La Turquie organise des négociations entre parties libyennes

L'ONU tente, elle-même, de rapprocher les parties ; Des élections censées unifier le pays avaient été programmées fin 2021 sous son parrainage mais avaient été constamment reportées

Photo d'illustration : Le président turc Recep Tayyip Erdogan, à gauche, et le Premier ministre Abdul Hamid Dbeibeh, du gouvernement libyen reconnu par la communauté internationale, posent pour les photographes avant leur rencontre à Istanbul, samedi 7 août 2021. (Crédit: Présidence turque via AP, Pool)

La Turquie a organisé des pourparlers entre les rivaux libyens sur le processus de réunification du pays, selon un haut responsable turc, nouvelle illustration des efforts diplomatiques d’Ankara dans la région ces dernières semaines.

« La Turquie cherche à rapprocher les administrations de l’est et de l’ouest de la Libye, en agissant comme médiatrice », a expliqué à l’AFP un responsable turc proche des discussions, axées selon lui essentiellement sur la fusion des armées.

« La question de l’unité politique devrait être abordée à un stade ultérieur ».

La Libye est minée par les divisions depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 et deux exécutifs s’y opposent : celui dirigé par Abdelhamid Dbeibah, reconnu par l’ONU et basé à Tripoli (ouest), et un autre dans l’est contrôlé par le puissant maréchal Khalifa Haftar et son clan.

Ankara a longtemps soutenu, y compris militairement, le gouvernement de Tripoli.

Mais ses relations avec l’est se sont nettement réchauffées ces dernières années et elle est devenue de facto l’une des rares puissances à entretenir des relations avec les deux parties.

Vendredi dernier, le chef de la diplomatie turque avait exhorté les rivaux à œuvrer pour une seule Libye. « Les conditions sont désormais réunies pour assurer de façon permanente la réunification de l’est et de l’ouest », avait affirmé Hakan Fidan, après une réunion avec sept homologues d’Europe et de la région.

Les structures militaires de part et d’autre « doivent être réunies au sein d’une armée nationale », avait-il précisé.

Selon la source turque, les discussions se sont déroulées la semaine dernière à Ankara, réunissant des cadres militaires et des diplomates dont le niveau hiérarchique n’a pas été précisé. Les parties sont convenues de poursuivre les discussions « en priorité en Turquie mais elles pourraient aussi avoir lieu en Libye », a-t-elle noté.

Compatible avec tous les protagonistes, Ankara « est incontestablement dans une position plus forte que tout autre acteur externe pour négocier un compromis », analyse pour l’AFP Hamish Kinnear, de la société britannique Verisk Maplecroft.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, s’exprime lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue syrien, Asaad al-Shibani, à Damas, en Syrie, le 13 septembre 2026. (Crédit : AP/Ghaith Alsayed)

Les Européens divisés

Mais Washington pousse aussi pour la réunification de ce pays d’Afrique du Nord, entre Méditerranée et bande sahélo-saharienne.

« Le plan Boulos », du nom de l’émissaire américain en Afrique Massad Boulos, prévoit notamment que Saddam Haftar, héritier désigné de son père octogénaire, deviendrait président d’une Libye unifiée avec M. Dbeibah comme Premier ministre.

Un observateur étranger estimait que les deux projets n’étaient pas forcément concurrents.

« Les Turcs demeurent toujours proches des États-Unis et ce serait faire une erreur d’analyse que de penser qu’ils s’en sont détachés. Ils sont plutôt sur des positions alignées », a-t-il expliqué à l’AFP.

« S’il y a un beau coup de la part d’Ankara, c’est plutôt par rapport aux Européens, qui sont très divisés sur cette question notamment la France et l’Italie. Mais aussi la Russie, qui verrait son influence diminuer » en cas de réunification libyenne.

Hamish Kinnear confirme que le plan turc « a probablement reçu le soutien tacite de Washington ». Mais décrit, comme obstacles majeurs à une sortie de crise, « les ambitions démesurées de figures clés » de la Libye, « ainsi que les loyautés des milices quasi officielles qui les soutiennent ».

Selon lui un « compromis entre élites » négocié par Ankara « pourrait suffire à assurer une réunification temporaire (…). Mais à plus long terme, (…) une nouvelle compétition déstabilisatrice pour davantage de pouvoir et d’influence est probable ».

L’ONU tente, elle-même, de rapprocher les parties. Des élections censées unifier le pays avaient été programmées fin 2021 sous son parrainage mais avaient été constamment reportées.

Ankara, assurément, avance en tout cas d’une case supplémentaire dans la région. Il y a une semaine, le Parlement basé dans l’est de la Libye avait approuvé, après des années de blocage, un accord de délimitation maritime avec la Turquie.

Cette décision a suscité les critiques de l’Union européenne, de la Grèce, d’Israël et de l’Égypte, qui dénoncent une violation de leurs droits souverains.

Mais le président turc Recep Tayyip Erdogan a jugé lundi ces critiques sans « fondement légitime », affirmant que son pays ne cherchait « pas à marquer des points contre qui que ce soit en Méditerranée orientale ».

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