Le chef des forces kurdes confirme l’accord de cessez-le-feu annoncé par Sharaa

'Pour que cette guerre ne devienne pas une guerre civile (...) nous avons accepté de nous retirer des régions de Deir Ezzor et de Raqa vers Hassaké', a dit Mazloum Abdi

Mazloum Abdi, commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), s'exprimant lors de la conférence pan-kurde « Unité et consensus » à Qamishli, dans le nord-est de la Syrie, le 26 avril 2025. (Crédit : Delil Souleiman/AFP)

Le chef des forces kurdes de Syrie Mazloum Abdi a déclaré dimanche avoir accepté un accord avec Damas incluant un cessez-le-feu, après que les troupes gouvernementales ont investi des zones sous contrôle kurde dans le nord et l’est du pays.

« Pour que cette guerre ne devienne pas une guerre civile (…) nous avons accepté de nous retirer des régions de Deir Ezzor et de Raqa vers Hassaké », a dit Mazloum Abdi, chef des Forces démocratiques syriennes (FDS) soutenues par les Etats-Unis, dans un communiqué diffusé par la chaîne de télévision kurde Ronahi.

Il a indiqué qu’il expliquerait les détails de l’accord après son retour de Damas, où il doit rencontrer le président Ahmad al-Sharaa lundi.

L’accord est un coup dur pour les Kurdes qui ambitionnaient de préserver leur administration autonome, instaurée de facto depuis plus d’une décennie.

Le texte en quatorze points publié par la présidence prévoit l’intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS) et des forces de sécurité kurdes dans les ministères de la Défense et de l’Intérieur du pays.

Il stipule aussi la remise immédiate au gouvernement des provinces sous contrôle kurde et peuplées notamment d’Arabes de Deir Ezzor et Raqa, ainsi que la prise en charge par Damas des prisonniers du groupe jihadiste Etat islamique (EI) et de leurs familles détenus dans des prisons et des camps contrôlés par les Kurdes.

Le président par intérim syrien Ahmed al-Sharaa (à droite) et le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS) Mazloum Abdi signant un accord visant à intégrer les institutions de l’administration kurde semi-autonome du nord-est dans le gouvernement national, dans la capitale syrienne Damas, le 10 mars 2025. (Crédit : SANA / AFP)

Selon le président, qui a annulé une visite prévue mardi à Berlin, les détails de l’accord doivent être finalisés lors de pourparlers lundi avec M. Abdi.

La France sera présente à ces pourparlers, selon l’entourage du président Emmanuel Macron.

« Je recommande un cessez-le-feu complet », a insisté le président syrien juste après une rencontre avec l’émissaire américain pour la Syrie Tom Barrack, qui s’était entretenu la veille avec M. Abdi, à Erbil en Irak.

Les Etats-Unis, qui soutiennent depuis des années les combattants kurdes syriens mais sont désormais également un allié clé de Damas, ont salué l’accord, M. Barrack parlant d’un « tournant décisif, avec d’anciens adversaires privilégiant le partenariat plutôt que la division ».

Avant l’offensive de l’armée syrienne, des négociations entre le pouvoir central et les Kurdes visant à intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l’Etat, aux termes d’un accord conclu en mars 2025, étaient dans l’impasse.

Dans un geste apparent de bonne volonté, le président avait accordé vendredi par décret des droits nationaux inédits aux Kurdes, reconnaissant notamment le kurde comme langue officielle. Une mesure jugée insuffisante par l’administration autonome kurde du nord de la Syrie.

La minorité kurde, notamment répartie entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran, a souffert de décennies d’oppression en Syrie, où elle est estimée à quelque deux millions de personnes, sur 20 millions d’habitants.

Mazloum Abdi (3e à droite), commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), et Hamid Darbandi (2e à droite), envoyé du politicien kurde irakien Masoud Barzani (chef du Parti démocratique du Kurdistan), assistant à la conférence pan-kurde « Unité et consensus », à Qamishli, dans le nord-est de la Syrie, le 26 avril 2025. (Crédit : Delil Souleiman/AFP)

Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) avait exhorté samedi les forces gouvernementales syriennes à cesser toute attaque dans la zone située entre Alep et la ville d’Al-Tabqah, dans la province de Raqa, où elles faisaient face aux forces kurdes.

« La lutte acharnée contre » le groupe Etat islamique (EI), dans le nord de la Syrie, « et une pression militaire constante exigent une coopération étroite entre les partenaires syriens », avait écrit le Centcom dans un message posté sur X, soulignant qu’une « Syrie en paix (…) est essentielle à la stabilité de la région ».

Des rassemblements s’étaient déroulés samedi dans plusieurs villes turques en majorité peuplées de Kurdes, dont Batman et Siirt, en soutien aux combattants kurdes assiégés dans le nord-est de la Syrie, ont rapporté un correspondant de l’AFP et des médias prokurdes.

Le président islamiste syrien, qui a renversé Bachar al-Assad en décembre 2024, est déterminé à étendre son contrôle sur l’ensemble du territoire syrien.

Le ministre des Affaires étrangères turc Hakan Fidan arrivant pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN, au siège de l’OTAN, à Bruxelles, le 3 avril 2024. (Crédit : Kenzo Tribouillard/AFP)

La Turquie lui a apporté son appui malgré un processus de paix en cours depuis un an avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), la guérilla kurde de Turquie, qu’Ankara considère comme affiliée aux FDS.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a défendu jeudi devant la presse « le recours à la force ».

« J’espère que les problèmes seront réglés par le dialogue mais lorsqu’ils ne peuvent l’être par la négociation et de bonne foi, le recours à la force devient malheureusement une option pour le gouvernement syrien », avait-il déclaré.

Les combats entre l’armée syrienne et les forces kurdes dans le nord-est de la Syrie sont « une tentative de saboter le processus de paix » initié en Turquie avec la guérilla du PKK, avaient pour leur part estimé dimanche son chef Abdullah Öcalan et le parti prokurde DEM.

Le DEM, troisième force au parlement turc qui assure la médiation entre Ankara et le chef du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), a dénoncé une « pure hypocrisie » de la part des autorités turques qui soutiennent simultanément l’offensive de Damas contre les combattants kurdes.

« On ne peut pas traiter ceux que l’on qualifie de ‘citoyens’ de ce côté de la frontière comme des +ennemis+ de l’autre », insiste le DEM dans un communiqué. « On ne peut pas être constructif à Ankara et destructeur en Syrie ».

« Monsieur Öcalan voit dans cette situation une tentative de sabotage du Processus de paix et de société démocratique » avait rapporté précédemment une délégation du parti après une visite samedi au chef toujours respecté du PKK, emprisonné à l’isolement au large d’Istanbul depuis 1999.

Le 27 février 2025, Abdullah Öcalan avait appelé le mouvement à se dissoudre et à déposer les armes afin de mettre un terme à plus de quatre décennies de combats qui ont fait au moins 50 000 morts, répondant ainsi à une initiative d’Ankara.

La Turquie, qui dispose de plusieurs bases militaires en Syrie avec laquelle elle partage plus de 900 km de frontière, appuie l’offensive de Damas contre les Forces démocratiques syriennes (FDS, majoritairement kurdes), accusant le PKK de lui être affilié.

Dans une déclaration de son comité exécutif, après que les forces kurdes ont été chassées par l’armée syrienne de plusieurs zones qu’elles contrôlaient, le DEM a exprimé, en son nom dimanche soir, son inquiétude.

Des habitants scandant des slogans en faveur des Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par les Kurdes et soutenues par les États-Unis, lors d’un défilé à Qamishli, dans le nord-est de la Syrie, le 18 janvier 2026. (Crédit : Baderkhan Ahmad/AP Photo)

« L’attitude du Gouvernement intérimaire de Damas conduit à l’impasse » écrit-il. « Les attaques contre le Rojava (l’administration autonome kurde autoproclamée dans le nord-est de la Syrie, NDLR) constituent une menace pour la paix régionale ».

Le DEM se tourne vers la Turquie, appelant « l’État et le gouvernement turcs à être un acteur de réconciliation et d’union des parties en Syrie, plutôt que celui qui attise le conflit ».

« Alors qu’un processus d’apaisement est en cours en Turquie, les politiques partisanes menées simultanément dans le nord-est de la Syrie relèvent d’une pure hypocrisie politique ».

Selon la délégation du DEM, qui précise avoir passé « deux heures et demi » avec lui samedi, Abdullah Öcalan, « Apo » pour ses partisans, a cependant « réaffirmé son attachement au Processus de paix et de société démocratique et indiqué que la perspective du 27 février demeurait valable ».

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