La condamnation du policier, qui avait lancé une grenade assourdissante sur des manifestants, annulée
Précédemment condamné pour conduite imprudente et négligente envers des manifestants anti-gouvernement, Meir Suissa a gagné son appel et pourrait bénéficier d'une promotion
Jeudi, un juge de Tel Aviv a annulé la condamnation du surintendant de police Meir Suissa, reconnu coupable d’avoir lancé une grenade assourdissante sur des manifestants anti-gouvernement en 2023.
Dans le cadre d’un accord de plaidoyer conclu par Suissa avec les procureurs, l’officier a avoué le jet d’une grenade assourdissante dans la foule et il a été jugé coupable de comportement imprudent et négligent avant d’interjeter appel de sa condamnation.
Yaron Gat, juge du tribunal de Tel Aviv responsable de l’affaire Suissa, a écrit dans son acceptation de l’appel du prévenu qu’il estimait que ce dernier avait « démontré son innocence », a rapporté Ynet.
Cette décision favorable à Suissa devrait lui permettre de jouir de la promotion que le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, souhaitait lui accorder depuis l’inculpation du policier il y a de cela plus de deux ans.
Pour autant, Suissa devra verser 12 000 NIS de dommages-intérêts à deux femmes blessées par ses agissements. Les deux plaignantes vont recevoir respectivement 10 000 NIS et 2 000 NIS.
Dans sa décision, Gat a expliqué que l’annulation de la condamnation ne « minimise pas la gravité du préjudice subi par les victimes de l’infraction » auxquelles il souhaite une « pleine guérison physique et psychologique ».
Cette décision met un terme à trois années d’une saga judiciaire qui a plongé ses racines dans une manifestation antigouvernementale, en mars 2023 à Tel Aviv, au cours de laquelle des policiers avaient tiré des grenades assourdissantes en direction de la foule, ce qui avait fait des blessés parmi les manifestants.
Suissa, qui se trouvait à la tête des services de police lors de cette manifestation, avait été interrogé en compagnie de quatre de ses agents et, en juillet 2024, il avait été inculpé par le Service des enquêtes internes de la police suite aux violences.
Suissa a été condamné au pénal mais ses quatre collègues ont répondu de leurs actes dans le cadre d’une procédure disciplinaire interne à la police.
Suite à l’incident de la grenade assourdissante, Ben Gvir avait voulu promouvoir Suissa, ce que le tribunal de Jérusalem lui avait refusé, alimentant de plus belle l’animosité entre le ministre d’extrême droite, la procureure générale et les hauts responsables de la police.
Les faits reprochés à Suissa sont le fruit des tactiques policières inédites qui avaient été mises en oeuvre lors des manifestations de 2023, qui avaient donné lieu à des tirs de grenades assourdissantes contre des manifestants antigouvernementaux, Ben Gvir étant favorable à une action policière plus agressive face aux manifestants.
Suite à ces manifestations, onze protestataires avaient dû être pris en charge par les médecins, deux d’entre eux ayant été hospitalisés pour de graves blessures — notamment au visage.
Un autre manifestant avait été grièvement blessé par une grenade assourdissante reçue à l’épaule.
Suissa fait partie des cinq policiers qui ont été inculpés dans le cadre de cette affaire par le Service des enquêtes internes de la police.
Dans le cadre de l’accord de plaidoyer, Suissa a avoué le tir d’une grenade assourdissante, mais d’autres charges retenues contre lui ont été finalement abandonnées. Sa condamnation a été annoncée jeudi avant d’être annulée.
Suite à l’annonce de cette condamnation, Ben Gvir l’avait critiquée sur le réseau social X en la qualifiant de « totalement infondée » et déconnectée de la réalité complexe dans laquelle travaillent les policiers israéliens.
« C’est une grave erreur », a ajouté Ben Gvir. « Ce coup dur infligé à Suissa est un coup dur porté à tous ceux qui se trouvent en première ligne pour garantir l’ordre public. »
Un mois après l’acte d’inculpation, Ben Gvir avait promu Suissa au rang de surintendant en chef, ce qui aurait eu pour effet de la placer à la tête du commissariat de police du sud de Tel Aviv.
La procureure générale Gali Baharav-Miara avait qualifié d’illégale cette promotion prise en-dehors de toute recommandation du chef de la police et le tribunal de Jérusalem l’avait donc gelée en septembre 2024, ce à quoi Ben Gvir avait réagi en faisant appel. La promotion avait in fine été annulée en juin 2025.
Baharav-Miara a par ailleurs reproché à Ben Gvir d’avoir enfreint l’accord conclu l’an dernier, lequel lui interdit d’intervenir à la fois dans le cadre des actions de la police lors des manifestations et dans la promotion des policiers, et elle a demandé son limogeage, ce à quoi le Premier ministre Netanyahu a opposé une fin de non recevoir.
La procureure générale n’est pas la seule à s’être opposée à la promotion de Suissa puisque le chef adjoint de la police, Elazar Kahana, alors principal conseiller juridique de la police israélienne, a fait de même. En 2024, le chef de la police Danny Levy avait tenté de transférer Kahana au Service des poursuites de la police, un poste moins influent, ce que Baharav-Miara était parvenue à empêcher, car selon elle jugée d’illégale.
À la fin du mois dernier, Kahana a annoncé son intention de faire valoir ses droits à la retraite en février prochain.