CAROLINE DU NORD DÉSINVESTIT D’ISRAËL !! Le génocide et l’apartheid sont un mauvais investissement », a déclaré la section Triangle North Carolina de Jewish Voice for Peace dans un message publié sur Instagram, ajoutant que cette vente était le résultat d’une « puissante campagne » soutenue par plus de 40 organisations locales.

La section de JVP s’était associée à plusieurs autres groupes, parmi lesquels Muslims for Social Justice et Jewish Voice for Peace Charlotte, pour former la campagne Break the Bonds North Carolina Coalition, qui milite en faveur du désinvestissement. Dans d’autres régions, les responsables du Trésor public subissent depuis longtemps la pression de campagnes similaires.

Le gouverneur de Caroline du Nord, Josh Stein, écoute attentivement lors d’un événement médiatique à Raleigh, en Caroline du Nord, le 2 septembre 2025. (Crédit : AP Photo/Allen G. Breed)

Il semblait néanmoins peu probable que les responsables politiques de Caroline du Nord adoptent des mesures du mouvement BDS. En 2017, le gouverneur de l’État avait promulgué une loi interdisant aux agences publiques de faire affaire avec des entreprises boycottant Israël. Le trésorier de l’État élu, Brad Briner, est républicain, comme la majorité des membres de l’assemblée législative. Le gouverneur est pour sa part un démocrate juif modéré, qui n’a jamais fait d’Israël un thème central de sa politique.

Le sentiment anti-Israël qui a gagné les démocrates a toutefois eu un impact sur l’État. En juin, le Parti démocrate de Caroline du Nord a adopté une résolution appelant les États-Unis à mettre en place un embargo immédiat sur les armes à destination d’Israël. Et en août, la représentante démocrate Valerie Foushee a fait savoir qu’elle « n’accepterait pas » les dons du lobby pro-Israël AIPAC pour les élections de 2026.

Le 29 octobre dernier, Break the Bonds s’était réuni devant le bureau du trésorier de l’État, pour lui remettre une pétition signée par 4 600 personnes et demander à l’État de se défaire des obligations israéliennes détenues dans son fonds de pension.

« Les habitants de Caroline du Nord refusent qu’un fonds de retraite investisse dans le génocide, l’occupation et l’apartheid », peut-on lire dans la pétition. « Nous exigeons que nos économies soient utilisées pour rendre nos communautés plus fortes et plus saines, et non pour financer des crimes contre l’humanité commis à l’étranger. »

Mais alors qu’un communiqué de presse de JVP a expliqué que la pétition faisait partie de ses initiatives visant à faire pression sur l’État afin qu’il se désengage, le Trésor a rétorqué que son « exercice de rééquilibrage a eu lieu avant que Break the Bonds NC Coalition ne présente sa pétition à notre département ».

À la fin du mois d’octobre, le Trésor détenait toujours certaines obligations israéliennes dans le cadre de ses investissements plus larges, a précisé le département.

Ce n’est pas la première fois qu’une initiative du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions suscite une réponse contradictoire – avec une différence marquée et réelle entre le ton jubilatoire qui a été celui du groupe et l’explication du Trésor.

En avril 2024, en Californie, des militants anti-sionistes du Pitzer College, dont la section locale du JVP, avaient crié victoire après que l’établissement a annoncé qu’il n’approuverait plus a priori les demandes d’études à l’étranger mentionnant l’université de Haïfa. L’établissement avait ensuite expliqué que cette décision était motivée par le désintérêt croissant des étudiants, et non par une objection de principe.

Illustration : Des sympathisants pro-palestiniens et anti-Israël se rassemblent sur le campus de l’université Northwestern pour manifester leur soutien aux habitants de Gaza, le 25 avril 2024 à Evanston, dans l’Illinois. (Crédit : SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

Un épisode semblable s’est également produit ce mois-ci, dans le Minnesota. Des militants pro-palestiniens ont affirmé avoir réussi à faire pression sur le State Board of Investment pour qu’il annule ses investissements dans les obligations israéliennes.

Malgré les déclarations de ces groupes, parmi lesquels figuraient MN BDS Community et l’Anti-War Committee, le State Board of Investment avait déclaré à TCJewfolk que la vente de certaines obligations israéliennes relevait en réalité d’un choix fiscal.

« Contrairement aux affirmations de l’organisation mentionnée dans votre demande, le Minnesota State Board of Investment (SBI) n’a pas modifié sa politique d’investissement concernant les investissements autorisés », a indiqué le SBI à TCJewfolk. « Le SBI engage des gestionnaires d’investissement institutionnels professionnels tiers qui sont chargés de prendre des décisions d’investissement au niveau des titres individuels. Ces placements ne sont pas statiques. »

Le statut des obligations israéliennes à New York offre un nouvel aperçu de la politique complexe qui entoure ces avoir controversés. Cette année, le contrôleur Brad Lander, un progressiste, a refusé de renouveler les obligations israéliennes arrivées à échéance, procurant ainsi un sentiment de victoire aux militants anti-Israël. Mais la ville continue d’investir dans des actifs israéliens, et les militants continuent de faire pression pour un désinvestissement. Si le maire élu, Zohran Mamdani, approuve, le contrôleur élu, Mark Levine, affirme ne pas envisager de telles mesures.

Dans un communiqué de presse publié mardi, JVP a déclaré que la vente réalisée en Caroline du Nord était intervenue peu après que « l’annonce du Minnesota et du Michigan de leur décision de ne pas réinvestir ».

Interrogé par la Jewish Telegraphic Agency, Ari Rosenberg, membre de Jewish Voice for Peace Triangle et de la Break the Bonds NC Coalition, a expliqué que la décision de l’État « reflète le pouvoir des voix des citoyens de tout l’État, notamment des travailleurs du secteur public, qui attiraient l’attention sur ces investissements problématiques depuis près d’un an ».

« Pendant des mois, nous avons rencontré le bureau du Trésor, récolté 5 000 signatures de citoyens concernés par la question, et organisé des rassemblements avec les bénéficiaires du fonds de pension de l’État et les membres de la communauté afin de transmettre notre pétition et de faire connaître notre message », a ajouté Rosenberg dans une déclaration envoyée par e-mail. « La décision du trésorier montre clairement que nos voix ont été entendues ».

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