L’agent qui a tiré sur l’Israélien éthiopien était en danger, dit son avocat
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L’agent qui a tiré sur l’Israélien éthiopien était en danger, dit son avocat

Après des protestations massives, l'avocat déplore "une chasse aux sorcières" et insiste sur le fait que l'incident "n'a rien à voir avec la couleur de peau"

Les proches de Solomon Tekah à son enterrement, à Kiryat Haim, le 2 juillet 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les proches de Solomon Tekah à son enterrement, à Kiryat Haim, le 2 juillet 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’avocat d’un policier hors-service qui a blessé mortellement par balle Solomon Tekah, 19 ans, au début de la semaine, entraînant un mouvement de protestation national dans toute la communauté des Israéliens originaires d’Ethiopie, a expliqué que l’agent avait fait « face à une menace imminente à sa vie ».

Dans une déclaration à la presse, jeudi, l’avocat Yair Nedshi, qui représente l’agent des forces de l’ordre, a déclaré que son client « se trouvait dans une situation très grave, où sa vie et la vie des membres de sa familles étaient en réel danger ».

« S’il n’avait pas agi comme il l’a fait, peut-être que mon client ne serait plus en vie et que sa famille aurait été blessée », a-t-il expliqué.

Il a ajouté que « cet événement tragique n’a rien à voir avec la couleur de peau ou l’origine du défunt. Mon client n’avait pas l’intention de frapper [Tekah] et ce tir voulait être un moyen de dissuasion ».

L’adolescent a été mortellement blessé par le policier dimanche à Haïfa, entraînant des manifestations contre le racisme et les violences policières dans tout le pays.

Yair Nedshi, avocat de l’agent qui a tué Solomon Tekah, 19 ans, un Israélien d’origine éthiopienne, parle aux journalistes à son bureau de Haïfa, le 4 juillet 2019 (Crédit : Flash90)

Les leaders communautaires et d’autres ont affirmé qu’il y avait un schéma répétitif de racisme et de violences policières contre les Israéliens d’origine éthiopienne, malgré les promesses répétées de déraciner le problème.

Des militants et des Israéliens issus de la communauté éthiopienne manifestent après que Solomon Tekah a été abattu par un policier à Kiryat Ata le 1er juillet 2019. (Crédit : Meir Vaknin/Flash90)

Lundi et mardi, les manifestants, dans tout le pays, ont bloqué des routes, brûlé des pneus et dénoncé ce qui, selon eux, est une discrimination systématique exercée à l’égard des Israéliens originaires d’Ethiopie.

Le mouvement de protestation a monté d’un cran à l’issue des funérailles de Tekah, mardi. Certains manifestants ont incendié des véhicules, retourné une voiture de police et ils ont affronté les officiers, tandis que l’autres ont tenté de franchir par la force les barrages routiers improvisés qui avaient été dressés.

La police a fait savoir que plus de 110 agents avaient été blessés dans ces affrontements, notamment par des pierres et des bouteilles lancées dans leur direction. Il y a eu 136 arrestations d’émeutiers.

« Quand la shiva sera terminée, nous organiserons la manifestation justifiée et à laquelle nous avons droit en coordination avec toutes les parties concernées, sans perturber l’ordre public et assurément sans violences », a fait savoir un membre de la famille de Tekah, s’exprimant au nom de ses parents.

Des militants et des Israéliens issus de la communauté éthiopienne manifestent après que Solomon Tekah a été abattu par un policier à Kiryat Ata le 1er juillet 2019. (Crédit : Meir Vaknin/Flash90)

Mais le calme relatif qui est revenu dans la communauté et dans le pays depuis mercredi n’a pas fait disparaître les menaces planant sur le policier incriminé et sa famille, a clamé son avocat jeudi.

L’agent des forces de l’ordre – qui a été assigné à domicile par les juges après une courte détention – et sa famille ont été placés sous protection face aux craintes de violences, a dit Nedshi aux journalistes depuis son bureau de Haïfa.

« Ils sont déconnectés de leur environnement habituel et ils se trouvent sous une garde armée constante », a-t-il déclaré.

« Lorsque [le policier] regarde la télévision et qu’il voit ce qui est en train de se passer, il craint pour sa vie et pour celle des siens. Aucune conclusion n’a été tirée dans l’enquête mais sur les réseaux sociaux, mon client a été piétiné : Il a été déclaré un meurtrier », a-t-il ajouté.

Nedshi a appelé le public à laisser les enquêteurs de la police et du ministère de l’Intérieur terminer leur enquête.

« Au nom de mon client et de sa famille, je demande à ce que ce mouvement de folie, à ce que cette chasse aux sorcières se terminent. Donnez une chance aux forces de l’ordre de terminer leur enquête et de découvrir la vérité ».

Il a noté que son client « a exprimé ses remords » concernant l’incident et qu’il souhaitait reprendre son service dans les forces de l’ordre.

« Bien sûr, il regrette l’issue tragique de cet incident. Il ne voulait pas ça – il ne voulait pas cette conclusion tragique, ni la manière dont ce qu’il s’est passé affecte dorénavant sa famille », a-t-il précisé.

Des informations initiales émanant du département des enquêtes internes, une instance qui contrôle les policiers, semblent corroborer les affirmations du policier, qui a répété ne pas avoir voulu s’en prendre spécifiquement à de jeunes Ethiopiens.

Pour les enquêteurs, la balle a été tirée vers le sol avant de ricocher et d’atteindre la poitrine de Tekah sur le côté gauche, le touchant à l’aorte.

Tentant de restaurer la paix, les chefs spirituels Juifs éthiopiens, également connus sous le nom de Kessim, ont organisé jeudi une session de prière particulière au mur Occidental de Jérusalem et ils ont rencontré les grands rabbins israéliens.

Ils ont tous appelé au calme, demandant également d’enfin prendre en compte les discriminations qui touchent les Israéliens d’origine éthiopienne.

Les Kessim, ou les leaders spirituels issus de la communauté juive éthiopienne, rassemblés au mur occidental de Jérusalem pour une prière spéciale face à la mort de Solomon Tekah, 19 ans, qui a été tué le 30 juin par un agent de police hors-service à Haïfa, le 4 juillet 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lors d’une rencontre avec les grands rabbins, le rabbin Reuven Wabashat – le plus éminent de toute la communauté éthiopienne reconnu par le grand rabbinat israélien – a cité des aphorismes traditionnels clamant que les Juifs ont « la responsabilité les uns des autres », saluant la partie « légitime » et non-violente du mouvement de protestation.

Le grand rabbin séfarade Yitzhak Yosef a appelé toutes les parties à revenir au « calme ».

Le grand-rabbin ashkénaze David Lau a pour sa part, vivement recommandé de se souvenir « que nous sommes tous Juifs, que nous soyons nés en Israël, en Europe, en Espagne [une référence aux Juifs séfarades du monde arabe] ou en Ethiopie : Nous sommes tous Juifs et nous sommes tous frères en tant que tels. Trouvons une issue », a-t-il déclaré.

Les grands rabbins ont également promis d’appeler les forces de l’ordre à faire preuve de retenue dans la gestion du mouvement de protestation et à montrer de l’indulgence envers les manifestants qui ont été arrêtés cette semaine.

Le grand rabbin Yitzhak Yosef, à droite, accueille le chef spirituel juif éthiopien Baruk Tegegne, à gauche, avec le rabbin Reuven Wabashat, plus important rabbin de la communauté éthiopienne reconnu par le grand rabbinat d’Israël, derrière, avec un chapeau noir, ainsi que d’autres leaders de la communauté juive éthiopienne après la mort d’un Israélien d’origine éthiopienne, tué par un policier en service à Haïfa, aux bureaux du grand rabbinat en Israël, le 4 juillet 2019 (Capture d’écran : Douzième chaîne)

Les Juifs éthiopiens, qui font remonter leur lignée à la tribu israélite de Dan, avaient commencé à arriver en Israël en grand nombre dans les années 1980, lorsque les Israéliens les avaient fait venir secrètement en avion en terre sainte pour les sauver de la guerre et de la famine dans la corne de l’Afrique.

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