Le chemin du pèlerin du mont du Temple, vieux de 2 000 ans, ouvre au public après des années de fouilles

Des millénaires après son enfouissement, cette rue autrefois foulée par des millions de fidèles entre le sud de l’ancienne Jérusalem et le mur Occidental, est à nouveau accessible

Dessin du « Chemin du pèlerin » pendant la période du Second Temple (586 avant notre ère - 70 de notre ère). (Shalom Kveller, Cité de David)

Pour Michael Ganeles et son épouse, la visite de la Cité de David, à Jérusalem, était incontournable, d’autant qu’ils avaient fait pour la première fois le déplacement depuis West Hempstead, New York, avec leurs trois enfants à l’occasion de la bat mitzvah de leur cadette.

Lorsqu’ils se sont aperçus que le site connu sous le nom de « Chemin des Pèlerins » ou « Chemin du Pèlerinage », une rue en escalier vieille de près de 2 000 ans menant au mont du Temple depuis la partie sud de la ville, serait ouverte au public pendant leur séjour, ils ont sauté sur l’occasion.

« Nous voulions nous rendre à la Cité de David ; quand nous avons vu qu’ils proposaient la visite inaugurale [du chemin du pèlerin], nous nous sommes dit que c’était pour nous », expliquait Ganeles au Times of Israel le mois dernier. « Mes enfants n’arrêtaient pas de nous demander quand on irait voir cette fameuse rue. »

Le 20 janvier dernier, la famille Ganeles a eu la chance de faire partie de la trentaine de personnes autorisées à prendre part à la visite inaugurale du chemin. Entre son point de départ – le lieu où les archéologues pensent que se trouvait l’ancien bassin de Siloam, à l’entrée de la ville ancienne et qui est aujourd’hui le quartier de Silwan de Jérusalem-Est, et le jardin archéologique de Jérusalem, adjacent au mur Occidental, la rue en majeure partie souterraine passe sous des infrastructures modernes sur plusieurs centaines de mètres de long.

Situé sur une pente au sud de la Vieille Ville, le quartier majoritairement palestinien de Silwan se trouve sur ce que les archéologues estiment être la partie la plus ancienne de la ville, vieille de 3 000 ans et dont une grande partie appartient aujourd’hui au complexe archéologique de la Cité de David. Au fil des années, des fouilles ont permis de faire des découvertes extraordinaires sur l’histoire de Jérusalem, notamment du temps du Premier Temple (1000-586 avant notre ère), période durant laquelle une grande part des récits bibliques est supposée se dérouler, mais aussi du Second Temple, jusqu’en 70 de notre ère.

Fouillé pendant une vingtaine d’années par les archéologues de l’Autorité israélienne des antiquités, le chemin du pèlerin aurait été construit au tout début de notre ère, soit par le roi Hérode, soit par le gouverneur Ponce Pilate, pour en faire la rue principale par laquelle les visiteurs montaient du sud vers le Temple.

La route du pèlerinage, vieille de 2 000 ans, menant de la Cité de David au mur Occidental, à Jérusalem, a ouvert au public le 20 janvier 2026. (Rossella Tercatin/Times of Israel)

« C’est l’une des plus fabuleuses découvertes archéologiques jamais faites à Jérusalem ces dernières décennies », confiait au Times of Israel, par téléphone et avant la visite inaugurale, Amit Reem, archéologue en chef de l’Autorité israélienne des antiquités pour le district de Jérusalem. « Pour la première fois, on peut voir le lien direct entre le bassin de Siloé et le mont du Temple, car la rue a été enfouie sous la ville moderne pendant des milliers d’années. »

Rouvrir ce chemin ne s’est pas fait tout seul.

Ce lieu est en effet situé à Jérusalem-Est, dans une zone considérée par Israël comme faisant partie intégrante de la capitale mais qu’une grande partie de la communauté internationale estime sous occupation israélienne.

Le complexe archéologique est financé par la Fondation pour la Cité de David, avec pour mission – non exempte de controverse – de renforcer la présence juive dans les quartiers palestiniens de la ville.

La famille Ganeles lors de la visite inaugurale de la route du pèlerinage, vieille de 2 000 ans, à Jérusalem, qui relie la Cité de David au mur Occidental, le 20 janvier 2026. (Rossella Tercatin/Times of Israel)

Les fouilles ont été contestées par nombre de riverains palestiniens vivant dans les maisons situées au-dessus du site souterrain, de crainte que cela n’endommage le bâti en surface, ce que les archéologues, la Cité de David et la Fondation pour la Cité de David ont catégoriquement démenti.

En 2019, l’ambassadeur américain David Friedman avait symboliquement percé un mur construit pour l’occasion pour donner le départ de l’ouverture d’une partie du chemin, ce qui lui avait attiré des critiques estimant que cet acte était le reflet de la vision de la première administration Trump envers la ville et son statut contesté.

Aujourd’hui, la rue est ceinte d’un tunnel en béton et en métal destiné à soutenir les maisons et les rues situées en surface. Selon les experts, qui se fondent sur la partie extérieure du chemin, tout près du mont du Temple, la rue d’origine devait mesurer dans les huit mètres de large. Une partie seulement a donc été découverte.

L’ambassadeur américain David Friedman fait tomber un mur construit pour l’occasion devant la route du pèlerinage, lors d’une cérémonie dans le quartier de Silwan, à Jérusalem-Est, le 30 juin 2019. (Facebook/Capture d’écran)

À certains endroits, les vestiges des magasins qui bordaient la rue sont encore visibles et les archéologues ont, entre autres, retrouvé un petit mikvé – le bain rituel juif – et un pupitre susceptible d’avoir servi à des annonces ou des cérémonies, comme par exemple la lecture d’un rouleau de Torah.

Les sources – juives et historiques – expliquent que vers la fin de la période du Second Temple, des millions de pèlerins venaient à Jérusalem, chaque année, que ce soit pour Pessah, Shavouot ou encore Souccot, à l’apogée de la ville et du Temple suite aux rénovations et agrandissements commandés par Hérode.

Une partie du chemin du pèlerin est pavée d’énormes pierres hérodiennes intactes alors qu’ailleurs, les archéologues n’ont pas réussi à retrouver ces pierres vieilles de 2 000 ans.

« Il est possible que celles-ci aient été très bien conservées parce que la route a très peu servi », explique la guide touristique Ariana Ohayon. « En l’an 70 de notre ère, Jérusalem fut détruite [par les Romains] et le chemin recouvert. »

La route du pèlerinage, vieille de 2 000 ans, menant de la Cité de David au mur Occidental à Jérusalem, a ouvert au public le 20 janvier 2026. (Rossella Tercatin/Times of Israel)

Originaire du New Jersey, Ohayon s’est installée en Israël il y a de cela 11 ans et travaille comme guide à la Cité de David depuis six ans.

De son propre aveu, cette visite inaugurale a été passionnante mais « un peu angoissante » aussi, faite avec une Bible hébraïque à la main, faisant en sorte de faire passer la signification profonde de ce lieu pour quelqu’un de juif, deux millénaires après la destruction qui a jeté son peuple sur le chemin de l’exil.

Ce mardi, le groupe était composé de touristes étrangers, essentiellement venus des États-Unis, comme la famille Ganeles, mais aussi d’Israéliens anglophones. D’autres visites se sont faites en hébreu et dans d’autres langues.

Leah Cohn lors de la visite inaugurale de la route du pèlerinage, vieille de 2 000 ans, à Jérusalem, et qui relie la Cité de David au mur Occidental, le 20 janvier 2026. (Rossella Tercatin/Times of Israel)

Leah Cohn, qui vit dans l’implantation d’Efrat, a été agréablement surprise d’apprendre que la visite à laquelle elle a pris part le jour de son 52e anniversaire, était la toute première ouverte au public.

« C’est ma première fois à la Cité de David, alors même que cela faisait longtemps que je voulais venir. C’est un miracle », dit-elle.

Avant son ouverture au public, le chemin du pèlerin a été emprunté par des dignitaires étrangers désireux de mieux comprendre le lien entre Jérusalem et les Saintes Écritures, comme en septembre dernier, lorsque le Secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a assisté à la cérémonie inaugurale.

Illustration de la « Route du pèlerin » pendant la période du Second Temple (586 avant notre ère – 70 de notre ère). (Shalom Kveller, Cité de David)

En achetant une entrée pour la Cité de David, on peut désormais réserver sa visite guidée ou explorer soi-même une partie du chemin du pèlerin. Pour voir la route dans son intégralité, il faut acheter un billet incluant également l’entrée au Davidson Center, qui gère le Complexe archéologique de Jérusalem à côté du mur Occidental.

Selon Ohayon, la visite a eu un grand succès.

« La première visite en anglais était complète, raison pour laquelle on en a prévu une autre, elle aussi complète », explique-t-elle.

Une voie romaine connue sous le nom de Chemin du Pèlerin en cours de fouille dans la Cité de David à Jérusalem, le 24 septembre 2019. (Luke Tress/Times of Israel)

Parmi ces premiers visiteurs se trouve Jonathan Rouz, né en Suisse et installé à Jérusalem depuis quatre ans.

« C’est vraiment très spécial d’emprunter ce chemin du pèlerin, qui nous ramène à la Bible et nous relie aux vestiges anciens qui se trouvent tout autour», poursuit celui qui se dit « d’origine protestante ».

En tant que chrétien, il dit ressentir une forte connexion avec l’histoire juive.

La route du pèlerinage, vieille de 2 000 ans, qui mène de la Cité de David au mur Occidental à Jérusalem, a ouvert au public le 20 janvier 2026. (Rossella Tercatin/Times of Israel)

« Tout ce qui se trouve dans le Nouveau Testament vient des Juifs », dit-il. « Nous aimons les Juifs, nous aimons l’État d’Israël, et nous sommes heureux d’être ici. »

Au bout du chemin, c’est-à-dire au bout de 600 mètres, le groupe émerge près de la partie sud du mur Occidental, au-delà de la place, dans une zone actuellement en cours de fouille.

Les visiteurs sont ravis de pouvoir observer le travail des archéologues en train de creuser et de tamiser la terre, et avec un peu de chance, de découvrir des fragments de poterie.

La guide touristique de la Cité de David, Ariana Ohayon (à gauche), et Shira Greenspan, qui a pris part à la visite inaugurale de la route du pèlerinage, vieille de 2 000 ans et qui mène de la Cité de David au mur Occidental, le 20 janvier 2026. (Rossella Tercatin/Times of Israel)

« Je me sens très honorée d’avoir pu être parmi les premiers à emprunter ce chemin », confie Shira Greenspan, qui vit à Modiin, dans le centre d’Israël.

« C’est un mélange parfait : on vit quelque chose d’unique, c’est amusant et en même temps plein de sens. Ça ne semble pas mort mais au contraire plein de vie et bien réel. Cela nous relie à une période vieille de plusieurs milliers d’années. C’est à couper le souffle. »

« Quand on se trouve ici, avec des Juifs et des non-Juifs venus du monde entier, on se sent tout petit dans une grande histoire », conclut-elle.

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