Le cabinet Netanyahu fustige la déclaration de famine à Gaza par l’ONU

Le Département d'État américain rejette en grande partie l'analyse de l'ONU et dit « examiner les informations selon lesquelles l'IPC aurait récemment modifié sa définition de la famine »

Un Gazaoui marchant avec un sacs d'aide humanitaire qui lui a été remis dans un centre de distribution géré par la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), soutenue par les États-Unis et Israël, dans le centre de la bande de Gaza, le 22 août 2025. (Crédit : Eyad Baba/AFP)

Après qu’un observatoire de la faim de l’ONU a déclaré vendredi que la famine sévissait dans le nord de Gaza, Israël a nié avec véhémence des informations qualifiées de « mensonges » et de forme « moderne de diffamation ». Les États-Unis leur ont, semble-t-il, emboité le pas, faisant état d’une « fausse histoire de famine volontairement infligée » propagée par le Hamas.

Vendredi dernier, le système intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) des Nations unies a officiellement déclaré l’état de famine dans certaines parties de la bande de Gaza, affirmant que près de 514 000 personnes – soit près d’un quart de la population de l’enclave – souffraient de famine et que ce nombre devrait atteindre 641 000 d’ici fin septembre.

Selon le rapport de l’IPC, les chiffres analysés entre le 1er juillet et le 15 août derniers montrent clairement que les seuils de famine et de malnutrition aiguë ont été atteints. Le recueil de données sur la mortalité a été plus difficile, a admis le contrôleur tout en ajoutant qu’il était raisonnable de conclure de ces preuves que le seuil critique avait manifestement été atteint.

Israël a rapidement démenti cette information, affirmant que l’IPC s’était appuyée sur des sources du Hamas et avait « tordu le cou à ses propres règles » en déclarant l’état de famine.

Dans un communiqué publié vendredi dernier, le cabinet du Premier ministre a qualifié la déclaration de famine de l’IPC de « mensonge éhonté » et de « forme moderne d’accusation de meurtre rituel ».

« Israël ne provoque aucune famine. Israël a une politique de prévention de la famine », a précisé le cabinet du Premier ministre.

Un camion transportant de l’aide humanitaire roule sur une route de Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 21 août 2025. (Crédit : Eyad BABA / AFP)

Selon le communiqué, le rapport de l’IPC passe sous silence les mesures humanitaires prises par Israël, tout comme la baisse des prix du pétrole, du sucre, du sel, de la farine, de la levure et des pois chiches à Gaza que le cabinet Netanyahu a attribué à l’arrivée d’aide humanitaire dans la bande de Gaza. La source de l’information concernant les prix des vivres reste indéterminée.

Citant des chiffres du coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), un service du ministère de la Défense, le cabinet du Premier ministre a déclaré qu’Israël avait permis l’entrée de millions de tonnes d’aide humanitaire à Gaza depuis que la guerre y a été déclenchée par le pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2023.

Le communiqué indique par ailleurs que la Fondation humanitaire de Gaza, soutenue par les États-Unis et Israël, sans oublier les ONG autorisées par Israël, ont servi des millions de repas chauds aux Gazaouis.

De l’aide humanitaire est larguée par avion au-dessus de la bande de Gaza, vue depuis le sud d’Israël, le jeudi 21 août 2025. (Crédit : AP/Maya Levin)

Le cabinet du Premier ministre évoque en outre des chiffres de l’ONU selon lesquels, en juillet, « sur 1 012 camions d’aide entrés, 10 seulement ont atteint les entrepôts ; le reste a été pillé avant d’arriver à destination ». Le cabinet du Premier ministre reproche par ailleurs à l’ONU d’avoir refusé de livrer « des centaines de palettes de nourriture » depuis le point de passage de Kerem Shalom.

Le cabinet du Premier ministre a concédé qu’il y avait eu des « pénuries temporaires » en matière d’aide humanitaire à Gaza, causées par les « vols organisés du Hamas », « des pénuries qu’Israël a surmontées au moyen de largages aériens, de livraisons maritimes, d’aménagement de voies de transport sûres et de points de distribution de GHF tenus par des entreprises américaines ».

La déclaration ne fait pas mention du blocus de l’aide d’une durée de 11 semaines imposé par Israël à la bande de Gaza suite à l’échec du dernier accord en date de cessez-le-feu contre otages, le 2 mars.

Des femmes et des enfants palestiniens attendent pour se procurer de la nourriture devant une cuisine caritative, à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 21 août 2025. (Crédit : AFP)

Le ministère des Affaires étrangères a lui aussi reproché à l’IPC d’avoir publié un « rapport conçu pour coller à la campagne mensongère du Hamas », suite à la déclaration de l’état de famine dans de grandes parties de la bande de Gaza.

Il affirme ainsi que l’observatoire « a tordu le cou à ses propres règles et ignoré ses propres critères dans le seul but de produire de fausses accusations contre Israël : l’IPC a changé la norme mondiale en faisant passer le seuil de 30 % à 15 % pour l’occasion et en passant totalement sous silence son deuxième critère, celui relatif au taux de mortalité ».

Pour suivre l’évolution de la faim à Gaza, l’IPC a utilisé la mesure de la circonférence du bras (MUAC) et non le score z du poids par la taille (WHZ).

Dans le cadre du MUAC, 15 % des personnes ayant fait l’objet de mesures doivent être identifiées comme souffrant de malnutrition aiguë pour qu’une famine soit déclarée, alors que le seuil pour le WHZ est de 30 %. Israël reproche à l’IPC d’avoir revu à la baisse ses critères dans le seul but de conclure qu’il y a une famine à Gaza. Dans son rapport, l’agence de l’ONU explique avoir utilisé la mesure de la circonférence du bras, plus facile et moins chère à suivre dans des conditions difficiles de guerre.

Le ministère des Affaires étrangères estime que le rapport de l’IPC est, dans son intégralité, « adossé aux mensonges du Hamas blanchis par des organisations ayant des intérêts particuliers », tout juste bon « à jeter à la poubelle, comme tant d’autres ignobles documents politiques ».

Des Gazaouis marchant avec des sacs d’aide humanitaire qui leur ont été remis dans un centre de distribution géré par la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), soutenue par les États-Unis et Israël, dans le centre de la bande de Gaza, le 22 août 2025. (Crédit : Eyad Baba/AFP)

Les États-Unis rappellent que le Hamas propage de « fausses informations »

Le Département d’État américain a lui aussi balayé le rapport d’un revers de main en déclarant « examiner des éléments crédibles selon lesquels l’IPC aurait récemment modifié sa définition de ce qui constitue une famine ».

Les États-Unis ont donné le sentiment de rejeter l’analyse et les conclusions du rapport, le porte-parole du Département d’État indiquant que « les difficiles questions de l’acheminement de l’aide aux Gazaouis impliquent de s’attaquer honnêtement aux problèmes pour le bien des Gazaouis, qui méritent mieux, sans entrer dans des questions de sémantique ».

Il a ajouté que les États-Unis continuaient de voir dans la situation humanitaire à Gaza un « grave sujet de préoccupation » et que Washington faisait de son mieux pour trouver les moyens d’apporter de l’aide aux civils palestiniens dans une zone de guerre active où le groupe terroriste du Hamas s’accroche au pouvoir.

« Le Hamas propage de manière organisée de fausses informations faisant état d’une famine orchestrée et de grande ampleur pour faire politiquement pression sur Israël », a ajouté le porte-parole.

Des personnes marchent avec des sacs d’aide humanitaire distribués dans un centre géré par la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), soutenue par les États-Unis et Israël, dans le centre de la bande de Gaza, le 22 août 2025. (Crédit : Eyad BABA / AFP)

La déclaration américaine met en exergue les chiffres de l’ONU selon lesquels la très grande majorité des camions parvenus à Gaza ces deux derniers mois ont été pillés, affirmant que les vivres entrent bien dans la bande de Gaza mais sans aller dans les mains de ceux qui en ont besoin. Les chiffres cités datent du 19 mai dernier, date à laquelle Israël a levé son blocus sur l’aide humanitaire à Gaza, après 78 jours d’interruption.

Les ONG humanitaires estiment que ce blocus a contribué à attiser la crise alimentaire actuelle et que les 22 mois de guerre ont conduit à un effondrement de l’action humanitaire nécessaire pour garantir que la nourriture continue d’atteindre les populations vulnérables.

Le porte-parole du Département d’État a rappelé que les États-Unis se concentraient sur « l’acheminement de l’aide aux personnes dans le besoin tout en prenant des sécurités pour empêcher le Hamas de voler et piller cette aide ».

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