L’armée pakistanaise se montre « prudemment optimiste » quant à la médiation entre les États-Unis et l’Iran

Trump a affirmé que l’Iran souhaitait poursuivre les négociations et que les États-Unis 'ont le temps' de le faire ; la marine du CGRI a fait part de l'explosion de quatre pétroliers dans le détroit d’Ormuz

Ahmed Sharif Chaudhry, directeur général de l’Inter-Services Public Relations (ISPR), la branche chargée des relations avec les médias et des relations publiques des forces armées pakistanaises, s’exprime lors d’une interview accordée à Reuters à Rawalpindi, au Pakistan, le 30 octobre 2026. (Crédit: Salahuddin/Reuters)

L’armée pakistanaise fait preuve d’un « optimisme prudent » s’agissant de son travail de médiation entre l’Iran et les États-Unis, a fait savoir, dans la journée de vendredi, son porte-parole lors de sa première interview depuis la visite d’une délégation de haut niveau du pays à Téhéran, cette semaine.

Le chef de l’armée, le maréchal Asim Munir, le principal négociateur du Pakistan dans les efforts livrés par le pays qui visent à désamorcer la guerre en Iran, qui dure désormais depuis huit mois, s’est rendu à Téhéran à deux reprises ce mois-ci – la dernière fois remonte à lundi – en compagnie de responsables saoudiens et turcs.

« Pourquoi le maréchal se serait-il rendu deux fois sur place s’il n’y avait pas de signes positifs ? Donc oui, bien sûr », a dit le porte-parole, le général Ahmed Sharif Chaudhry, alors qu’il lui était demandé si ces déplacements constituaient un signe positif.

Le président américain Donald Trump a indiqué, de son côté, que l’Iran souhaitait poursuivre les négociations, affirmant que les États-Unis « avaient le temps » de le faire, une déclaration qui a été faite dans la journée de vendredi.

Interrogé par les journalistes qui se trouvaient au bureau Ovale sur les discussions en cours, Trump a expliqué : « Il y a des pourparlers, ils veulent discuter, ils continuent de discuter. Nous avons le temps, franchement ».

Il a affirmé que la guerre lancée contre l’Iran n’était « pas une guerre classique » et qu’elle ne coûtait pas beaucoup d’argent aux contribuables américains, affirmant que tous les fonds dépensés « ont été compensé par le Venezuela, disons, dix fois plus ».

« J’ai dépensé beaucoup d’argent pour me débarrasser d’une arme nucléaire, ce que nous avons fait », a-t-il insisté.

Le pacte n’exclut pas de nouveaux membres

S’exprimant dans la ville de garnison de Rawalpindi, où se trouve le quartier général des forces armées pakistanaises, Chaudhry a refusé de préciser ce qui avait été discuté à Téhéran ou si les États-Unis avaient soutenu ce déplacement.

« Le terme que nous sommes susceptibles d’utiliser est toujours ‘prudemment optimiste’, » a ajouté Chaudhry, le directeur général des Relations publiques interarmées.

Il y a encore « de puissants saboteurs et détracteurs » qui estiment que le conflit sert leurs intérêts, a-t-il ajouté sans les nommer.

Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid bin Salman, et le chef des services de renseignement turcs, Ibrahim Kalin, ont rejoint Munir à Téhéran lundi.

Sur cette photo diffusée par la présidence iranienne, le président Masoud Pezeshkian, à droite, rencontre le chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, à Téhéran, en Iran, le 24 août 2026. (Crédit: Présidence iranienne via AP)

Leurs deux pays ont signé un pacte de défense conjoint avec le Pakistan le 7 août, stipulant qu’une attaque contre l’un des signataires serait considérée comme une attaque contre tous.

L’Accord de défense conjoint de La Mecque a pris une importance accrue alors que la guerre en Iran a redessiné les alliances régionales et fait craindre un conflit plus large au Moyen-Orient.

Alors que les trois signataires affirment que l’accord vise à instaurer un climat de dissuasion collective et la sécurité régionale, les analystes considèrent que son évolution est étroitement liée aux efforts déployés par les puissances régionales pour gérer les répercussions de la confrontation entre l’Iran et les États-Unis.

A l’issue des discussions de lundi, Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a indiqué que la sécurité régionale devait être assurée par les pays de la région et ce, sans aucune intervention provenant de l’étranger.

Alors qu’il lui était demandé si la république islamique pouvait y adhérer, Chaudry a noté que le libellé du pacte n’excluait pas l’adhésion de nouveaux membres.

« Quiconque partage une vision commune de la dissuasion collective et de la paix régionale, pourquoi pas ? Tout le monde est le bienvenu », a-t-il dit, ajoutant qu’il appartenait aux dirigeants politiques des trois principales parties de prendre cette décision.

Interrogé sur l’envoi éventuel de renforts pakistanais en Arabie saoudite dans le cadre de cet accord, Chaudhry a répondu qu’une telle décision dépendrait de la situation et de la décision qui serait prise par les dirigeants politiques des deux pays.

Un combattant fidèle au gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale tire à la mitrailleuse, posté sur une position le long de la ligne de front contre les Houthis, près du mont al-Midan, dans la province de Taïz, à l’ouest du Yémen, le 26 octobre 2026. (Crédit: Ahmad AL-BASHA/AFP)

Il a affirmé que le Pakistan était déterminé à défendre l’Arabie saoudite et les lieux saints de La Mecque et de Médine. « Nous ne sommes pas impliqués dans le conflit yéménite, qui est un conflit interne au Yémen », a-t-il ajouté.

Les combats entre l’Arabie saoudite et les rebelles houthis yéménites, soutenus par l’Iran, se sont intensifiés ces dernières semaines, ouvrant un nouveau front instable dans le cadre plus large de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.

Vendredi, l’ambassade des États-Unis à Ryad a ordonné aux fonctionnaires non-indispensables et aux membres de leur famille de quitter l’Arabie saoudite en raison des risques susceptibles d’être posés pour leur sécurité, invoquant les attaques des Houthis contre des aéroports civils et d’autres infrastructures critiques.

Les fonctionnaires américains ont dorénavant besoin d’une autorisation spéciale pour utiliser les aéroports saoudiens dans le sillage des attaques récentes aux missiles et aux drones, a dit l’ambassade, mettant en garde les citoyens américains contre de nouvelles attaques potentielles, des fermetures d’espace aérien, des annulations de vols et d’autres perturbations des voyages.

L’Iran fait état de l’explosion de quatre pétroliers dans le détroit d’Ormuz

Vendredi également, la marine du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a annoncé que quatre pétroliers avaient pris feu et explosé dans le détroit d’Ormuz, alors qu’ils tentaient, a-t-elle dit, d’emprunter des « itinéraires non-autorisés », ont rapporté les médias d’État iraniens.

Un communiqué de la marine du CGRI a indiqué que l’un des pétroliers, qui transportait 2 millions de barils de pétrole brut, avait heurté une mine.

Reuters n’a pas été en mesure de vérifier cette information.

Par ailleurs, l’agence britannique Maritime Trade Operations a fait savoir qu’elle a reçu un rapport indiquant qu’un navire a été touché par un projectile non-identifié sur son flanc bâbord, à environ 40 milles marins au sud de l’île de Lavan, en Iran, provoquant un incendie à bord. L’équipage serait sain et sauf, et aucun impact environnemental n’a été signalé, a-t-elle précisé.

L’île de Lavan se trouve dans le golfe Persique, au large de la côte sud de l’Iran. Il est difficile de dire si le navire mentionné par l’agence a fait partie des trois pétroliers évoqués par la marine du Corps des gardiens de la révolution islamique.

L’amiral Brad Cooper, commandant du Commandement central américain (à gauche), et le général de division Brandon Tegtmeier, commandant de la 82e division aéroportée (à droite), survolent le détroit d’Ormuz à bord d’un CH-47 Chinook de l’armée américaine, le 25 octobre 2026. (Crédit: US CENTCOM)

Les tensions persistent dans le détroit d’Ormuz, une voie navigable stratégique par laquelle transite environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole, depuis les frappes américano-israéliennes qui ont pris pour cible l’Iran, au mois de février dernier.

Les médias d’État ont indiqué que les forces iraniennes avaient également abattu et capturé un drone américain MQM-170 au-dessus de l’île iranienne de Qeshm, aux abords du détroit d’Ormuz. L’armée américaine n’a pas fait de commentaire et Reuters n’a pas pu vérifier cette information de manière indépendante.

Téhéran a également annoncé avoir détruit un navire sans pilote américain dans la partie orientale du détroit d’Ormuz.

Mais le Commandement central de l’armée américaine a démenti cette affirmation, écrivant dans un communiqué qui a été posté sur le réseau social X : « Tous les navires de surface sans pilote de l’armée américaine au Moyen-Orient ont été localisés, y compris une escadrille de drones maritimes de pointe en patrouille dans le détroit d’Ormuz ».

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