La Russie aiderait l’Iran à développer des missiles de croisière supersoniques

Des ingénieurs russes se sont rendus à Téhéran dans le cadre d’un projet visant à mettre au point le moteur nécessaire à la fabrication d’armes à grande vitesse, rapporte le Financial Times

Illustration : Des missiles de croisière navals « Abu Mahdi » présentés lors d’une cérémonie de remise des missiles à la Marine nationale et à la Marine des Gardiens de la Révolution islamique, le 25 juillet 2023. (Crédit : Ministère iranien de la Défense via AP)

La Russie aide l’Iran à développer des missiles de croisière supersoniques, une arme de pointe contre laquelle il est plus difficile de se défendre que contre ses variantes subsoniques, a rapporté le Financial Times dans la journée de mardi.

Selon le journal, le programme de développement a débuté en 2023 et, s’il aboutit, il donnerait à Téhéran des capacités nettement supérieures s’agissant d’attaquer les porte-avions américains et d’autres navires au Moyen-Orient.

Le FT a précisé que son enquête s’appuyait sur des correspondances russes, sur des registres de voyage et sur des brevets militaires, et il a estimé que ce programme était « l’un des transferts les plus importants connus de technologie militaire stratégique de Moscou vers Téhéran ».

Le projet, dont le nom de code est « C430L », a été organisé par Rosoboronexport, l’exportateur d’armes d’État russe, et il a également impliqué NPO Mashinostroyenia, une entreprise spécialisée dans la conception de fusées qui fait l’objet de sanctions américaines.

Des documents révèlent que des responsables des deux organisations se sont rendus à plusieurs reprises en Iran avant que le projet C430L ne soit officialisé au mois de novembre 2023, a affirmé le FT.

Le programme s’est poursuivi jusqu’en 2026 – des courriers datant du mois de juin faisant état de discussions sur la phase suivante, même s’il est difficile de dire si cette dernière a d’ores et déjà été lancée, a noté le reportage. Les travaux étaient toujours en cours quand l’Iran avait été la cible d’une campagne conjointe américano-israélienne, cette année.

La guerre se poursuit aujourd’hui – même si elle se concentre dorévanant sur un bras de fer entre les États-Unis et l’Iran concernant le contrôle du détroit d’Ormuz, une voie maritime vitale que l’Iran a tenté de bloquer en attaquant des navires.

Le programme de développement serait axé sur un système de propulsion à statoréacteur qui permettrait à un missile de croisière de voler à plusieurs fois la vitesse du son. Des experts militaires ont estimé que cette arme serait très probablement utilisée pour frapper des navires et certaines cibles terrestres.

Sur cette photo publiée par le site officiel de l’armée iranienne le 24 décembre 2023, un système de missiles est présenté lors d’une cérémonie d’inauguration dans une base navale située près de l’océan Indien, dans le port de Konarak, au sud de l’Iran (Crédit: Armée iranienne via AP)

Certains des meilleurs experts russes dans ce domaine ont participé au programme iranien, selon le Financial Times, et ses ingénieurs ont analysé les données d’un système de moteur à statoréacteur iranien.

L’article a précisé que l’Iran a construit et testé le système, mais qu’il n’y a aucune preuve du déploiement d’un missile de croisière supersonique utilisant cette technologie.

« Il s’agit du transfert d’une technologie militaire hautement sensible sur le plan stratégique depuis la Russie, que les Iraniens souhaitaient acquérir depuis des décennies », a déclaré au journal Fabian Hinz, expert en missiles iraniens et analyste senior chez Conflict Armament Research. « Un programme comme celui-ci nécessite une autorisation politique venant des plus hautes sphères du pouvoir en Russie ».

Jim Lamson, ancien analyste militaire de la CIA spécialisé dans l’Iran et désormais au James Martin Center for Nonproliferation Studies, a ajouté : « Si les Russes sont en mesure d’aider les Iraniens à résoudre leurs problèmes techniques, je pense que ce serait l’un des domaines les plus marquants de l’assistance militaro-technique russe à l’Iran ces dernières années ».

Le Kremlin, Rosoboronexport et NPO Mashinostroyenia n’ont pas souhaité faire de commentaires auprès du Financial Times.

La Russie et l’Iran entretiennent depuis longtemps des liens étroits, et au mois de janvier 2025, les deux pays ont signé un accord de partenariat stratégique visant à renforcer encore leur coopération, notamment dans les domaines militaire et de la défense.

Auparavant, l’Iran fournissait déjà à la Russie ses drones d’attaque « Shahed » de fabrication nationale, des drones qui ont été largement déployés contre l’Ukraine, et la Russie fabrique désormais sa propre version de ces drones.

Une photographie prise le 27 décembre 2025 montre un drone Shahed 136 (Geranium-2) de conception iranienne, utilisé par l’armée russe, survolant Kiev lors d’une attaque russe à l’aide de drones et de missiles, dans le cadre de l’invasion russe en Ukraine. (Crédit: Sergei Supinsky/AFP)

Au mois d’avril, les services de renseignement ukrainiens avaient accusé la Russie de fournir aux Iraniens des relevés d’images détaillés d’installations militaires et de sites stratégiques à travers le Moyen-Orient afin d’aider l’Iran à frapper les forces américaines et d’autres cibles, notamment des infrastructures stratégiques en Israël, dans le contexte de la guerre en cours.

L’année dernière, le FT avait rapporté que des scientifiques iraniens liés au régime avaient effectué un voyage secret à la fin de l’année dernière en Russie, où ils ont rencontré des experts militaires et auraient cherché à faire progresser le programme d’armement nucléaire

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