La date du Met Gala mettant Galliano à l’honneur peut-être modifiée pour ne pas coïncider avec Yom HaShoah
Selon le NYT, certains donateurs menacent de retirer leurs dons si le musée rend hommage au créateur lors de l'édition 2027 ; des réunions avec des rabbins et d'éminents dirigeants juifs ont échoué à apaiser la polémique
Les organisateurs de la prochaine édition du Met Gala, qui se tiendra à New York, envisageraient de modifier la date initialement prévue pour l’événement, le 3 mai 2027, afin d’éviter que celui-ci ne coïncide avec la Journée de commémoration de la Shoah en Israël, Yom HaShoah, alors qu’ils s’apprêtent à rendre un hommage très controversé au créateur de mode John Galliano, qui a autrefois fait l’apologie d’Adolf Hitler.
Par ailleurs, l’opposition de la communauté juive à cette décision d’honorer Galliano ne cesse de croître, ainsi que l’a rapporté vendredi le New York Times. Certains donateurs menacent notamment de retirer leurs dons si Galliano est mis à l’honneur lors du gala. Le journal précise que parmi les hauts responsables contactés par les donateurs figuraient Anna Wintour, la célèbre rédactrice en chef de Vogue et membre du conseil d’administration du Met, qui a toujours défendu Galliano, ainsi qu’Andrew Bolton, conservateur du Costume Institute, et Max Hollein, directeur du musée.
« Le Met ne tolère aucune forme d’antisémitisme, de racisme ou de préjugé de quelque nature que ce soit. Nous travaillons en étroite concertation avec les dirigeants de la communauté juive et d’autres parties prenantes. Nous prenons très au sérieux les inquiétudes qui nous ont été exprimées », a répondu Hollein. Il a ajouté que la direction du Met était en train d’ « élaborer un projet réfléchi pour l’exposition et le gala de l’année prochaine, qui respecte les normes morales et éthiques fixées par le musée ».
Bolton a pour sa part affirmé qu’ « aucune évaluation critique » de Galliano « ne saurait être complète sans un exposé direct de ses fautes ». Il a toutefois précisé que la question de savoir si le créateur « pouvait être pardonné n’était pas une question à laquelle l’exposition cherchait à répondre ». Wintour, quant à elle, a indiqué : « Depuis le début, Andrew a abordé cette exposition dans un esprit de collaboration, avec sensibilité et avec une rigueur scientifique. Je lui suis, comme toujours, très reconnaissante et je lui apporte tout mon soutien, ainsi qu’à Max et au Met. »
Galliano a été licencié de son poste de directeur artistique de la maison Dior en 2011 après avoir fait l’éloge d’Hitler et proféré des insultes antisémites à l’encontre de clients dans un café parisien. Il s’est depuis excusé à plusieurs reprises pour ses propos, qu’il a attribués à un abus de substances – même s’il a de nouveau été accusé d’antisémitisme en 2019 pour avoir prétendument crié « Joyeux Noël ! » à plusieurs reprises dans un spa sans alcool à une femme qui parlait hébreu, et à qui il aurait affirmé avoir un problème avec cette langue. Un porte-parole de Galliano a déclaré au New York Times qu’il « nie que ces faits se soient jamais produits ».
« Nos institutions culturelles, en particulier celles qui reçoivent des subventions de la ville de New York, ont la responsabilité de montrer que la haine et l’intolérance ont des conséquences. Les mots comptent, et le choix des personnes que nous décidons de célébrer est une déclaration directe de nos valeurs et de ce que nous sommes prêts à tolérer », a affirmé Julie Menin, présidente du Conseil municipal de New York, qui est juive, dans un communiqué.
Selon l’article du Times, d’autres personnalités de premier plan ont fait part de leur mécontentement au musée. Parmi elles, le marchand d’art Arne Glimcher, qui a envoyé un e-mail à Hollein et au conservateur du Met, David Breslin, dans lequel il indiquait que lui et sa famille « réexaminaient sérieusement d’autres œuvres de notre collection prévues pour être léguées au Met dans nos testaments ».
La controverse suscitée par l’exposition s’est produite malgré les efforts déployés par le musée pour éviter une telle réaction : Galliano avait ainsi organisé une rencontre en face à face avec plusieurs rabbins influents au début de l’année ; Wintour et les responsables du musée avaient rencontré plusieurs dirigeants juifs de premier plan.
Le rabbin David Ingber, qui a rencontré Galliano et les dirigeants du Met mais n’a pas assisté à la réunion avec les autres rabbins, a rapporté au journal son scepticisme quant à la valeur de l’exposition. « En mettant Galliano au centre de l’attention, le Met a placé la communauté juive dans une situation sans issue. Soit on nous reproche d’être trop sensibles et de ne pas permettre qu’il soit mis à l’honneur, soit on nous accuse de complicité. La question n’est pas de savoir s’ils peuvent le faire, mais s’ils auraient dû le faire. »
« À l’heure où la haine antisémite ne cesse de croître, placer Galliano au cœur d’un événement culturel majeur va bien au-delà d’une simple analyse artistique de son œuvre », a ajouté Ingber, qui a précisé que s’il « croit au processus de rédemption », celui-ci n’est pas synonyme de « repentir, de pardon et d’un immense honneur public ».
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