Laissez-moi faire mon travail: comment Netanyahu a éclipsé ses rivaux politiques
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Analyse

Laissez-moi faire mon travail: comment Netanyahu a éclipsé ses rivaux politiques

Liberman savourait déjà sa victoire, et Bennett était sûr qu'il était sur la voie du gagnant-gagnant. Mais, le Premier ministre en a décidé autrement

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu fait une déclaration à Tel Aviv, le dimanche 18 novembre 2018 (Crédit : AP/Ariel Schalit)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu fait une déclaration à Tel Aviv, le dimanche 18 novembre 2018 (Crédit : AP/Ariel Schalit)

C’était fini pour Benjamin Netanyahu.

Il avait convenu d’une trêve informelle avec le Hamas après que 500 roquettes ont été tirées sur Israël, et son ministre de la Défense, le volubile Avigdor Liberman, avait démissionné dans une tempête intense de colère et de récrimination. Deux de ses partenaires de coalition, Koulanou de Moshe Kahlon et Shas d’Aryeh Deri, avaient conclu que la coalition, réduite à 61 sièges sur les 120 de la Knesset, ne pouvait plus fonctionner efficacement et appelaient à des élections. Et son rival le plus irritant, le chef de HaBayit HaYehudi Naftali Bennett, menaçait de retirer son parti de huit membres du gouvernement à moins qu’il ne soit nommé ministre de la Défense, rendant les élections au printemps – six mois plus tôt que prévu – inévitables.

Beaucoup de politiciens auraient pu céder à ce qui semblait inévitable. Netanyahu ne l’a pas fait.

Premièrement, il a proposé de recadrer le débat public.

Liberman espérait relancer sa carrière politique en se présentant aux élections ce printemps comme le seul dirigeant politique à avoir eu le courage de renoncer à son poste ministériel important dans sa lutte contre le Hamas et de se présenter comme le député qui avait mis un terme au doute et à l’abandon par Netanyahu des résidents du Sud d’Israël, sous les tirs de roquettes.

Bennett pensait qu’il s’agissait d’une affaire gagnant-gagnant. Soit il se hissait au premier rang des politiciens en obligeant finalement Netanyahu à lui confier le poste de ministre de la Défense, soit il se présentait contre Netanyahu aux élections qu’il allait déclencher comme le véritable défenseur de la droite dure.

Netanyahu en a décidé autrement. Rejetant Liberman comme un manipulateur irresponsable qui avait déserté le poste de sécurité clé de la nation, et Bennett comme un poids plume intéressé et aveuglé par ses ambitions personnelles au détriment des intérêts fondamentaux d’Israël, le Premier ministre a affirmé que sa coalition pourrait survivre au départ de Liberman et a refusé l’ultimatum de Bennett.

La sécurité nationale d’Israël était en jeu, a déclaré Netanyahu dans un discours acharné de neuf minutes à la nation dimanche soir, et il n’allait pas abandonner le navire de l’État au milieu de ce qu’il a appelé une opération militaire complexe et continue contre ses ennemis.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu donne une conférence de presse au siège du ministère de la Défense à Tel Aviv le 18 novembre 2018. (Jack Guez/AFP)

Contrairement à ses ministres détracteurs mesquins, a-t-il dit aux Israéliens, il ne se livre pas à des « slogans ». Il s’emploie à assurer la sécurité à long terme d’Israël. Tout comme il avait risqué sa vie au combat en tant qu’officier dans l’unité des forces spéciales la plus éminente d’Israël, tout comme il avait affronté même l’ancien président des États-Unis dans sa lutte contre le « désastreux » accord nucléaire avec l’Iran, il se concentre en ce moment à vaincre les ennemis actuels d’Israël.

Aussi erronée que puisse paraître la décision prise mardi dernier d’arrêter la lutte contre le Hamas, a-t-il indiqué, les Israéliens n’avaient pas une vision complète de la situation. Mais ils pouvaient compter sur lui et sur les services de sécurité, et ils doivent compter sur lui et sur les services de sécurité pour mener le travail à son terme.

A la fin de sa déclaration – au cours de laquelle il avait d’abord semblé en colère, mais était réapparu progressivement à son assurance habituelle -, il a fait fi des tentatives des journalistes de lui poser des questions et a déclaré, en partant, « Je vais travailler ». Autrement dit, j’ai du boulot. Je dois y aller.

Confronté à un Premier ministre qui s’était montré peu enclin à céder et qui s’était efforcé de rassurer un public dans le doute, le malheureux Bennett, qui avait tout à gagner, était désormais le perdant. S’il restait ministre de l’Éducation, il aurait l’air impuissant et manœuvrable. Et s’il démissionnait, il risquait d’être accusé, même par ses propres partisans, d’être l’égoïste qui a fait tomber le gouvernement le plus à droite d’Israël avant lui. Mais, oy, que faire ? Il avait annoncé une conférence de presse grandiose pour lundi matin à 10h30.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett (à gauche) et la ministre de la Justice Ayelet Shaked pendant une conférence de presse le 19 novembre 2018 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

En l’occurrence, Bennett lisait à haute voix ce qui avait manifestement été écrit comme son discours de démission, mais avec une section finale remaniée à la hâte, dans laquelle il disait que HaBayit HaYehudi « retirait désormais toutes ses exigences politiques » et serait du côté du Premier ministre. Il a reconnu qu’il était susceptible de payer un prix politique pour sa volte-face, mais a déclaré qu’il avait estimé qu’il était juste de continuer à soutenir Netanyahu dans l’espoir que le Premier ministre allait maintenant corriger la dérive hésitante du bateau de l’État.

C’est ainsi qu’au moment d’écrire ces lignes, Netanyahu a pour la énième fois donné à ses successeurs potentiels un cours magistral de leadership politique, et apparemment donné un peu plus de temps à sa coalition, qui était en train de s’effondrer.

Kahlon a affirmé samedi soir que les dirigeants de tous les services de sécurités israéliens – Tsahal, le Mossad et le Shin Bet – étaient d’accord pour s’opposer à l’escalade de la guerre contre le Hamas que Liberman et Bennett préconisent.

Certains pourraient se demander pourquoi il s’est donné tant de mal. Il y a certainement un argument à faire valoir selon lequel les élections du printemps pourraient être favorables à Netanyahu – si elles signifiaient qu’il a été réélu avant que le procureur général ne prenne la décision de porter plainte contre lui dans les diverses affaires de corruption auxquelles il est confronté. Il serait sans doute plus facile pour le pouvoir judiciaire de l’État d’annoncer au public qu’il va poursuivre un Premier ministre qui fait face à de nouvelles élections que celui qui vient d’être réélu au pouvoir. Mais comme Netanyahu semble déterminé à rester en place et à se battre même s’il est inculpé, cela peut ne pas être une considération primordiale.

A lire : Le Hamas ne changera jamais. Il faudra le vaincre, tôt ou tard

En effet, malgré toutes les intrigues politiques mesquines, la racine de ce drame est que Netanyahu et les services de sécurité se trouvent clairement dans la bataille complexe contre le Hamas, le Hezbollah, et l’Iran – une lutte stratégique qui n’aurait pu être servi par une grande offensive contre Gaza la semaine dernière.

Aucun de ces ennemis n’ira nulle part ; quand le Hamas, inévitablement, testera à nouveau Israël, les gens se souviendront de la promesse de Netanyahu de faire ce qu’il a à faire.

Le ministre des Finances Moshe Kahlon s’exprime à l’occasion d’une cérémonie, le 20 août 2018 (Crédit : Meir Vaknin/Flash90)

Kahlon a déclaré samedi soir que les chefs de tous les services de sécurité israéliens – Tsahal, le Mossad et le Shin Bet – étaient d’accord pour dénoncer l’escalade de la guerre au Hamas que Liberman et Bennett préconisent.

Le ministre du Likud, Tzachi Hanegbi, a prévenu jeudi – dans son interview à la radio de l’armée, politiquement stupide mais admirablement sincère – que si jamais nous devions nous confronter au Hamas « dans chaque recoin » à Gaza, 500 soldats israéliens reviendraient dans des cercueils.

Et le Premier ministre et nouveau ministre de la Défense a déclaré, lundi soir, que nous ne percevions « qu’une partie d’un vaste processus » qu’il est « obligé d’achever » afin d’assurer la sécurité d’Israël.

« Je ne dirai pas ce soir quand et où nous agirons, mais j’ai un plan clair », a promis Netanyahu. « Je sais quoi faire et quand le faire. Et nous le ferons. »

Le temps nous le dira. Aucun des ennemis d’Israël n’ira nulle part ; quand le Hamas, inévitablement, testera à nouveau Israël, les gens se souviendront de la promesse de Netanyahu de faire ce qu’il a à faire.

Le monde des électeurs sera à l’écoute. Et comme Netanyahu le sait particulièrement bien après les événements de la semaine dernière, Naftali Bennett et Avigdor Liberman, qui ont été éclipsés pour le moment, seront prêts à exploiter tout nouvel échec ou faiblesse apparente.

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