L’Autorité palestinienne entend jouer un rôle majeur à Gaza dans l’après-guerre

Les responsables de l'AP mettent en avant leurs réformes institutionnelles pour prendre part à la reconstruction et la gouvernance dans l'après-guerre - une participation qui n'est pas incluse dans le plan américain

Le chef de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, prend la parole lors de la 80e session de l'Assemblée générale des Nations Unies en vidéo avec le siège des Nations Unies, le 25 septembre 2025. (AP/Angelina Katsanis)

L’Autorité palestinienne entend jouer un rôle important dans la bande de Gaza dans l’après-guerre et compte sur le soutien arabe pour s’en assurer malgré les objections israéliennes et le fait que le plan du président américain Donald Trump l’écarte pour l’instant, ont annoncé jeudi les autorités palestiniennes.

La question de la gouvernance de Gaza est passée au premier plan avec le cessez-le-feu qui devait entrer en vigueur jeudi, première étape de l’initiative de Trump pour mettre fin à ces deux années de guerre. La prochaine phase de l’accord portera sur des questions épineuses, à commencer par le désarmement du Hamas et la fin de son emprise politique sur Gaza.

C’est en 2007 que le groupe terroriste a pris le contrôle de l’enclave côtière des mains de l’Autorité palestinienne et de son président Mahmoud Abbas. Le plan Trump prévoit qu’un comité administratif palestinien supervisé par la communauté internationale prendra le contrôle de Gaza dans l’après-guerre. L’Autorité palestinienne, dont le siège se trouve en Cisjordanie, doit réformer sa gouvernance si elle souhaite exercer de futures fonctions politiques.

L’AP a certes salué l’intitiative de Trump mais ses membres ont dit en privé leur déception. Un plan alternatif co-rédigé par l’Arabie saoudite et la France mettait, lui, l’accent sur son rôle de premier plan à Gaza.

Abbas s’est d’ores et déjà engagé à lutter contre la corruption et à organiser des élections entre autres réformes demandées par des pays occidentaux qui, sur cette base, ont reconnu la Palestine ces dernières semaines.

Trois hauts responsables palestiniens disent continuer d’espérer que l’Autorité palestinienne jouera un rôle majeur à Gaza et rappellent son action depuis la prise de pouvoir du Hamas, à commencer par le versement des salaires de dizaines de milliers de fonctionnaires et la supervision des services essentiels, notamment l’éducation et l’approvisionnement en électricité de Gaza.

« Nous sommes déjà en place », a déclaré à Reuters le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Mustafa.

Âgé de 71 ans, Mustafa a été nommé par Abbas l’an dernier dans le cadre d’un remaniement à la demande du président américain de l’époque, Joe Biden, dans le but qu’une Autorité palestinienne réformée prenne les rênes de la bande de Gaza dans l’après-guerre.

Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, arrive pour rencontrer le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Mustafa, au Caire, le 5 février 2025. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil)

« C’est une chose d’avoir des accords internationaux transitoires pour aider et pour garder un oeil sur les choses, et c’est autre chose de gouverner et de les faire avancer », a expliqué Mustafa.

Les trois responsables ont mis en avant la position internationale de l’Autorité palestinienne, organe représentatif des Palestiniens, et le soutien des États arabes qui souhaitent que Gaza et la Cisjordanie soient réunifiées afin de préserver les espoirs d’un État palestinien.

De nombreux pays, y compris des États arabes, estiment que l’Autorité palestinienne doit être « en charge » de Gaza, car « ils savent que c’est la seule façon pratique de faire les choses », a ajouté Mustafa.

Le porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu n’a pas répondu à la demande de commentaire de Reuters, pas davantage que le Département d’État américain.

Le Premier ministre palestinien rédige des plans pour Gaza

Mustafa a estimé que les plans de la communauté internationale concernant la gouvernance de Gaza ne sont pas figés, quand bien même la feuille de route américaine en fixe les bases.

La transition vers l’après-guerre à Gaza devait être au centre d’une réunion internationale à Paris, jeudi soir.

Mustafa – qui est un ancien fonctionnaire de la Banque mondiale et qui a dirigé le fonds souverain des Palestiniens, en plus d’être considéré comme un proche d’Abbas – a rédigé plusieurs plans de reconstruction depuis sa prise de fonctions il y a de cela 18 mois.

Avec le soutien de l’Égypte, il a programmé une conférence de reconstruction qui aura lieu un mois après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu.

Selon les dernières estimations de la Banque mondiale, la reconstruction de Gaza pourrait coûter 80 milliards de dollars, contre 53 milliards de dollars en octobre dernier, explique-t-il. Soit quatre fois le PIB cumulé de la Cisjordanie et de la bande de Gaza en 2022, selon la Banque mondiale.

Des Palestiniens déplacés regardent la fumée s’élever après les frappes militaires israéliennes alors qu’ils se rassemblent sur la route côtière près de Wadi Gaza, dans le centre de la bande de Gaza, le 9 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Abdel Kareem Hana)

Les États arabes, à commencer par l’Égypte, la Jordanie et le Qatar, étaient favorables au plan franco-saoudien prévoyant la formation d’un comité administratif de transition « sous l’égide » de l’Autorité palestinienne, avec le déploiement d’une mission internationale de stabilisation à l’invitation de l’Autorité palestinienne.

Mais Ghaith al-Omari, chercheur principal au groupe de réflexion Washington Institute, qui a déjà servi dans l’AP, doute que l’autorité puisse jouer un rôle significatif dans la phase initiale de l’accord de Trump.

Les États arabes pourraient bien se coordonner avec lui au aujet des nominations au sein du comité administratif prévu par le plan Trump, sans pour autant lui donner un droit de veto, explique-t-il.

« La référence à l’AP, aussi vague soit-elle, lui donne une sorte de statut ; elle renforce le fait que Gaza et la Cisjordanie ne forment qu’une seule et même entité, ce que voulaient les Arabes », souligne-t-il. Mais il ne s’attendait pas à ce que les États arabes dépensent leur capital politique pour faire pression en faveur d’un rôle plus concret de l’Autorité palestinienne, et ce dès le début.

Dans l’esprit des Palestiniens, l’Autorité palestinienne a été créée en 1994 comme une étape vers la création d’un État en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est – un objectif d’autant moins crédible au vu des précédentes négociations de paix et des mesures actuelles prises par Israël pour se doter de davantage d’implantations.

Le plan Trump prévoit le déploiement d’une mission internationale temporaire de stabilisation pour former et soutenir des forces de police palestiniennes contrôlées, en « consultation avec la Jordanie et l’Égypte ».

Mustafa précise que l’Autorité palestinienne a d’ores et déjà désigné 5 500 Palestiniens destinés à armer la future force de police de Gaza, et qui seraient formés par l’Égypte.

L’objectif est de former au moins 10 000 personnes.

Sabry Saydam, du mouvement Fatah d’Abbas, explique à Reuters qu’Israël ne souhaite pas que l’Autorité palestinienne revienne à Gaza dans le but de laisser telle quelle la scission entre les deux territoires palestiniens. « Les États arabes soutiennent la présence de l’Autorité palestinienne [à Gaza] », assure-t-il en faisant état d’excellentes relations avec les pays arabes.

L’AP revendique des progrès au niveau des réformes institutionnelles

Les autorités du Hamas se sont déclarées favorables à ce que l’AP joue un rôle [à Gaza] en servant de « référence » au futur comité administratif auquel elles se disent disposées à remettre leur autorité, une solution qui leur semble de loin préférable à une supervision étrangère.

Selon le plan Trump, l’ex-Premier ministre britannique Tony Blair devrait faire partie d’un organe de supervision international, idée qui s’est attirée de vives critiques du côté palestinien.

Son impuissance à obtenir un État a contribué au recul de la position de l’Autorité palestinienne chez les Palestiniens, qui sont nombreux, de surcroît, à l’estimer corrompue. Les sondages montrent qu’Abbas, 89 ans, est impopulaire. Les dernières élections de l’Autorité palestinienne remontent à 2006.

Netanyahu est fermement opposé au retour de l’Autorité à Gaza. Il ne tarit pas de reproches envers l’Autorité palestinienne, à commencer par l’incitation à la haine : lors de son discours à l’ONU, le 26 septembre dernier, il avait affirmé que les manuels scolaires palestiniens apprenaient aux enfants « à détester les Juifs et détruire l’État juif ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York, le 26 septembre 2025. (Crédit : Liri Agami/FLASH90)

Le plan Trump demande à l’Autorité palestinienne de parachever les réformes décrites dans le plan de paix de 2020 : ce plan qualifiait l’Autorité palestinienne de corrompue et porteuse « d’une culture d’incitation à la haine » dans les médias et les écoles sous son contrôle, ajoutant que les autorités palestiniennes devaient reconnaître Israël comme « l’État juif ».

Washington a par ailleurs oeuvré pour que soit mis un terme aux versements effectués par l’AP aux familles des Palestiniens tués ou emprisonnés par Israël, décrits par leurs contempteurs comme un système de « Payer pour tuer ».

L’Autorité palestinienne a d’ores et déjà revendiqué des progrès, et précisément l’abolition d’une loi concernant ces paiements, tout en s’engageant à revoir en profondeur les programmes scolaires conformément aux normes de l’ONU.

Abbas a toutefois exclu de reconnaître Israël en tant qu’État juif, rappelant que l’Organisation de libération de la Palestine, qu’il préside, a reconnu Israël en 1993 et que 21 % de la population israélienne est arabe.

Mustafa conclut que l’AP a fait de « gros progrès » sur la question des réformes institutionnelles.

« Nous ne souhaitons pas qu’Israël s’en serve de prétexte pour ne pas procéder à la création d’un État, à la réintégration de Gaza, à la reconstruction de Gaza », affirme-t-il.

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