Le célèbre groupe Nahal renoue avec ses racines agricoles
Les jeunes de 18 ans s'engagent volontairement pour un an de pré-service militaire, avec des opérations mixtes de combat et communautaires à la frontière de Gaza et au nord, en soutien aux communautés touchées par le 7 octobre.
Après s’être, durant plusieurs décennies, consacré aux communautés pauvres et principalement urbaines d’Israël, le légendaire groupe Nahal, qui associe services militaire et communautaire, s’apprête à renouer avec ses racines en servant les implantations agricoles situées le long des frontières de Gaza et du nord.
Plusieurs organismes approuvés par l’armée israélienne, notamment l’association HaShomer HaChadash, Kedma, les mouvements des kibboutzim et des moshavim ainsi que les quatre organisations de jeunesse qui leur sont affiliées, sont en train de mettre en place des garinim, ou groupes de base, composés d’élèves de terminale, qui ont été affectés à leurs communautés à partir du 1er septembre.
Le service du Nahal inclut un perek mesima, que l’on pourrait traduire par « période axée sur les tâches », pendant laquelle les adolescents, durant un an, avant leur service militaire, vivent ensemble et travaillent comme bénévoles dans une communauté où ils retourneront pour une année supplémentaire une fois leur service effectué.
Dans le cadre de ce nouveau programme, les volontaires vivront dans une implantation frontalière, travaillant dans les domaines de l’éducation, de l’agriculture et au sein de la communauté. Ils effectueront la partie militaire de leur service (22 mois pour les hommes, 18 à 22 mois pour les femmes) dans le 50e bataillon, le bataillon mixte Caracal, le corps des enseignants ou dans des rôles de soutien.
Un porte-parole de Tsahal a confirmé une « hausse significative » du nombre de jeunes volontaires pour ces garinim après le 7 octobre 2023.
Durant les 40 premières années d’existence de l’État, le groupe Nahal a associé missions de combat et création d’implantations agricoles dans les zones vulnérables du pays, en général le long des frontières. Le groupe ne doit pas être confondu avec la brigade militaire Nahal de l’armée israélienne, créée en 1982 à partir d’un noyau de soldats issus du groupe Nahal.
À la fin des années 1980 et dans les années 1990, après la mise en place des infrastructures du pays, le groupe Nahal a commencé à combiner service militaire et service volontaire dans les zones sociales et économiques périphériques d’Israël.
Puis vint l’attaque terroriste du 7 octobre 2023. Des milliers de terroristes dirigés par le Hamas ont envahi des communautés situées du côté israélien de la frontière avec Gaza, se livrant à une vague de meurtres, de viols et de destructions, massacrant quelque 1 200 personnes, principalement des civils, et en enlevant 251 autres pour les emmener de force dans la bande de Gaza. La plupart des communautés attaquées étaient des kibboutzim.
Le lendemain, le 8 octobre, le groupe terroriste libanais du Hezbollah a lancé les premières d’une série d’attaques quasi quotidiennes à la roquette depuis le nord du pays, une série à laquelle un cessez-le-feu a mis ensuite un terme, en novembre.
Des dizaines de milliers d’habitants des deux zones frontalières ont été évacués. Tous ne sont pas encore revenus.
« Au lendemain du 7 octobre, l’armée israélienne, le ministère de la Défense, les kibboutzim et les mouvements de jeunesse ont tenu de nombreux échanges sur la manière de renforcer les kibboutzim des régions frontalières », a expliqué Dudu Malul, qui coordonne la création des nouveaux groupes centraux du mouvement des kibboutzim.
Dans le sud, non seulement l’armée israélienne a échoué à anticiper l’invasion, mais elle a de plus perdu un temps précieux à s’organiser pour riposter aux attaques, laissant la protection des communautés aux mains des équipes de sécurité civiles, qui, pour beaucoup, manquaient de formation et d’armes, et ont été abattus.
« Ces kibboutzim ne comportaient pas de jeunes pour les aider à se défendre », a déclaré Malul. « Peu à peu, l’idée a germé que les garinim du Nahal, qui jouaient un rôle si important dans ces zones, pourraient également se rendre aujourd’hui utiles en fournissant des soldats entraînés, et en augmentant la présence de jeunes capables d’apporter leur contribution. »
« Ils pourront répondre à de nombreux besoins, dans les secteurs de l’agriculture et de l’éducation, formelle et informelle. Ils pourront par exemple organiser des activités pour les enfants et les jeunes de retour après avoir vécu les événements du 7 octobre, ou encore aider les communautés à célébrer les fêtes religieuses et nationales, entre autres services », a ajouté Malul.
Au cours de la dernière année scolaire, Malul a visité différentes écoles afin de présenter cette nouvelle option aux jeunes de 18 ans, en coordination avec des mouvements de jeunesse portant les chemises bleues historiquement associés à la gauche sioniste, parmi lesquels Hanoar Haoved Vehalomed, auquel participent les jeunes des kibboutzim et des moshavim.
Grâce aux fonds accordés par les fédérations juives de New York, Los Angeles et Philadelphie ainsi que l’organisation Habaita-Homeward, ces mouvements de jeunesse enverront une vingtaine de garinim, composés chacun de 18 à 20 jeunes, qui se rendront dans des communautés comme Nahal Oz, Ein Hashlosha et Kfar Aza, près de la frontière avec Gaza, ainsi qu’Amirim et Kiryat Shemona, dans le nord.
Selon Malul, les garinim devaient participer ce mois-ci à une visite d’une semaine dans ces communautés. Durant leur séjour, ils profiteront de séances consacrées à la façon dont ils peuvent contribuer à la reconstruction et au rétablissement de la résilience.
Au cours de la première semaine de septembre, chaque groupe découvrira le kibboutz ou le moshav qui lui a été attribué. Il bénéficiera de conseils sur les défis psychologiques ainsi que sur d’autres sujets pertinents.
« Tout se passe bien », a souligné Malul. « Ces jeunes sont formidables. Nous avons des demandes d’inscription de garçons comme de filles. »
Le projet consiste à créer ces nouveaux groupes, qui viendront s’ajouter à ceux déjà envoyés dans les zones socio-économiquement défavorisées.
Depuis 2012, l’organisation HaShomer HaHadash (Nouveaux Gardiens) envoie des garinim effectuant leur année de service dans des implantations agricoles de Galilée, sur le plateau du Golan, au nord d’Israël et à la frontière avec l’Égypte. L’organisation recrute actuellement des unités supplémentaires pour les régions du nord et du sud, la frontière orientale avec la Jordanie, ainsi que la région de la mer Morte.
Malul a rapporté que les parents vivant dans le centre d’Israël pourraient se montrer réticents à envoyer leurs enfants dans des zones frontalières exposées. Pour les jeunes eux-mêmes, il pourrait en outre s’avérer difficile de côtoyer des personnes ayant vécu le pogrom du 7 octobre.
« C’est une perspective un peu effrayante pour les familles. Mais une fois que les jeunes seront là et que les parents viendront leur rendre visite, cela devrait changer. Il ne s’agit pas de lieux à l’abandon, mais de communautés dans lesquelles des familles sont revenues et continuent de revenir », a souligné Malul.
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