La génétique joue un rôle clé dans la longévité humaine – étude israélienne
Selon un doctorant de l'Institut Weizmann, il s'agissait de déterminer dans quelle mesure les gènes et 'le reste' contribuaient à l'espérance de vie. Il semble que le reste 'compte pour moitié'
WASHINGTON (Reuters) — De nombreux facteurs ont une influence sur la durée de vie, à commencer par l’alimentation, l’exercice, le tabagisme, la consommation d’alcool, l’environnement et bien d’autres variables. Mais qu’en est-il des gènes ? C’est une question controversée, et ce depuis des dizaines d’années.
Une nouvelle étude penche en faveur d’un rôle bien plus important pour la génétique que ce que les précédentes études avaient laissé entendre, l’estimant à près de 50 % des déterminants de la durée de vie humaine. Soit près du double de ce que de précédentes études avaient conclu et des résultats conformes avec ceux des études sur la durée de vie des animaux de laboratoire.
« La durée de vie est sans aucun doute influencée par de nombreux facteurs, notamment le mode de vie, les gènes et, surtout, l’aléatoire — prenons par exemple des organismes génétiquement identiques élevés dans des environnements similaires qui meurent à des moments différents », explique Ben Shenhar, doctorant en physique à l’Institut Weizmann des sciences en Israël et auteur principal de l’étude évaluée par des pairs publiée jeudi dans la revue Science.
« Dans cette étude, nous avons fait en sorte d’expliquer les variations entre individus attribuables à la génétique en répartissant les facteurs de longévité entre la génétique et « tout le reste ». Ce ‘tout le reste’ représente plus ou moins 50 % du total. »
Les chercheurs ont tenté de lever le doute sur un facteur trompeur, dans de précédentes études antérieures utilisant des jumeaux suédois et danois, la plupart datant du XIXe siècle. Ces études sur des jumeaux n’ont en effet pas pris en compte les morts violentes, par accidents ou maladies infectieuses, entre autres causes exogènes — ce que l’on appelle la mortalité extrinsèque —. Selon les auteurs de cette nouvelle étude, cela aurait eu pour effet de biaiser les chiffres sur la composante génétique de la longévité.
La cause du décès était absente des données historiques, qui ne donnaient que l’âge au moment du décès. Si l’un des jumeaux mourait à 90 ans de causes naturelles et l’autre à 30 ans, non pas de causes naturelles mais à cause d’une maladie infectieuse comme le typhus ou le choléra, les données décorrelées de la cause du décès ont pu donner de fausse indications sur le rôle de l’hérédité en matière de longévité.
Cette nouvelle étude a eu recours à une formule mathématique pour expliquer la mortalité extrinsèque chez les jumeaux. Selon Shenhar, la mortalité extrinsèque à l’époque de ces jumeaux, avant l’avènement et la diffusion des antibiotiques, était dix fois plus élevée qu’aujourd’hui, essentiellement du fait de maladies infectieuses dont on guérit aujourd’hui facilement.
Les chercheurs ont ensuite validé l’hypothèse suivant laquelle les décès extrinsèques masquaient l’héritabilité en recourant à des données suédoises plus récentes et non analysées, incluant des jumeaux élevés ensemble et des jumeaux élevés séparément. Cette analyse a en effet révélé qu’à mesure que la mortalité extrinsèque diminue, l’héritabilité augmente.
« Les jumeaux identiques élevés séparément partagent leurs gènes, mais pas leur environnement. Ce qui permet de faire la part entre la génétique et l’environnement, la nature et l’éducation », explique Uri Alon, biologiste des systèmes à l’Institut Weizmann et auteur principal de l’étude.
Les jumeaux sont particulièrement précieux dans ce type d’études car ils ont en commun près de la moitié de leur patrimoine génétique.
« Les précédentes études sur les jumeaux utilisaient des méthodes statistiques qui fonctionnent bien pour d’autres traits — la taille, la tension artérielle, les traits de personnalité, etc. Ces traits ne sont pas affectés par la mortalité extrinsèque », poursuit Alon.
« Mais la durée de vie moyenne est un trait particulier fortement affecté par la mortalité extrinsèque. Comme la cause du décès n’a pas été enregistrée pour les études classiques sur les jumeaux, elle n’a pas été corrigée », poursuit Alon.
Cela pourrait avoir des conséquences en matière de recherche sur le vieillissement.
« Il se peut que l’estimation de la faible héritabilité ait eu pour effet de priver de fonds la recherche sur la génétique du vieillissement, en laissant entendre qu’il était en grande partie aléatoire ou plutôt lié à des facteurs environnementaux. Or, notre étude valide les études sur la composante génétique de la longévité en montrant que le signal génétique a toujours été fort, mais qu’il était jusque là caché par le « bruit » issu des données », conclut Shenhar.
Les gènes ont donc une influence sur la durée de vie dans les deux sens. Il existe des défauts génétiques invalidants qui peuvent provoquer des maladies et réduire la longévité, tout comme il existe des gènes qui semblent propices à la longévité.
« Un grand nombre de centenaires arrivent à l’âge de 100 ans sans pathologie grave », souligne Shenhar. « Il est évident que ces personnes possèdent des gènes protecteurs qui protègent contre le développement de maladies naturelles qui apparaissent avec l’âge. Certains de ces gènes ont été identifiés mais comme pour la plupart des traits complexes, la longévité est sans doute sous l’influence de centaines, si ce n’est de milliers de gènes. »