Le changement des frontières et le « transfert » de villes rejetés par Israël
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Le changement des frontières et le « transfert » de villes rejetés par Israël

Des officiels ont dit que cette proposition américaine n'était pas viable ; des ministres de droite excluent de mentionner un État palestinien lors du vote du cabinet

Des Arabes israéliennes participent à un rassemblement pour faire part de leur opposition au plan de paix américain au conflit israélo-palestinien dans la ville arabe israélienne de Baqa al-Gharbiya, dans le nord d'Israël, le 1er février 2020 (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)
Des Arabes israéliennes participent à un rassemblement pour faire part de leur opposition au plan de paix américain au conflit israélo-palestinien dans la ville arabe israélienne de Baqa al-Gharbiya, dans le nord d'Israël, le 1er février 2020 (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

De hauts-responsables du bureau du Premier ministre ont déclaré que même si un Etat palestinien devait s’établir selon les termes du plan de paix de Trump, les frontières d’Israël ne changeraient pas de contours pour placer les villes arabes de la zone dite du « Triangle » dans un futur État de Palestine, a rapporté dimanche la Douzième chaîne.

Le Triangle est un secteur situé au sud-est de Haïfa, à proximité de la ville palestinienne de Jénine, qui comprend 14 villes et villages où vivent plus de 260 000 Arabes israéliens. Les résidents de cette zone ont vivement protesté contre la perspective de pouvoir être considérés un jour comme vivant au sein d’un futur État de Palestine.

Les responsables du bureau du Premier ministre ont indiqué à la chaîne que cette idée, présentée dans le plan de Trump comme une possibilité, était irréaliste parce qu’elle nécessitait l’accord de toutes les parties.

Les responsables, qui n’ont pas été identifiés dans le reportage, ont confié que le transfert de citoyenneté n’était pas déterminant concernant le plan de Trump et que l’idée n’avait été incluse dans la proposition qu’en raison d’une enquête réalisée par les chercheurs américains qui avait révélé qu’elle était populaire au sein de l’Etat juif – sans doute au sein de la population juive.

Une autre raison de son inclusion, ont spéculé les responsables, a été de gagner le soutien du chef d’Yisrael Beytenu, le faucon Avigdor Liberman, qui prône depuis longtemps de tels ajustements dans un éventuel accord de paix avec les Palestiniens.

Les députés de la Liste arabe unie à la tête d’une manifestation contre le plan de paix du président américain Donald Trump à Baqa al-Gharbiya, le 1er février 2020 (Autorisation)

Le président américain a révélé le contenu de son plan de paix très attendu la semaine dernière à Washington. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui se trouvait aux côtés de Trump, a immédiatement fait part de son soutien, alors que le plan a été catégoriquement rejeté par les Palestiniens.

Si le plan contient de nombreux aspects qui séduisent la droite de l’échiquier politique israélien, avec en particulier l’extension de la souveraineté israélienne sur les implantations de Cisjordanie et le maintien du contrôle sécuritaire israélien jusqu’à l’ouest de la frontière avec la Jordanie, il ouvre également la porte à la fondation d’un État palestinien.

Samedi, la Douzième chaîne avait fait savoir que Netanyahu se préparait à présenter la proposition rapidement devant le cabinet à l’occasion d’un vote symbolique. Ce vote serait strictement déclaratif, mais Netanyahu espérerait utiliser l’approbation du gouvernement pour convaincre Washington de donner son feu vert à une mesure d’annexion limitée en Cisjordanie avant le scrutin – initiative à laquelle résiste la Maison Blanche.

Dimanche, la Douzième chaîne a indiqué que plusieurs ministres du Likud et de l’alliance des partis de droite Yamina ont promis de s’opposer au plan de Trump, allant jusqu’à se prononcer contre lors du vote symbolique, s’il devait inclure la mention d’un État palestinien.

La chaîne n’a pas fait connaître ses sources et n’a pas nommé les ministres concernés.

Le chef de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, a réagi au reportage de la Douzième chaîne en écrivant sur Twitter que « Netanyahu s’est inquiété de cette clause de transfert qui aurait encouragé les électeurs arabes à se rendre aux urnes, et il a donc abandonné ».

« Il prouve une fois encore que rien ne l’effraie davantage que les Arabes dans les bureaux de vote », a ajouté Odeh dans sa publication. Netanyahu, dans le passé, a été accusé de tenter de freiner le vote arabe en utilisant des tactiques d’intimidation.

Samedi, ce sont des centaines d’Arabes israéliens qui ont manifesté dans le nord d’Israël pour dénoncer la clause dite « de transfert » contenue dans le plan de paix américain.

Les députés de la Liste arabe unie manifestent contre le plan de paix du président américain Donald Trump à Baqa al-Gharbiya, le 1er février 2020 (Autorisation)

Le plan de paix dit « prendre en considération la possibilité – sous réserve de l’accord des parties – que les frontières d’Israël soient redessinées de manière à ce que les communautés du Triangle puissent intégrer l’Etat de Palestine ».

« Ces communautés, qui s’identifient elles-mêmes très largement comme Palestiniennes, devaient à l’origine être confiée au contrôle des Jordaniens pendant les négociations de la Ligne d’armistice de 1949 et elles ont été ultérieurement retenues par Israël pour des motifs militaires qui, depuis, se sont atténués », dit encore la proposition.

La proposition de Trump, en fait, ne prône pas la relocalisation des résidents du Triangle. Elle changerait plutôt le statut de leurs communautés en en faisant une enclave palestinienne, en la coupant de la Cisjordanie voisine par la barrière israélienne érigée pendant la Seconde intifada sanglante, au début des années 2000.

Les locaux craignent qu’en tant que citoyens palestiniens, ils ne perdent les bénéfices de l’économie prospère de l’Etat juif, de son système de santé et d’allocations sociales ainsi que de la liberté d’entrer en Israël où vivent un grand nombre de leurs proches depuis la création du pays, en 1948.

Samedi, le chef d’Yisrael Beytenu Avigdor Liberman a salué la proposition du plan de Trump au sujet du Triangle, disant qu’il était heureux de constater que la Maison Blanche était prête à adopter une politique que lui-même vante depuis 2004.

Le président de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, pendant une réunion de faction à la Knesset, le Parlement israélien à Jérusalem, le 18 novembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le plan accorde à Israël une grande partie de ce que l’Etat juif a pu chercher au cours de décennies de diplomatie internationale, en particulier le contrôle sur Jérusalem, sa capitale « indivisible » plutôt qu’une ville à partager avec les Palestiniens, qui auraient pour capitale de leur futur État une banlieue de la municipalité – sans la Vieille Ville et sans les quartiers avoisinants si convoités.

Le plan refuse aux réfugiés palestiniens le droit au retour sur le territoire israélien. Toutes les implantations israéliennes de Cisjordanie seraient placées sous la souveraineté de l’Etat juif.

Les 22 nations qui constituent la Ligue arabe ont rejeté à l’unanimité le plan de Trump dans la journée de samedi, clamant qu’il était injuste pour les Palestiniens.

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