Le consul général d’Israël à New York compare les politiques de Mamdani à celles de l’Allemagne nazie

« Qui a boycotté les Juifs ? Le Troisième Reich ! », répond Ofir Akunis dans une interview lors de Rosh HaShana ; les groupes juifs progressistes jugent son approche peu constructive alors que la communauté vit une période d’inquiétude

Ofir Akunis, consul général d'Israël à New York, assiste au défilé de la Journée d'Israël à New York, le 31 mai 2026. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)

(New York Jewish Week via JTA) — Ofir Akunis, consul général d’Israël à New York, n’a pas mâché ses mots. Dans une récente interview qu’il a accordée à la Jewish Telegraphic Agency depuis son bureau de Midtown East, à l’approche de Rosh HaShana, Akunis a comparé le soutien apporté par le maire Zohran Mamdani au mouvement de boycott d’Israël aux méthodes utilisées par l’Allemagne nazie. Il a également qualifié le maire d’ « antisémite » et imputé à Mamdani la responsabilité directe des attaques dont sont victimes les Juifs et les institutions juives à New York.

C’est en évoquant la décision prise par Mamdani, dès son entrée en fonction, de révoquer un arrêté signé par son prédécesseur, Eric Adams, contre le mouvement pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS) à l’encontre d’Israël, qu’Akunis a fait référence aux nazis. Des propos qu’il a répétés à plusieurs reprises ces dernières semaines, et qui marquent une escalade d’une rare virulence dans les critiques formulées par le gouvernement israélien à l’encontre du maire de New York.

Les déclarations de plus en plus tendues du consul général ont franchi une ligne encore jamais atteinte dans cette ville dont les maires ont toujours entretenu des relations chaleureuses avec Israël et ses représentants à New York. Mamdani, anti-sioniste revendiqué, a lui-même rompu avec cette tradition en utilisant une rhétorique pour le moins virulente à l’égard d’Israël.

Alors que les dirigeants de la communauté juive de New York tentent de gérer des relations tendues avec Mamdani au sujet d’Israël, les critiques issus de l’aile sioniste progressiste de cette communauté estiment que la teneur des propos d’Akunis n’arrange en rien la situation.

« Dans un contexte où la communauté est déjà en proie à l’angoisse face à la montée de l’antisémitisme, comparer cette peur à la réalité historique de la Shoah et de ses conséquences immédiates empêche les gens de relativiser leurs craintes », a expliqué Margo Hughes-Robinson, directrice exécutive du groupe de défense libéral New York Jewish Agenda.

Hughes-Robinson a jugé les comparaisons d’Akunis avec l’Allemagne nazie « stériles » et « profondément offensantes pour la mémoire de la Shoah, ainsi que pour les victimes et les survivants ».

Le maire de New York, Zohran Mamdani, s’exprimant lors de la réunion annuelle du Conseil de contrôle financier de l’État de New York, à New York, le 12 août 2026. (Crédit : Yuki Iwamura/AP)

Interrogé sur les critiques suscitées par ce parallèle, Akunis a précisé qu’il « ne disait pas que l’on devait comparer les horreurs de la Shoah au climat actuel ». Mais les citoyens « doivent étudier l’histoire pour mieux comprendre comment l’antisémitisme a pu se développer », a-t-il ajouté.

« Mamdani, par exemple, a qualifié l’AIPAC de ‘monstres’. Il a ainsi utilisé le même type de langage déshumanisant que celui qu’employaient Hitler et les nazis pour décrire le peuple juif », a souligné Akunis. « Il est essentiel de mettre en évidence ces ressemblances rhétoriques pour s’assurer que la génération actuelle prenne conscience du danger que représente le discours de Mamdani, et qu’elle comprenne pourquoi il faut y mettre un terme. »

Un porte-parole de Mamdani a fermement rejeté cette affirmation d’Akunis. « Comparer le maire Mamdani aux nazis, qui ont assassiné 6 millions de Juifs pendant la Shoah, est offensant, parfaitement déraisonnable et déconnecté de la réalité », a fait savoir Sam Raskin à la JTA. « Le consul général devrait avoir honte de lui-même. »

Hughes-Robinson a été l’une des rares personnalités rabbiniques et dirigeants d’organisations juives à donner officiellement suite à la demande de la JTA, qui souhaitait recueillir des avis sur la stratégie adoptée par Akunis pour répondre aux positions anti-israéliennes de Mamdani. Plus d’une dizaine d’entre eux ont refusé de s’exprimer.

Si Mark Treyger, l’actuel PDG du Jewish Community Relations Council (JCRC) de New York, n’a pas répondu à une demande de commentaire sur le sujet, son prédécesseur a exprimé sa solidarité avec Akunis face au défi auquel il est confronté.

« Je n’envie pas la situation dans laquelle il se trouve », a assuré Michael Miller, qui a occupé le poste de directeur général du JCRC pendant 35 ans, jusqu’en 2021. Miller a ajouté qu’Akunis se trouvait dans une situation délicate, « contraint de composer avec la réalité d’un maire qui ne reconnaît pas la légitimité du pays qu’Ofir [Akunis] représente ».

Mark Treyger, président du Conseil des relations communautaires juives (JCRC) de New York, prend la parole lors de la marche « Israel Day on Fifth », à New York, le 18 mai 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Akunis représente Israël alors que le pays est dirigé par le gouvernement le plus à droite de son histoire, que son image sur la scène internationale est en chute libre, et que les progressistes pro-palestiniens, à l’instar de Mamdani, ont le vent en poupe. Akunis entretenait des liens étroits avec le prédécesseur de Mamdani, Adams, fervent défenseur d’Israël. Mais un maire anti-sioniste poserait un défi à n’importe quel diplomate israélien, et pas uniquement pour un membre du Likud, le parti de droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu, ni seulement en 2026.

Ancien ministre du gouvernement israélien et député à la Knesset, Akunis a été nommé au consulat en 2024 par Netanyahu. Le diplomate a durci le ton de ses propos à l’encontre de Mamdani au moment même où le Likud, dont il est membre, a fait du maire de New York un ennemi public dans sa campagne en vue des élections israéliennes, prévues le 27 octobre.

« Le maire s’emploie à inciter à la haine contre l’État juif et à promouvoir son boycott », a lancé Akunis le mois dernier dans le cadre d’un événement réunissant de jeunes responsables de la communauté juive. « Sa méthode est celle, bien connue, de l’antisémitisme : ‘Quoi qu’il arrive, blâmez les Juifs.’ C’est exactement la même méthode que celle qu’utilisait le Troisième Reich voici un siècle. »

Akunis, qui n’a pas rencontré Mamdani, soutient qu’il ne le fera pas tant que le maire n’aura pas reconnu Israël en tant qu’État juif. Mamdani, en effet, a indiqué qu’Israël avait le droit d’exister en tant qu’État « où tous jouissent des mêmes droits », mais qu’il ne pouvait soutenir des États qui privilégient une « religion » par rapport à une autre. (De nombreux critiques pro-israéliens ont noté qu’il ne manifestait aucun scrupule de ce genre lorsqu’il s’agissait du Pakistan ; il a assisté au défilé de la fête de l’indépendance de ce pays mais a boudé celui d’Israël.)

À l’instar d’Akunis, Inna Vernikov, conseillère municipale républicaine, est une critique acharnée du maire. Interrogée sur les propos sans concession d’Akunis, la parlementaire juive a préféré évoquer le maire, dénonçant le fait que Mamdani encourage l’antisémitisme « sous le faux prétexte de l’anti-sionisme ».

« C’est aux citoyens de définir ou d’interpréter ces actions, mais le bilan de Mamdani est sans équivoque », a assuré Vernikov.

Le bureau de Mamdani a toutefois souligné qu’il avait à cœur le bien-être de la communauté juive.

« Le maire Mamdani a réaffirmé à maintes reprises son engagement en faveur de la sécurité et du sentiment d’appartenance des New-Yorkais juifs. Il a d’ailleurs accompagné cet engagement d’actions concrètes et d’investissements importants », a expliqué Raskin. « Notre administration continuera à répondre aux attentes de tous les New-Yorkais juifs, quelles que soient leurs opinions politiques. Les New-Yorkais juifs ont droit au meilleur. »

Capture d’écran tirée d’une vidéo de la rabbine Margo Hughes-Robinson, août 2026. (Crédit : J Street)

La mission de consul général à New York est considérée comme le plus prestigieux des postes diplomatiques israéliens, compte tenu de la forte concentration de Juifs et d’organisations juives dans cette agglomération. Un membre de la Knesset l’a récemment qualifiée de « véritable ambassade d’Israël auprès des Juifs d’Amérique ».

Ce poste a été décrit de diverses manières par les prédécesseurs d’Akunis : il s’agit notamment de tisser des liens entre Israël et les élus locaux, ainsi qu’avec la communauté juive ; de préserver le soutien à Israël au-delà du seul cercle de ses partisans inconditionnels ; et de défendre Israël contre la désinformation.

Selon Akunis, son rôle consiste à inciter les gens à « se réveiller ».

« Je suis un grand admirateur [des États-Unis], mais je suis inquiet. Je suis témoin, sous mes yeux, d’un changement radical dans cette ville, et pas seulement à New York, mais partout », a déclaré Akunis, soulignant également une évolution au sein des « partis politiques » du pays, et en particulier à New York. Le peuple américain et les défenseurs de la civilisation occidentale « doivent se réveiller avant qu’il ne soit trop tard », a-t-il poursuivi. « Ces gens vous imposeront la charia à la place de la Constitution américaine ».

Des responsables politiques républicains mènent actuellement une campagne visant à faire de la charia (la loi religieuse musulmane) un enjeu politique. Ils accusent les musulmans de chercher à imposer leurs lois et leurs coutumes devant les tribunaux américains – une affirmation que de nombreux libéraux ont rejetée, dénonçant l’absence de preuves à l’appui.

Akunis a pris ses fonctions en février 2024 à un tournant délicat : les Juifs américains étaient confrontés à une montée de l’antisémitisme et de l’activisme anti-israélien à la suite de l’attaque du 7-Octobre et après plusieurs mois de guerre à Gaza, et l’administration Biden était en désaccord avec le gouvernement Netanyahu au sujet de ce conflit.

Aujourd’hui, les crimes de haine contre les Juifs à New York ont connu une hausse de 8,5 % par rapport à l’année dernière, et Akunis impute cette tendance à la direction de Mamdani. Tout récemment, il a réitéré son accusation selon laquelle Mamdani était « directement responsable » de l’attaque perpétrée le mois dernier à la Central Synagogue, au cours de laquelle un homme a frappé un fidèle et donné un coup de tête à un agent de sécurité – et ce, malgré les nombreuses publications anti-Mamdani de l’agresseur sur les réseaux sociaux.

« C’est un climat. Ce climat est négatif », a indiqué Akunis à la JTA. Mamdani « colporte souvent des mensonges sur l’État d’Israël et nos soldats », a-t-il fait remarquer.

Pour faire disparaître ce climat, a précisé Akunis, Mamdani doit « baisser le ton » et consacrer moins d’attention aux questions internationales. « Il doit faire son travail, celui de maire de New York. Il n’est pas le président des États-Unis », a conclu Akunis.

Des manifestants pro-Israël brandissant des pancartes lors d’un rassemblement contre le maire de New York, Zohran Mamdani, à New York, le 26 juillet 2026. (Crédit : Ryan Murphy/AP)

Selon Hughes-Robinson, de l’organisation New York Jewish Agenda, il faut apaiser les tensions. Elle a toutefois précisé que cette responsabilité incombait à Akunis et à d’autres responsables, tout autant qu’à Mamdani.

« J’espère que nos dirigeants reconnaîtront la nécessité de ne pas tenir de propos provocateurs », a-t-elle souligné. Elle a cité les déclarations d’Akunis, ainsi qu’une vidéo largement diffusée de Mamdani critiquant violemment Netanyahu, comme des exemples de « manœuvres politiques » destinées uniquement à créer davantage de tensions.

Mais Akunis compte également des partisans au sein de la communauté juive. L’Organisation sioniste d’Amérique (ZOA), une organisation de droite basée à New York et partisane du gouvernement israélien actuel, a fait savoir dans un communiqué qu’elle partageait la « condamnation ferme d’Akunis à l’égard de la haine sans limite de Mamdani envers les Juifs », estimant en outre que le maire était responsable de la recrudescence des crimes de haine.

« Le fanatisme antisémite manifeste de Mamdani a sans aucun doute inspiré et encouragé la recrudescence des agressions contre les Juifs », a déclaré le président national de la ZOA, Morton Klein.

Pour autant, Akunis ne va pas jusqu’à affirmer que les Israéliens ne sont pas en sécurité à New York. « La situation était bien meilleure auparavant », a-t-il fait valoir, mais la ville ne se trouve toutefois pas dans une « situation telle que les Israéliens ne puissent pas s’y rendre ».

Et d’ajouter : « Je ne peux pas dire que les Israéliens ne peuvent pas venir à New York, qui est la destination la plus prisée par les Israéliens parmi toutes les destinations en dehors d’Israël. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, est accueilli par le consul général d’Israël à New York, Ofir Akunis, à son arrivée à Washington, DC, le 22 juillet 2024. (Crédit : Lazar Berman/ Times of Israel)

J.J. Goldberg, ancien rédacteur en chef du Forward et résident de longue date de l’Upper West Side, estime quant à lui qu’Akunis pourrait bien briguer un nouveau rôle politique dans son pays une fois son mandat de consul général terminé.

« Il a encore des projets d’avenir en tête. Il doit donc se démarquer en tant que défenseur d’Israël à la manière du Likud, ce qui implique de passer à l’attaque à la moindre occasion », a déclaré Goldberg. « En attaquant Mamdani, il a toutes les chances de faire la une des journaux en Israël », a-t-il ajouté.

Akunis a affirmé ne pas avoir vu la récente affiche de campagne du Likud qui classe Mamdani parmi les ennemis d’Israël, et s’est donc abstenu de tout commentaire à ce sujet. (« Ils veulent que Netanyahu perde. Ne les laissez pas gagner », peut-on lire sur cette affiche, qui présente des images de Mamdani aux côtés du président turc Recep Tayyip Erdogan, de l’ayatollah iranien Mojtaba Khamenei et du secrétaire général du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, Naim Qassem.)

« Mais pour en revenir à l’idée principale », a-t-il poursuivi, « si quelqu’un affirme qu’il déteste Israël – à l’instar d’Erdogan, de Khamenei et, malheureusement, du maire Mamdani – alors oui, je dois m’opposer à lui. »

Akunis a également souligné ne pas pouvoir se prononcer spécifiquement sur les ministres israéliens ultra-nationalistes, tels qu’Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, dont les visites à New York ont suscité la polémique. Dans le même temps, il a rappelé que « chacun doit respecter la volonté du peuple israélien, et la volonté du peuple à l’époque, fin 2022, était d’élire Bezalel Smotrich à la Knesset. »

Goldberg, pour sa part, a opposé l’approche plus intransigeante d’Akunis dans la ville à celle de Dani Dayan, un ancien consul général dont les opinions de droite et l’expérience en tant que dirigeant des résidents d’implantations le distinguaient de la majeure partie de la population juive new-yorkaise, généralement libérale. Cependant, alors que beaucoup s’attendaient à des tensions entre Dayan et les Juifs libéraux, son mandat a au contraire été marqué par une relative entente.

« Il savait où se situait leur divergence, il a su la contourner et a fait preuve de tolérance envers ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui », a commenté Goldberg à propos de Dayan.

Le président de Yad Vashem, Dani Dayan. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Le successeur de Dayan, Asaf Zamir, a été nommé en 2021, alors que Netanyahu avait brièvement quitté le pouvoir. Mais il a démissionné en 2023 pour protester contre la refonte du système judiciaire menée par ce dernier. Zamir avait affirmé en 2022 vouloir « élargir le cercle » en dialoguant avec des personnes qui « sont parfois critiques envers Israël, pourvu que nous soyons d’accord sur les principes fondamentaux du sionisme ».

Nancy Kaufman, présidente du conseil d’administration du New York Jewish Agenda (NYJA) et ancienne PDG du Conseil national des femmes juives (NCJW), a précisé qu’Akunis n’avait pas rencontré les dirigeants du NYJA, contrairement à Dayan, qui avait échangé avec le NCJW, et à Zamir, qui avait dialogué avec le NYJA (le groupe avait été fondé après la fin du mandat de Dayan).

« Ce que nous avons à dire au sein de la communauté progressiste ne l’intéresse pas. Je trouve cela regrettable », a déclaré Kaufman.

Akunis, quant à lui, assure qu’il ne rencontrera « aucun groupe qui propage des accusations de meurtre rituel contre Israël ou le peuple juif » – mais que, pour autant, sa porte reste ouverte.

« Je rencontrerai quiconque souhaite me voir et écouter ce que j’ai à dire, notamment sur la politique officielle du gouvernement israélien », a-t-il lancé.

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