Le bilan des inondations au Népal s’élève désormais à 362 morts ; les secours fouillent la boue à la recherche de plus de 1 400 disparus

Le ministère des Affaires étrangères dit apporter son aide pour retrouver un Israélien disparu et être en contact avec sa famille ; les survivants décrivent des villages entièrement rasés ; les secours luttent contre un nouveau risque d'inondation

Un membre des forces de sécurité et son chien de recherche recherchent des survivants à la suite d'inondations soudaines survenues à Trishuli, dans le district de Nuwakot au Népal, le 27 août 2026. (Crédit: Prakash MATHEMA/AFP)

Jeudi, les équipes de secours ont fouillé la boue à la recherche de plus de 1 400 personnes toujours portées disparues, parmi lesquelles un Israélien, après que des crues soudaines et des glissements de terrain ont frappé à la frontière entre le Népal et le Tibet. Le bilan, qui s’est alourdi de manière spectaculaire, s’élève désormais à au moins 362 morts ; ce sont des villages entiers qui ont été emportés.

Les experts ont mis en garde contre le risque de nouvelles inondations, au lendemain du passage d’un mur dévastateur d’eau glacée et de boue, semblable à un tsunami, qui a balayé des villes sous un torrent de boue, engloutissant des habitations, détruisant des ponts et des barrages, et emportant des véhicules comme autant de jouets.

Parmi les personnes portées disparues, de nombreux touristes étrangers, dont des dizaines de pèlerins hindous qui se rendaient au mont Kailash, sommet sacré enneigé du Tibet.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré qu’il mettait tout en œuvre pour aider à la recherche de l’Israélien porté disparu, qui avait franchi la frontière entre le Tibet et le Népal dans la matinée de mercredi, peu avant que l’inondation ne frappe. Son état et le lieu où il se trouve restaient inconnus.

Le consulat israélien à Pékin et le département du ministère des Affaires étrangères chargé des Israéliens à l’étranger sont en contact avec la famille de cet homme « et apportent toute l’aide possible pour tenter de le localiser », a indiqué le ministère, sans donner de détails précis.

Selon le site d’information Ynet, l’homme participait à un voyage organisé à destination du mont Kailash via le Tibet. Il a franchi la frontière entre le Tibet et le Népal mercredi matin avec des dizaines d’autres voyageurs étrangers, peu avant le début des inondations.

Le 26 août 2026, dans le district de Nuwakot au Népal, les secouristes utilisent un engin de terrassement pour mettre en sécurité une victime d’une crue soudaine le long de la rivière Trishuli. (AP Photo/Niranjan Shrestha)

L’agence organisatrice du voyage a indiqué que ses représentants avaient parlé au chef du groupe environ 10 minutes avant la catastrophe, après quoi tout contact avait été perdu. On ignore encore si l’Israélien et les autres membres du groupe se trouvaient du côté tibétain ou népalais de la frontière.

Selon Ynet, plusieurs autres voyageurs israéliens sont également injoignables. On ignore toutefois si leur cas est lié aux inondations.

Plusieurs centaines de touristes et de pèlerins étrangers sont toujours portés disparus. Reuters a indiqué que plus de 650 étrangers étaient toujours portés disparus au Népal uniquement. La chaîne publique chinoise CCTV a quant à elle précisé que 260 ressortissants étrangers figuraient parmi les 558 personnes portées disparues dans le comté de Gyirong, au Tibet.

Un mur de glace, de boue et de rochers traverse la vallée

Selon les premières investigations, la catastrophe aurait probablement été déclenchée par la rupture d’une immense partie du glacier, qui a projeté de la glace et des débris dans une rivière de montagne, créant sans doute un barrage provisoire avant que l’eau retenue ne se déverse en aval avec une puissance considérable.

L’US Geological Survey a déclaré que les données sismiques montrent que l’effondrement d’un glacier a entraîné un écoulement de débris en aval, avec des conséquences catastrophiques pour les communautés. Il a précisé que ses conclusions s’appuyaient sur des données provenant de stations sismiques voisines, d’ondes sismiques de longue période et d’images satellites.

« Une partie inférieure du glacier s’est bel et bien détachée », a expliqué Jakob Steiner, géoscientifique à l’université de Graz en Autriche, à l’Associated Press. « Si l’on regarde les images, on dirait que quelqu’un a découpé toute la partie inférieure avec un énorme couteau, et qu’elle s’est détachée. »

Selon les scientifiques, le niveau des rivières dans toute la région touchée a augmenté de pas moins de 9 mètres en seulement 30 minutes.

Un véhicule est visible après les crues soudaines qui ont frappé Devighat, dans le district de Nuwakot, au Népal, sur une photo prise le jeudi 27 août 2026. (AP Photo/Niranjan Shrestha)

« L’eau est montée à une vitesse fulgurante, une énorme vague d’eau s’est formée soudainement », a déclaré Saswat Sanyal, spécialiste de la réduction des risques de catastrophe au Centre international pour le développement intégré des montagnes, basé à Katmandou.

Guo Zhaocheng, géologue au service du gouvernement chinois, a indiqué que la coulée de débris provoquée par l’avalanche de glace s’était déplacée à une vitesse d’environ 50 mètres par seconde, sur une distance de plus de 20 kilomètres, ne laissant que très peu de temps aux personnes présentes pour réagir.

Des images authentifiées montrent d’énormes masses d’eau et de débris emportant des personnes, des bâtiments et des véhicules au poste-frontière de Gyirong. Des habitations, des routes, des ponts et des installations électriques ont été détruits plus en aval, au Népal.

Des maisons endommagées reposent dangereusement près des berges gonflées et encombrées de débris de la rivière Trishuli, à la suite des crues soudaines qui ont frappé le district de Nuwakot, au Népal, le 26 août 2026. (AP Photo/Niranjan Shrestha)

Des survivants évoquent des villes englouties par la boue

Des survivants des districts népalais qui ont été ravagés par les inondations, certains sur des civières, d’autres soutenus délicatement par les épaules, ont été héliportés, dans la journée de jeudi, en lieu sûr, alors que le rugissement incessant des hélicoptères résonnait dans la ville dévastée de Bidur.

Quelques survivants marchent seuls, le visage encore figé par le choc, avec des hélicoptères qui atterrissent toutes les quelques minutes sur un terrain de football situé à l’intérieur du cantonnement militaire de la ville, soulevant des nuages de poussière.

Parmi les survivants, Omkar Joshi, agent des douanes, qui a passé la nuit précédente bloqué au sommet d’une colline dans la ville frontalière de Timure avant d’être secouru.

Des secouristes mettant en sécurité une victime d’une crue soudaine le long de la rivière Trishuli, dans le district de Nuwakot, au Népal, le 26 août 2026. (Crédit : Niranjan Shrestha/AP)

« Tout est fini », dit-il à l’AFP après avoir été secouru.

La ville, ajoute-t-il, a pratiquement disparu sous l’eau, la boue et les débris.

« C’est un immense cimetière. Il ne reste plus que du sable et des cailloux, imprégnés de sang humain. »

Joshi explique que des centaines de personnes n’ont survécu qu’en grimpant précipitamment sur les pentes voisines alors que les eaux de crue rugissaient dans la vallée en contrebas, où elles sont restées pendant toute une nuit, sous la pluie, jusqu’à l’arrivée des hélicoptères.

Un autre survivant, Keshav Prasad Baral, âgé de 68 ans, confie à Reuters qu’il a vu un mur de boue s’élever et se diriger vers son domicile.

« Quand je l’ai vu pénétrer dans notre maison, j’ai essayé d’attraper la main de ma femme pour l’emmener sur la terrasse. Mais elle a été emportée par la boue », raconte-t-il.

Un hélicoptère l’a secouru quatre heures plus tard.

« Ma femme est toujours quelque part sous la boue », dit-il. « Elle n’est plus là. »

Des touristes indiens attendent à la caserne de l’armée d’être ramenés à Katmandou après avoir été secourus d’une crue soudaine, dans le district de Nuwakot au Népal, le 27 août 2026. (Crédit: AP Photo/Niranjan Shrestha)

Les recherches compliquées par les destructions et une nouvelle menace d’inondation

La Croix-Rouge a indiqué que des villages entiers avaient été détruits et que des routes et des ponts impraticables avaient isolé des communautés, rendant difficile l’évaluation de l’ampleur réelle de la catastrophe.

Les autorités népalaises ont localisé 100 touristes indiens portés disparus, pour la plupart des pèlerins, ainsi que 25 travailleurs chinois dans la région la plus touchée autour de Trishuli, tandis que des hélicoptères poursuivaient les recherches de survivants et acheminaient des tentes, de la nourriture et d’autres fournitures d’urgence.

Les autorités surveillaient également un lac de retenue qui vient de se former en amont au Tibet – et qui est susceptible de présenter un nouveau risque d’inondation. Jeudi matin, ce lac contenait environ deux millions de mètres cubes d’eau et il débordait déjà. Trois millions de mètres cubes supplémentaires devraient s’y déverser au cours des trois jours suivants, ont indiqué les médias d’État, qui ont cité les propos tenus par le ministère chinois des Ressources en eau.

Des personnes au milieu des dégâts causés par les crues soudaines à Devighat, dans le district de Nuwakot au Népal, le 27 août 2026. (AP Photo/Niranjan Shrestha)

Bon nombre des personnes prises au piège par la catastrophe se rendaient au Kailash-Mansarovar, un lieu de pèlerinage de haute altitude au Tibet qui est vénéré par les hindous et par les bouddhistes. Les inondations ont balayé une route qui relie Katmandou à Lhassa, un itinéraire très fréquenté par les randonneurs et par les pèlerins.

Les scientifiques mettent en garde contre le risque croissant lié aux glaciers de l’Himalaya

Les scientifiques ont précisé qu’il était trop tôt pour attribuer directement la responsabilité de la catastrophe de mercredi au changement climatique, mais ils ont indiqué que la hausse des températures déstabilisait les glaciers, le pergélisol et les versants montagneux dans toute la région de l’Hindu Kush-Himalaya.

La région himalayenne se réchauffe considérablement plus vite que de nombreuses autres régions du monde. Plus de 63 000 glaciers alimentent au moins dix grands réseaux fluviaux asiatiques et assurent l’approvisionnement en eau, en nourriture, en énergie ainsi que les moyens de subsistance de milliards de personnes.

Une étude qui a été menée par le Centre international pour le développement intégré des montagnes a révélé que le rythme de la fonte des glaciers dans ces massifs a doublé depuis 2000. Au fur et à mesure que les glaciers reculent, la roche, qui était autrefois soutenue et isolée par la glace, est exposée à des températures plus élevées, à la pluie et à des cycles répétés de gel et de dégel, ce qui accroît le risque d’effondrements et d’avalanches.

Des sauveteurs installent une ligne de corde pour rechercher des survivants après une crue soudaine le long de la rivière Trishuli, dans le district de Nuwakot au Népal, le 26 août 2026. (AP Photo/Niranjan Shrestha)

« Ce qui s’est passé hier est malheureusement la nouvelle norme », a déclaré Steiner. « La situation va empirer à partir de maintenant ».

La vallée touchée avait déjà subi des catastrophes à répétition. Une inondation provoquée par un lac glaciaire l’avait frappée en 2025, tandis qu’une autre avalanche de glace et de roches avait touché une autre partie de la région en 2024. Le secteur plus vaste du Langtang a également été dévasté par des avalanches lors du séisme de 2015 au Népal.

Des survivants secourus lors d’une crue soudaine sont conduits vers un lieu plus sûr dans le district de Nuwakot, au Népal, le 27 août 2026. (AP Photo/Niranjan Shrestha)

Les scientifiques ont expliqué que des systèmes d’alerte précoce plus performants, une meilleure surveillance et un partage transfrontalier plus rapide des informations deviendraient de plus en plus importants au fur et à mesure que les paysages montagneux perdraient de leur stabilité – même si la surveillance de milliers de glaciers, de versants et de vallées à travers l’Himalaya reste extrêmement difficile.

« Nous n’avons pas d’heures devant nous », explique Sanyal. « Nous disposons parfois de quelques minutes seulement pour nous préparer concrètement ».

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