La Knesset examine une loi donnant plus de pouvoir aux orthodoxes sur la place du mur Occidental

Le projet controversé a été renvoyé à la Commission constitutionnelle de la Knesset ; Selon les femmes du Mur, Israël « crache » au visage des Juifs de la diaspora

Des leaders du Mouvement conservateur/Masorti prient dans la zone de prière mixte du mur Occidental, en octobre 2025. (Avec l'aimable autorisation de MERCAZ Olami)

Lundi, la commission de la Chambre des représentants de la Knesset a voté le renvoi à la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice du projet de loi accordant davantage de pouvoir aux orthodoxes sur la place du mur Occidental en préambule à sa première lecture en session plénière de la Knesset, au grand dam des organisations juives libérales.

La Commission de la Constitution, du droit et de la Justice est présidée par Simcha Rothman, député du parti HaTzioniut HaDatit, de sensibilité nationaliste et religieuse, habitué à travailler avec les partis ultra-orthodoxes de la Knesset.

Le projet de loi, qui a été présenté par le député d’extrême droite Noam Avi Maoz, a donné lieu à une lecture préliminaire le mois dernier. Il entend revenir sur la récente décision prise par la Cour Suprême qui avait sommé les autorités de poursuivre les améliorations entreprises dans la zone de prière mixte du mur Occidental, une zone annexe qui est utilisée pour les prières non orthodoxes.

Ce projet de modernisation encalminé fait partie du compromis du mur Occidental qui a été conclu il y a de cela dix ans par le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, prônant la mise en place d’un lieu de prière ouvert à toutes les sensibilités.

Si cette loi venait à être adoptée, elle donnerait aux deux grands rabbins du pays, tous deux orthodoxes, l’autorité ultime sur les lieux saints du judaïsme, y compris sur la zone de prière mixte. Ils pourraient ainsi décréter que les activités contraires à leurs instructions, à commencer par le culte non orthodoxe, sont « profanatoires ».

Sous sa forme actuelle, le projet de loi stipule que la « profanation » d’un lieu saint est punissable de sept ans de prison.

Le député Simcha Rothman présidant une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset sur l’affaire Sde Teiman, à la Knesset, le 5 novembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Jeudi dernier, Maoz s’est réjoui sur X de l’avancement de son projet de loi en écrivant que « [la fin] de l’interventionnisme de la Cour Suprême au sujet du Mur Occidental est proche » et que cette loi remettrait l’autorité sur ce lieu saint « à sa place normale et appropriée, à savoir sous les auspices du Grand Rabbinat d’Israël, afin de protéger le caractère sacré du vestige de notre Saint Temple. »

Anna Kislanski, directrice générale du Mouvement israélien pour le judaïsme progressiste et favorable à la prière non orthodoxe au mur Occidental, a critiqué ce projet de loi qu’elle a qualifié de gifle au visage des Juifs non-orthodoxes, en Israël comme à l’étranger.

« Alors que nous sommes en pleine guerre, que les Juifs de toutes tendances se battent pour survivre, parfois dans les rangs de l’armée, dans la réserve ou sur le front intérieur, la coalition choisit de faire voter une loi concernant le mur Occidental, une loi qui fait des citoyens des Juifs de seconde zone, une loi qui divise le peuple et qui nuit à l’un de ses symboles d’unité majeurs, » a-t-elle déclaré.

Au moment-même où la diaspora, pour l’essentiel non orthodoxe, fait face à des violences antisémites, « le gouvernement israélien ne trouve rien de mieux à faire que de profiter de l’état d’urgence pour dire aux Juifs de la diaspora qu’ils ne sont pas assez juifs pour prier comme ils le souhaitent au mur Occidental », a-t-elle ajouté.

Les Femmes du mur, une organisation militante favorable à la prière mixte et aux lectures de la Torah par des femmes au mur Occidental, se sont elles aussi élevées contre cette décision, déclarant par voie de communiqué : « Il faut le voir pour le croire ».

« En pleine guerre, alors que des millions d’Israéliens se terrent dans leur mamad ou dans des abris, que l’économie est au pas, que le système éducatif est paralysé, que les enfants sont cloîtrés chez eux et que la place du mur Occidental est déserte, la coalition n’a rien de mieux à faire que de présenter cet ignoble projet de loi au vote », a déclaré le groupe.

Des rabbins du mouvement massorti priant dans la zone de prière mixte Ezrat Yisrael, au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 12 décembre 2024. (Crédit : Autorisation/Archives)

« Au moment où nous avons plus que jamais besoin de nos sœurs et frères de la diaspora à nos côtés sur la scène internationale, l’État d’Israël leur crache au visage et leur dit : vous n’avez pas votre place avec nous. »

S’adressant à la commission de la Chambre des représentants de la Knesset, le député HaDemocratim Gilad Kariv a souligné qu’il y a quelques jours, une tentative d’attentat a pris pour cible le Temple Israel de West Bloomfield, dans le Michigan, la plus grande synagogue réformée des États-Unis. Le fait de proposer au vote une telle loi revient à poignarder dans le dos des « millions de Juifs libéraux ailleurs dans le monde », a-t-il déclaré.

L’ancien ministre de la diaspora, Nachman Shai, actuellement doyen de l’Institut juif de religion du Hebrew Union College, a lui aussi souligné que cette décision faisait suite à cet attentat, en écrivant sur X, sur un ton sarcastique : « Qui a dit que la Knesset et le gouvernement israélien ne s’identifiaient pas aux Juifs de la diaspora et surtout au Temple Israël de Detroit ? »

À la fin du mois dernier, les députés avaient voté par 56 voix contre 47 en faveur de ce projet de loi, en lecture préliminaire, quelques jours après l’annulation par Netanyahu d’une réunion de la Commission des lois, pour éviter que son gouvernement ne lui témoigne son soutien et ne ravive la résistance des Juifs de la diaspora.

Netanyahu a finalement laissé les membres de sa coalition voter en leur âme et conscience, sans exiger de leur part le respect de la ligne de la coalition. Malgré tout, plusieurs députés du Likud, dont Yuli Edelstein et le président de la Knesset, Amir Ohana, se sont abstenus.

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