La porte-parole de la ville de New-York propose un plan de lutte contre l’antisémitisme
Menin est une juive modérée, fille et petite-fille de survivants de la Shoah, qui est récemment devenue présidente du conseil municipal, un poste influent qui lui permet de faire contrepoids au maire Zohran Mamdani
NEW YORK — La présidente du Conseil municipal de New York, Julie Menin, a annoncé vendredi un projet de loi visant à lutter contre l’antisémitisme, alors que de nombreux Juifs s’inquiètent pour la sécurité de la communauté sous le mandat du maire Zohran Mamdani et à un moment où les crimes de haine, dans la ville, visent de manière disproportionnée les Juifs.
Menin est une Juive modérée, fille et petite-fille de survivants de la Shoah, qui est devenue présidente du Conseil municipal au début du mois – un poste influent qui lui permet de faire contrepoids à Mamdani. Il n’y a pour l’instant aucun signe de tension entre les deux personnalités politiques qui ont mutuellement fait part de leur volonté de travailler ensemble.
Lors d’une conférence de presse qui était organisée au Musée du patrimoine juif de Manhattan, Menin a expliqué que le projet de lutte contre l’antisémitisme comprenait une initiative éducative ; l’établissement d’une zone tampon autour des écoles et des lieux de culte pour prévenir les actes de harcèlement ; deux programmes de sécurité pour les écoles et les lieux de culte, et une ligne téléphonique qui permettra de signaler les incidents antisémites et de recueillir des données sur les tendances de l’antisémitisme.
« L’antisémitisme est en hausse dans toute notre ville et dans tout le pays. Il est non seulement impossible de l’ignorer, mais il serait irresponsable de notre part, en tant que Conseil municipal, de ne pas le combattre de front », a noté Menin, entourée d’un groupe bipartite qui était composé de membres Juifs et non-Juifs du Conseil municipal.
« La lutte contre l’antisémitisme ne doit pas être seulement une question idéologique », a-t-elle ajouté. « Tout le monde doit s’unir pour apaiser les tensions, pour combler les divisions et pour reconnaître que nous formons une seule ville, qui est unie dans le combat contre l’antisémitisme ».
Selon les données de la police de New York, les Juifs sont la cible de crimes de haine plus que tous les autres groupes réunis. L’année dernière, les Juifs ont été victimes de 330 crimes de haine présumés sur un total de 576 incidents motivés par des préjugés, représentant 57 % de ce total, a commenté la police.
Le projet de loi devra être approuvé par les 51 membres du conseil municipal avant d’être soumis à Mamdani pour validation. Si le maire le signe, le texte deviendra une législation locale ; s’il s’y oppose, le conseil municipal pourra passer outre grâce à une majorité des deux-tiers.
Le programme éducatif qui est proposé par Menin prévoit un financement à hauteur de 1,25 million de dollars, réparti sur deux ans, versé au Museum of Jewish Heritage, un musée de la Shoah situé à Manhattan, qui accueille des visites scolaires. La proposition demande également au Conseil municipal de présenter un projet de loi qui obligerait le ministère de l’Éducation à sensibiliser les élèves à la manière dont les réseaux sociaux peuvent contribuer à l’antisémitisme et à d’autres formes de haine, selon un communiqué du Conseil municipal.
Menin a aussi proposé une « législation sur l’accès et la sécurité des écoles et des lieux de culte » – qui établira un « périmètre de sécurité » autour des entrées et des sorties des bâtiments. Elle vise à interdire les actes de harcèlement et d’intimidation dans cette zone-tampon, tout en préservant les droits du premier amendement qui garantissent la liberté d’expression et la liberté de réunion.
La gouverneure de New York, Kathy Hochul, a soumis, cette semaine, une mesure similaire à l’échelle de l’état – elle créerait ainsi une zone-tampon de 7,6 mètres autour des lieux de culte – en réponse aux récentes manifestations qui ont pu avoir lieu devant les synagogues. Lors de ces mouvements de protestation, des militants antisionistes ont harcelé des passants juifs, criant des slogans antisémites et scandant des chants en soutien au Hamas. Une manifestation pro-Hamas a également eu lieu devant une école juive et devant une école publique.
Menin a indiqué qu’elle pourrait demander une zone-tampon plus large que celle proposée par Hochul, mais sa déclaration de vendredi n’a pas précisé exactement la taille du dit périmètre.
Les militants antisionistes se sont ouvertement opposés à la proposition de Hochul, la qualifiant de « menace pour la liberté d’expression » – même si la zone-tampon n’empêcherait pas les manifestations, mais seulement celles à proximité des synagogues, des mosquées et autres lieux de culte.
Mamdani n’a pas fait savoir s’il soutiendrait l’une ou l’autre de ces initiatives législatives. Un porte-parole de Mamdani n’a pas répondu à une demande de commentaire sur la proposition faite par Menin.
Les deux mesures de sécurité qui ont été proposées par la présidente du Conseil comprennent un programme de remboursement qui aidera les écoles privées à installer des caméras de sécurité, et le financement de formations en matière de sécurité pour les organisations juives et d’autres groupes.
Menin n’a pas précisé le montant de ces financements.
Enfin, Menin a proposé la mise en place d’une ligne d’assistance téléphonique pour signaler les incidents antisémites, hébergée par la Commission des droits de l’Homme de la ville. La commission suivra la fréquence des incidents antisémites, les schémas géographiques et d’autres tendances, et elle rendra compte de ses conclusions afin d’orienter au mieux les politiques.
Les principaux groupes juifs, notamment l’UJA-Federation of New York et le Jewish Community Relations Council of New York, ont applaudi la proposition de Mme Menin.
Menin, membre du parti Démocrate qui représente une partie de l’Upper East Side et de Roosevelt Island, est la première présidente juive du conseil municipal. Sa mère et sa grand-mère avaient survécu à la Shoah en se cachant en Hongrie.