La commémoration de Durban, prévue par l’ONU, accusée de blanchir l’antisémitisme

La Déclaration de 2001 sera réaffirmée 25 ans après une conférence marquée par la haine antijuive et le soutien à Hitler, malgré l’opposition d’Israël et des États-Unis

Des participants assistent au débat entre les six candidats au poste de secrétaire général de l’ONU, dans la salle de l’Assemblée générale, à New York, le 23 juillet 2026. (Crédit : Leonardo MUNOZ/AFP)

NEW YORK – La mission israélienne auprès des Nations unies (ONU) et plusieurs autres voix ont vivement dénoncé la commémoration prévue par l’ONU du 25ᵉ anniversaire de la Conférence de Durban de 2001, largement considérée par ses détracteurs comme un tournant dans l’histoire de l’antisémitisme contemporain.

L’ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU, Danny Danon, a appelé mardi au boycott de cet événement.

« Ne légitimons pas cet héritage toxique », a-t-il déclaré. « Il n’y a pas lieu de célébrer un quart de siècle d’antisémitisme et d’incitation à la haine contre Israël. »

Organisée en 2001 à Durban, en Afrique du Sud, la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée avait réuni des milliers de représentants du monde entier pour élaborer un programme commun de lutte contre le racisme.

La conférence avait été entachée par des manifestations d’antisémitisme et des discours extrémistes hostiles à Israël, notamment lors d’un forum des organisations non gouvernementales (ONG) organisé en marge de la conférence intergouvernementale.

Ce forum, qui avait rassemblé 50 000 personnes, avait été largement dominé par les attaques contre Israël, intervenants et manifestants s’en prenant avec virulence à l’État juif. Des organisations y avaient vendu des exemplaires des Protocoles des Sages de Sion, un texte antisémite fabriqué de toutes pièces, tandis que des militants distribuaient des tracts faisant l’apologie du dictateur nazi Adolf Hitler. Des manifestants avaient également diffusé des caricatures représentant des Juifs au nez crochu, transperçant des enfants palestiniens, du sang dégoulinant de leurs crocs, selon un reportage de la Jewish Telegraphic Agency (JTA) réalisé sur place.

Lors d’une marche, des militants avaient brandi une pancarte proclamant « Hitler aurait dû aller jusqu’au bout ». Les étudiants juifs présents avaient été harcelés, ostracisés et pris pour cible par des manifestants scandant des slogans antisémites.

Les délégations américaine et israélienne, ainsi qu’un groupe de représentants juifs, avaient quitté la conférence en signe de protestation.

Cette conférence est considérée comme un tournant dans l’histoire de l’antisionisme. En présentant Israël comme un État raciste et coupable de violations des droits humains devant la communauté internationale, elle a fourni un modèle au militantisme antisioniste. En 1975, l’Assemblée générale de l’ONU avait déjà adopté une résolution assimilant le sionisme à une forme de racisme, mais celle-ci avait été abrogée dix ans avant la conférence de Durban.

Selon la JTA, une déclaration adoptée par les organisations présentes à la conférence accusait Israël de racisme, de crimes de guerre, d’apartheid, de génocide et de nettoyage ethnique. Ces accusations sont depuis devenues monnaie courante dans les discours de gauche.

La déclaration adoptée par les gouvernements à Durban en 2001, en marge du rassemblement des organisations, se montrait plus modérée à l’égard d’Israël. Elle reconnaissait le « droit à la sécurité » de tous les États du Moyen-Orient, « y compris Israël », et affirmait que la Shoah « ne doit jamais être oubliée ».

Les défenseurs de la communauté juive ont néanmoins dénoncé cette déclaration, Israël étant le seul pays nommément visé dans le document.

Le texte exprime sa « préoccupation face au sort du peuple palestinien sous occupation étrangère » et reconnaît le droit des Palestiniens à l’autodétermination.

Selon ses détracteurs, le fait de désigner Israël comme seul pays dans une déclaration historique consacrée à la lutte contre le racisme revient à l’associer au racisme et à présenter le conflit comme un affrontement racial plutôt que politique.

Des manifestants protestent contre la conférence de Durban III sur le racisme, près du siège des Nations unies, à New York, le 21 septembre 2011. (Crédit : Mary Altaffer/AP)

Anne Bayefsky, directrice du Touro Institute on Human Rights, à New York, et présidente de l’organisation de défense des droits humains Human Rights Voices, a estimé que « la Déclaration de Durban présente les Palestiniens comme des ‘victimes’ du racisme israélien ».

« Israël est le seul pays cité nommément, le seul pays explicitement désigné comme raciste dans le monde », a déclaré Bayefsky, qui avait assisté à la conférence de Durban en 2001, lors d’un entretien. « Durban transforme la cause palestinienne en une question raciale, opposant les non-Juifs à des Juifs présentés comme racistes, au nom de la lutte contre le racisme. »

La commémoration du 25ᵉ anniversaire de la conférence de Durban se tiendra le 28 septembre, à l’occasion de l’Assemblée générale annuelle de l’ONU. En annonçant l’événement, l’ONU a présenté cet anniversaire comme « une occasion d’accélérer les efforts collectifs pour lutter contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée ».

Les documents publiés par l’ONU pour promouvoir cette commémoration ne mentionnent ni Israël ni les manifestations d’antisémitisme qui avaient marqué la conférence de 2001. Ils saluent en revanche la Déclaration de Durban, présentée comme le « plan d’action de l’ONU pour lutter contre le racisme ».

Un projet de déclaration élaboré en vue de la prochaine commémoration appelle à « réaffirmer » la Déclaration de Durban de 2001, sans mentionner Israël ni aucun autre État.

Danon a indiqué au Times of Israel, au début du mois, que la mission israélienne auprès de l’ONU encourageait les pays à boycotter « ce cirque ».

« J’espère leur rappeler ce qui s’est passé il y a 25 ans et leur expliquer pourquoi cet événement ne mérite pas d’être célébré. J’espère aussi que de nombreux pays choisiront de ne pas y participer cette année », a déclaré Danon.

Selon lui, certains pays ont déjà annoncé qu’ils ne participeraient pas à la commémoration, tandis que d’autres ont décidé d’y envoyer des diplomates de rang inférieur plutôt que des représentants de haut niveau.

L’ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, Danny Danon, s’exprimant lors d’une réunion du Conseil de sécurité, au siège de l’ONU, le 11 mars 2026. (Crédit : Seth Wenig/AP)

« Le mot d’ordre est de lutter contre la haine et l’incitation à la haine, mais le contenu de cette commémoration ne fait que promouvoir la haine et l’incitation à la haine contre Israël », a-t-il dénoncé. « C’est une véritable hypocrisie. Nous y sommes peut-être habitués à l’ONU, mais la conférence de Durban en est le symbole même. »

Une pétition appelant les dirigeants mondiaux à se retirer de la commémoration a recueilli plus de 10 000 signatures.

Plusieurs organisations juives, dont l’Anti-Defamation League (ADL), se sont également opposées à cette commémoration et ont exhorté les États à la boycotter.

Bayefsky a déclaré que cette commémoration « niera ce qui s’est réellement passé à Durban, en déformera la réalité, puis reproduira les mêmes dérives. Il ne s’agit pas seulement de blanchir la réalité ignoble de l’antisémitisme orchestré par l’ONU, mais aussi d’en reprendre le discours à son compte ».

Lors d’une séance de l’Assemblée générale en juillet, le représentant américain Dan Negrea a déclaré que cette commémoration « célébrera un héritage toxique. Les États-Unis n’y prendront pas part ».

« La conférence de Durban de 2001 n’était pas, à l’origine, une initiative sincère de lutte contre le racisme. Elle a été détournée pour devenir une tribune abjecte au service de l’antisémitisme et de la haine contre Israël », a déclaré Negrea. « Les États-Unis ne resteront pas les bras croisés et ne serviront pas de caution diplomatique à un dispositif international fondé sur des préjugés institutionnalisés. »

Lors de cette séance de juillet, une résolution relative à la commémoration a été adoptée par 142 voix pour, trois contre et 13 abstentions. Les États-Unis, Israël et l’Argentine ont été les seuls pays à voter contre.

L’ONU avait déjà organisé des commémorations de la Conférence de Durban en 2009, 2011 et 2021. En 2021, lors du 20e anniversaire, 38 pays avaient boycotté l’événement.

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