La CCE entérine les résultats ; le Likud et Shas s’abstiennent

L'agence de sécurité du Shin Bet évoque un possible financement étranger impliquant des milliers de personnes ; Gadi Eisenkot dénonce un 'pogrom contre la démocratie' mené par le Likud

Le directeur du Shin Bet, David Zini, lors de Yom HaZikaron, au cimetière militaire du mont Herzl, à Jérusalem, le 21 avril 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash 90)

Mercredi, l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet a déclaré à la commission centrale électorale (CCE) que les renseignements recueillis à ce jour indiquaient l’existence d’un financement étranger généralisé et d’opérations d’influence dans le cadre des élections israéliennes, impliquant « des milliers de personnes, voire davantage ». Toutefois, l’agence a précisé qu’elle devait mener des enquêtes plus approfondies avant de pouvoir établir avec un haut degré de certitude l’ampleur de ces activités présumées.

L’agence a indiqué à la commission que l’argent provenait de pays étrangers et d’acteurs ayant des « intérêts cachés, voire hostiles », et qu’il était destiné à promouvoir une influence étrangère.

Elle n’a pas identifié les pays ni les personnes impliquées.

Toutefois, des sources au sein des forces de l’ordre et de la police ont déclaré à Haaretz qu’elles n’avaient pas connaissance de l’affirmation selon laquelle l’opération présumée impliquerait des « sommes colossales » et des « milliers de personnes ».

« Si tel est le cas, comment se fait-il que [le chef du Shin Bet] Zini ait déclaré le jour du scrutin que le vote était sécurisé ? », a demandé l’une des sources au journal. « Si des sommes colossales affluaient, cela aurait dû être contrecarré. »

Les commentaires du Shin Bet à la CCE sont intervenus après que le présidium de la commission eut voté, mercredi matin, en faveur de la validation des résultats.

(De gauche à droite) : Dean Livne, directeur par intérim de la commission électorale centrale, David Zini, chef du Shin Bet, Noam Sohlberg, président de la commission électorale centrale, et Gali Baharav-Miara, procureure générale, dans un message vidéo publié le 1ᵉʳ novembre 2026. (Crédit : Autorisation)

Auparavant, la commission avait déclaré n’avoir constaté aucune irrégularité indiquant que le scrutin avait été compromis ou que les résultats avaient été falsifiés.

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, chef du parti d’extrême-droite Otzma Yehudit, a réagi aux déclarations du Shin Bet en appelant son directeur, David Zini, à arrêter et à interroger tous les dirigeants des partis arabes « dans les cellules souterraines du Shin Bet », sans l’accord de la procureure générale, Gali Baharav-Miara. Il a également exigé le gel immédiat de la validation des résultats électoraux et de la formation d’un gouvernement.

« L’élection a été volée ici, dans l’État d’Israël », a déclaré Ben Gvir, ajoutant qu’ « aucune piste » ne devait être négligée dans la quête de la « vérité ».

Les résultats doivent être remis au président Isaac Herzog mercredi vers 17 heures, après quoi celui-ci devrait entamer des consultations avec les dirigeants des partis afin de savoir qui ils soutiennent pour le poste de Premier ministre.

La déclaration du Shin Bet fait suite à des informations selon lesquelles l’agence de sécurité intérieure chercherait à interroger quatre responsables politiques arabes dans le cadre d’une enquête sur une ingérence électorale présumée, mais n’aurait pas fourni de preuves aux procureurs concernant trois d’entre eux.

Parallèlement, le Likud de Netanyahu a publié un communiqué accusant la procureure générale d’empêcher ces interrogatoires. Celle-ci a réagi par un communiqué cinglant, accusant en substance Zini – une personnalité controversée nommée par Netanyahu – de tenter de porter atteinte à l’État de droit.

La CCE entérine les résultats ; le Likud et Shas s’abstiennent

Selon un communiqué, le présidium de la CCE a voté en faveur de la validation des résultats des élections de la semaine dernière.

Noam Sohlberg, président de la commission centrale électorale, en visite dans une imprimerie où sont imprimés les bulletins de vote pour les élections législatives, à Kiryat Gat, le 5 octobre 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les représentants de Yesh Atid et de Kakhol Lavan ont voté pour, tandis que ceux du Likud et de Shas se sont abstenus ; c’est le président de la CCE, le juge Noam Sohlberg, qui a fait pencher la balance en faveur de la validation des résultats.

Le présidium est composé de cinq membres : Sohlberg et quatre représentants des quatre plus grandes formations politiques. Les résultats seront désormais transmis à une commission élargie comprenant également des représentants des petits partis, mais ces discussions revêtent un caractère essentiellement symbolique après le vote du présidium.

Les résultats des élections seront remis au président Isaac Herzog mercredi, vers 17 heures. Il entamera ensuite des consultations avec les chefs de parti pour connaître leur choix pour le poste de Premier ministre. Herzog devrait confier le mandat de former le prochain gouvernement à la personne ayant reçu le plus grand nombre de soutiens de la part des chefs de parti.

Ce vote a eu lieu après que le Likud et d’autres partis de la coalition sortante ont tenté de retarder la validation des résultats en invoquant des allégations infondées de fraude électorale. Sohlberg a rejeté leur demande en indiquant par écrit que la CCE n’avait pas le pouvoir de retarder la certification des résultats sur la base d’informations relatives à des enquêtes ou à des préoccupations des forces de l’ordre.

Plus tôt dans la journée de mercredi, la CCE avait réaffirmé n’avoir constaté aucune irrégularité laissant supposer que le scrutin ait été compromis ou que les résultats aient été falsifiés.

La CCE affirme que l’enquête sur les résultats n’a révélé aucun élément suggérant que le scrutin ait été faussé

La CCE avait annoncé mercredi matin avoir achevé son examen des résultats électoraux et n’avoir trouvé aucun élément indiquant une atteinte à l’intégrité du scrutin.

« L’issue de cette opération n’a révélé aucune irrégularité ni aucun élément suggérant que l’intégrité des élections ait été compromise ou que les résultats aient été altérés », indiquait le communiqué de la commission.

Des personnes traversant les locaux de la commission centrale électorale, à la Knesset, à Jérusalem, le 29 octobre 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« L’opération a consisté à examiner les procès-verbaux de 9 069 bureaux de vote. Lorsque cela s’est avéré nécessaire, un examen approfondi du matériel électoral et de la documentation, y compris les bulletins de vote et les listes électorales, a été mené », a précisé la commission.

« Les vérifications ont porté sur l’ensemble des bureaux de vote visés par les recours. Aujourd’hui, les résultats électoraux seront transmis au président de l’État et publiés conformément à la réglementation », a ajouté la commission.

Le directeur de la CCE, Dean Livne, a déclaré : « Chaque recours reçu de la part de formations politiques, de listes de candidats et du grand public a été examiné au cas par cas. Lorsque des corrections s’imposaient, elles ont été apportées sur la base des registres officiels et du matériel électoral. »

Sohlberg avait réaffirmé mardi que les résultats officiels des élections à la Knesset de la semaine dernière seraient publiés comme prévu, rejetant ainsi une nouvelle tentative de la coalition sortante visant à reporter cette publication.

La Liste arabe unie dénonce l’enquête du Shin Bet sur des responsables politiques arabes ; Eisenkot : le Likud mène un « pogrom contre la démocratie »

La Liste arabe unie, une alliance parlementaire à la Knesset dirigée par des Arabes, a accusé Zini d’agir comme un « bras politique » de Netanyahu, à la suite d’informations selon lesquelles l’agence de sécurité chercherait à interroger quatre responsables politiques arabes au sujet d’une ingérence présumée dans les élections, parmi lesquels figurent des membres chevronnés du parti.

« Netanyahu s’accroche au pouvoir et tente de délégitimer la population arabe, qui s’est rendue en masse aux urnes pour voter contre son gouvernement », a déclaré le parti.

« Zini, qui a été nommé par Netanyahu, agit comme un bras politique à son service. »

Le chef du parti HaDemocratim, Yaïr Golan (à droite), rencontrant les dirigeants de la Liste arabe unie, Youssef Jabareen (au centre à gauche) et Ahmad Tibi (à gauche), pour la première fois depuis les élections du 27 octobre, le 3 novembre 2026. (Crédit : HaDemocratim)

« Nous ne laisserons pas Netanyahu et Zini transformer les votes de centaines de milliers de citoyens arabes en une menace pour la sécurité et leurs représentants élus en suspects », a-t-il ajouté, qualifiant les enquêtes rapportées de volet d’une campagne plus large visant à délégitimer les électeurs arabes et leurs représentants politiques.

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, a également averti que les membres des services de sécurité et des forces de l’ordre israéliens sont « des serviteurs de l’État, et non du roi », accusant le Likud et Netanyahu de tenter d’entraîner le pays dans une « dangereuse crise constitutionnelle ».

« Dans leur désespoir, le Likud et Netanyahu tentent de mener un pogrom contre la démocratie et l’État de droit », a affirmé Eisenkot.

« En cette période difficile, tant sur le plan politique qu’en matière de sécurité, ils tentent de saper la confiance du public dans les résultats électoraux. »

Le chef du parti HaDemocratim, Yaïr Golan, a également accusé Zini de transformer le Shin Bet en « un outil politique au service de la campagne de Netanyahu visant à remettre en cause les résultats électoraux », qualifiant ces informations de « signal d’alerte grave » et exhortant les dirigeants de l’opposition à agir rapidement pour former un gouvernement.

Golan a déclaré que le prochain gouvernement devait réexaminer les nominations de Netanyahu, y compris celle de Zini, afin de garantir que les agences de sécurité servent l’État plutôt que des intérêts politiques.

Ces déclarations font suite à un reportage d’i24News selon lequel Zini chercherait à interroger le chef du parti Raam, Mansour Abbas, le chef de la faction Taal, Ahmad Tibi, le chef de la faction Balad, Sami Abu Shehadeh, ainsi qu’un député de haut rang de la Liste arabe unie dont le nom n’a pas été révélé. Zini n’aurait toutefois fourni aux procureurs des preuves à charge que contre ce dernier.

En réaction à la diffusion de ce reportage, Baharav-Miara a déclaré que les enquêteurs ne pouvaient pas interroger des élus sans éléments de preuve à l’appui et a accusé le Shin Bet de dissimuler des éléments d’enquête à une équipe conjointe mise en place avec la police il y a deux jours.

Le Likud a réagi en accusant la procureure générale de « lier les mains du Shin Bet » et de dissimuler une ingérence étrangère présumée dans les élections.

Le parti a également accusé Eisenkot, Golan et d’autres dirigeants de l’opposition « d’inciter et d’attiser la rébellion contre les responsables des services de sécurité israéliens » avec le soutien de la procureure générale.

Le Likud a affirmé à plusieurs reprises que l’élection avait été « volée » par les partis arabes et a cherché à retarder la validation des résultats.

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