La mairie de Jérusalem précise son ambitieux projet de développement
Lors d'une conférence, les autorités ont affiché leur optimisme en matière de logement et de transport ; Moshe Lion a dévoilé un plan de protection des espaces verts menacés
Il existe des projets de métro pour relier Jérusalem à ses proches banlieues, a révélé, la semaine passée, Natan Elnatan, président du Conseil national de la planification et de la construction.
Il a fait cette annonce lors de la Conférence sur le développement de Jérusalem, organisée par le Centre Nadlan en collaboration avec la municipalité de Jérusalem.
« Sous peu, on va lancer le projet de métro de Jérusalem », a déclaré Elnatan en reprenant le nom du vaste projet de métro de Tel Aviv lancé l’an dernier.
« Il s’agira d’une ligne souterraine qui passera dans Jérusalem et la reliera à Beit Shemesh et Mevaseret Zion. On en est encore au stade préparatoire et cela n’a pas encore été vraiment évoqué publiquement. »
Ces projets commenceront une fois terminés les travaux de tramway léger de la capitale et une fois fixés les options de transport optimales.
Les responsables présents lors de cette conférence ont indiqué que la ville continuait de tabler sur une croissance rapide, alors même que la hausse des loyers à Jérusalem a largement dépassé la moyenne nationale l’an dernier.
Selon les chiffres les plus récents du Bureau central des statistiques (CBS), les prix de l’immobilier à Jérusalem ont continué d’augmenter en 2025 alors que d’autres marchés sont repartis à la baisse.
Les 12 derniers mois pour lesquels on dispose de données, à savoir entre novembre 2024 et novembre 2025, les prix ont augmenté de 9,4 % à Jérusalem et diminué de près de 2,9 % à Tel-Aviv ainsi que dans le centre du pays. Les prix ont augmenté de 5,4 % dans le nord, de 1,2 % dans le sud et de 0,5 % à Haïfa sur la même période, note le CBS.
Le nombre « sans précédent » de 8 445 permis a été délivré en 2025 pour la construction de nouveaux logements, dont près de la moitié concerne des bâtiments faisant l’objet de projets de rénovation urbaine, souligne la municipalité. Ce à quoi s’ajoutent les permis de construire concernant 142 000 mètres carrés de bureaux et de campus destinés à la haute technologie, à construire dans les années qui viennent, plus 2 millions de mètres carrés d’espaces commerciaux et de bureaux en cours de construction en divers lieux de Jérusalem.
« Ces logements s’adressent à une population qui a de gros moyens », a signalé Lion. « Les personnes moins fortunées ne peuvent pas prétendre à un logement dans l’un de ces projets. »
La demande reste forte à Jérusalem et ce n’est pas le flux attendu d’olim originaires d’Europe ou des États-Unis qui va faire baisser les prix de l’immobilier dans la capitale, a ajouté Elnatan.
Le maire de Jérusalem, Moshe Lion, a par ailleurs dit un mot sur la question du logement et des transports, se disant optimiste vis-à-vis du tramway de Jérusalem dont les tests ont commencé la semaine passée sur un tronçon de la nouvelle ligne verte, la deuxième ligne de tramway de Jérusalem. Il est prévu que ce tronçon, qui relie le Centre international des congrès au quartier de Malcha, soit totalement opérationnel en mai prochain, a précisé Lion.
Une fois terminée, la ligne verte, initialement prévue pour 2025, s’étendra du mont Scopus, au nord de la ville, jusqu’au quartier de Gilo, au sud ; il est prévu qu’une fois ouverte, à l’été 2027, elle soit empruntée, chaque jour, par 400 000 personnes, ce qui facilitera les déplacements à l’intérieur de la ville… quitte pour l’heure à provoquer des embouteillages, a noté Lion.
La première ligne de tramway de Jérusalem, la Ligne Rouge, est considérée comme une grande réussite, avec plus de 200 000 passagers quotidiens entre Ein Kerem et Neve Yaakov. Les travaux de construction de la troisième ligne, la Ligne Bleue, qui reliera le quartier de Ramot à Gilo, ont commencé cette année et devraient se terminer en 2030.
« C’est en train de révolutionner les transports en centre-ville », a affirmé Lion avant d’ajouter que Jérusalem serait la première ville d’Israël à « en finir avec les embouteillages » grâce à la mise en place des infrastructures de transport nécessaires à la croissance rapide de la ville. Comme dans une grande partie du pays, Jérusalem est en proie aux embouteillages presque 24h/24.
Lion a déjà évoqué la possibilité d’imposer une taxe « embouteillage » aux véhicules qui circuleront dans la capitale une fois le réseau de transport terminé.
Des espaces verts qui resteront verts
En plus de l’annonce du nombre record de permis de construire délivrés en 2025 pour des logements, Lion a affirmé avoir trouvé la solution en ce qui concerne un projet polémique de construction potentiellement dangereux pour les espaces verts naturels de Reches Lavan, dans le sud-ouest de la ville.
Lion a expliqué avoir dû, à son arrivée aux commandes de la ville, s’engager à construire près de 5 200 logements à Reches Lavan, un endroit sauvage très apprécié composé de terrasses agricoles et de sources, non loin du zoo de Jérusalem et des quartiers du sud-ouest, et ce malgré ses importants bénéfices environnementaux pour la ville.
Mais aujourd’hui, la donne a changé.
« Nous avons assez de terrain pour construire et il n’y a aucune raison de détruire un lieu sauvage aussi magnifique. J’ai annulé ce projet », a-t-il annoncé. A la place, il y aura un projet de construction de 6 200 logements, dans les environs mais sans avoir à abattre un arbre ou interdire l’accès aux sources, a-t-il déclaré, sans plus de détails.
« C’est un bel espace avec des sources et des espaces verts », a rappelé Lion. « Les espaces verts à Jérusalem sont aussi essentiels que la mer à Tel Aviv. »
Jérusalem continue de construire de hauts immeubles, avec 500 édifices de 18 étages ou plus à l’état de projets ou déjà en cours de construction.
Les embouteillages que ces travaux de construction occasionnent sont un sujet sensible, mais même les communautés ultra-orthodoxes de Jérusalem, qui préfèrent les logements de faible hauteur, finiront par les accepter, a déclaré Elnatan.
« À Jérusalem, contrairement à Bnei Brak, la communauté haredi a dit oui à des immeubles de 12 à 13 étages », a-t-il souligné. « D’ici 20 ans, c’est là que tout le monde vivra et les décisions rabbiniques autorisant les ascenseurs du Shabbat seront acceptées par tous ou presque. »
Il est prévu que, sous peu, les promoteurs immobiliers puissent faire valider plus rapidement leurs projets de construction grâce aux nouvelles réglementations d’auto-licence, a expliqué Elnatan.
« Aujourd’hui, en Israël, il existe 300 architectes autorisés à délivrer des permis de construire [grâce à des réformes récentes,]. J’espère qu’il en sera de même ici aussi », a poursuivi Elnatan. « Pour Jérusalem, cette réforme va changer radicalement la donne. »
L’ingénieur municipal Yoel Even s’est toutefois dit « un peu inquiet » au sujet de cette auto-licence.
« Nous tenons à ce que les promoteurs comprennent bien ce que nous voulons, à commencer par le fait que le dialogue avec nous est primordial », a-t-il souligné. « L’auto-licence fonctionne bien lorsqu’un plan de développement urbain bien conclu est et que tout est clair à l’étape du permis. »
Even a souligné qu’à Jérusalem, la rénovation urbaine, les transports et l’emploi étaient intimement liés.
« Jérusalem est la seule ville qui privilégie les infrastructures publiques par rapport aux logements », a-t-il expliqué.
« Il existe un lien direct et on ne peut plus clair entre les transports et la croissance de Jérusalem. Là où il y a une ligne de tramway, la demande est forte. C’est le tramway et le train à grande vitesse qui permettent de connecter l’emploi, le centre-ville historique, les espaces verts et les établissements d’enseignement. »
En proposant des logements et des transports adéquats, Jérusalem va renforcer son assise dans le milieu universitaire, des hôpitaux de recherche et des institutions culturelles, a affirmé Tzachi Namir, PDG de l’Autorité de développement de Jérusalem.
« Maintenant que tous ces éléments sont réunis, tout est prêt pour que les entreprises se développent », a-t-il conclu.