L’accord entre TikTok et Larry Ellison favorise l’appli anti-Israël UpScrolled
La plateforme compte un million d'utilisateurs ravis de sa permissivité envers l'antisémitisme et les contenus hostiles à l'État juif
JTA — Paniqués par l’accord conclu la semaine passée pour vendre une partie de TikTok à un consortium d’investisseurs américains, des utilisateurs ont cherché des alternatives et nombre d’entre eux se sont tournés vers UpScrolled, une application créée l’an dernier par un entrepreneur palestinien de la Tech désireux d’en faire une alternative aux réseaux sociaux grand public, auxquels il reproche de faire taire les pro-palestiniens.
UpScrolled est devenue la plateforme de réseaux sociaux la plus téléchargée dans l’App Store d’Apple — et elle a été inondée de contenus antisémites et anti-israéliens, sans compter les remerciements pour la diffusion de tels contenus.
« Merci pour cette application. Espérons qu’elle gagne en importance. C’est terrifiant de voir à quel point les sionistes contrôlent tous nos médias. Nous perdons rapidement nos libertés », écrivait un utilisateur dans les commentaires du post d’UpScrolled annonçant qu’il avait atteint un million d’utilisateurs.
Le créateur de l’application, Issam Hijazi, est né en Jordanie et vit en Australie. Il affirme que 60 de ses proches sont morts lors de la guerre de Gaza, qui, selon lui, a changé sa façon de voir son travail au bout de vingt ans dans la Tech.
« Depuis le génocide, qui continue, j’ai complètement changé : de perspective sur la vie, le travail, ce que je veux. Je me suis senti complice en travaillant pour ces grandes entreprises technologiques », a déclaré Hijazi en septembre dernier lors d’ArabCon, conférence organisée par le Comité américano-arabe anti-discrimination à Dearborn, dans le Michigan. L’accusation de « génocide » est très répandue parmi les détracteurs anti-Israël.
Reprenant les affirmations de certaines ONG et militants des droits humains, Hijazi a déclaré que le « shadow-ban », c’est-à-dire l’invisibilisation des comptes, est courante pour les utilisateurs pro-palestiniens, sur plusieurs plateformes.
« J’étais l’un de ces utilisateurs. Je publiais sur ce qui se passe dans le génocide », explique-t-il. « J’ai des amis partout en Europe, aux États-Unis, et je leur demandais : vous voyez ce contenu ? Ce à quoi ils me répondaient : quel contenu ? »
L’indépendance des réseaux sociaux, estime Hijazi, est indispensable à la cause palestinienne.
« C’est génial de descendre dans la rue pour manifester ; c’est génial de se rassembler, de discuter, de partager et tout ça », poursuit-il. « Mais si nous ne sommes pas indépendants sur le plan numérique, vis-à-vis des plateformes ou vis-à-vis des produits, si nous ne nous entraidons pas pour développer ces plateformes, nous n’irons pas bien loin. »
Des propos qui ont éveillé des consciences depuis qu’un consortium d’investisseurs dirigé par Larry Ellison, un entrepreneur pro-israélien de tout premier plan, a conclu un accord pour racheter les opérations américaines de TikTok. Un rachat imposé par la loi américaine et soutenu par de grandes organisations juives, dont les Jewsih Fédérations of North America (JFNA), qui ont invoqué l’antisémitisme sur la plateforme pour demander un changement.
Le nombre d’utilisateurs d’UpScrolled ne cesse d’augmenter ; le mois dernier, l’application avait annoncé compter quelque 90 000 utilisateurs réguliers. Jeudi matin, Hijazi a annoncé que la plateforme avait atteint un million d’utilisateurs.
Mercredi, UpScrolled s’est classé deuxième des téléchargements de l’AppStore, pour les appareils Apple, derrière ChatGPT et première des applications de réseaux sociaux.
« Maintenant que TikTok est officiellement passé sous le contrôle du milliardaire sioniste et oligarque MAGA Larry Ellison, qui l’a rachetée au nom d’Israël pour censurer les discours pro-palestiniens et la critique des régimes américain et israélien. Il faut changer d’application », a déclaré sur TikTok Guy Christensen, polémique influenceur anti-Israël de TikTok.
« Télécharger au moins cette appli qui s’appelle UpScrolled, c’est une nouvelle plateforme de réseaux sociaux, sans censure, pas aux mains de milliardaires qui mettent en avant leurs intérêts et préjugés pour mieux te contrôler. »
Quelques minutes après le téléchargement d’UpScrolled, les utilisateurs sont susceptibles de voir des contenus antisémites et anti-israéliens.
« C’est un espace sûr dans lequel je peux ouvertement dire que je soutiens Khamenei, le Hezbollah, les Houthis et le Hamas #ResistanceIsNotTerrorism », pouvait-on lire dans un article publié mercredi sur la page « Découvrir » de l’application, qui permet aux utilisateurs de trouver de nouveaux comptes à suivre.
« Joyeux mercredi WP ! Tous les kikes, face au mur. #fuckthejews », a écrit une autre personne.
D’autres utilisateurs font l’apologie de la négation de la Shoah et affirment qu’Israël est derrière les attentats terroristes du 11-Septembre.
Un utilisateur dont la photo de profil est une photo d’Hitler a répondu à l’annonce du million d’utilisateurs d’UpScrolled en disant : « Merci de rendre possible une liberté d’expression sans censure. F—k TikTok et Twitter. »
Même si UpScrolled se présente comme « un environnement authentique, sans filtre et équitable », il précise qu’il n’est pas « ouvert à tout ».
« UpScrolled ne tolère ni les discours de haine, ni la propagande, ni la mauvaise foi mais refuse de faire taire les gens, en douce, sans explication », peut-on lire dans un article sur le site UpScrolled. « Ce n’est pas le bazar ; c’est un lieu digne, responsable et respectueux. »
La modération de contenu sur les réseaux sociaux est depuis longtemps une question centrale pour les organisations juives de surveillance, en alerte face à l’antisémitisme en ligne.
Cette semaine, le groupe CyberWell a publié son rapport annuel sur l’état de l’antisémitisme en ligne, selon lequel près de la moitié des contenus antisémites ont été supprimés sur les plateformes analysées. La plateforme avec le taux de retrait le plus bas est X, dont le propriétaire, Elon Musk, s’est engagé à une modération sans intervention ; le taux de retrait le plus élevé concerne TikTok, qui a supprimé près de 90 % des publications antisémites.
Le site Internet d’UpScrolled indique que la plateforme proscrit certains contenus, notamment la « violence », définie comme les « menaces, la glorification des préjugés ou le soutien à des groupes terroristes/violents » mais aussi le « harcèlement et la haine », c’est-à-dire « le harcèlement, les abus ciblés ou les attaques fondées sur la race, la religion, le genre, la sexualité, le handicap ou des traits similaires ».
La plateforme dispose également d’un bouton de signalement permettant de signaler les publications, profils ou messages, conformément aux règles et politiques d’UpScrolled.
En réponse à une demande de la Jewish Telegraphic Agency pour obtenir des informations sur la manière dont la plateforme surveille les discours haineux, la porte-parole d’UpScrolled, Gabriella Bord, a déclaré que ses modérateurs avaient eu beaucoup de mal à suivre face à l’afflux de contenus cette semaine.
« Notre modération de contenu n’a pas réussi à suivre face à la hausse massive d’utilisateurs cette semaine », a écrit Bord dans un communiqué. « Nous travaillons avec des experts du droit du numérique pour développer notre équipe Confiance et Sécurité et renforcer notre modération de contenu en ce sens. Nous présentons nos excuses à tous les utilisateurs concernés, que nous remercions d’avoir choisi Upscrolled. »
Pour ceux qui sont déjà actifs sur UpScrolled — comme pour Hijazi — ce relatif manque de modération pourrait être un avantage, et non un défaut.
« Nous ne dépendons plus des plateformes de réseaux sociaux non éthiques », écrivait Hijazi sur Instagram en novembre dernier.
« UpScrolled est une plateforme sur laquelle vos contenus militants ne seront pas censurés. Peu importe que vous parliez de Palestine, du Soudan, du climat, de l’inclusivité ou de tout autre sujet. »
Ou, comme l’a dit un nouvel utilisateur en réponse à sa dernière publication, au sujet de l’augmentation du nombre des téléchargements : « Avec cette application, je me sens chez moi. Je peux écrire et parler librement, sans entrave, sans devoir utiliser des symboles, des jeux de mots ou des biais pour contourner les algorithmes sionistes. »