Le copilote visait l’aéroport Ben Gurion et avait annulé un projet d’attentat en juillet au dernier moment

L'enquête a révélé que l'agresseur prévoyait de précipiter l'appareil sur un bâtiment ou un avion au sol à Tel-Aviv avant de finalement décider de détruire les commandes et d'écraser l'appareil dans le désert lorsque les passagers sont entrés dans le cockpit

Hamam al-Hammami, l’homme identifié comme le copilote qui a tenté de faire s’écraser un vol flydubai à destination d’Israël, sur une photo non datée tirée de son profil LinkedIn récemment supprimé.

Hamam al-Hammami, le copilote omanais qui a tenté mercredi de faire s’écraser le vol Flydubai 1073, avait l’intention de précipiter l’avion sur l’aéroport Ben Gurion, a indiqué la chaîne N12.

Selon la chaîne israélienne, qui ne précise pas la source de ses informations sur l’enquête, Hammami, qui a été interpelé et est interrogé en ce moment aux Émirats arabes unis, aurait déclaré aux enquêteurs qu’il comptait poursuivre le vol normalement après s’être débarrassé du commandant de bord, afin d’obtenir toutes les autorisations d’atterrissage avant de s’écraser sur un bâtiment ou un appareil à l’aéroport.

Cette déviation au tout dernier moment aurait empêché quiconque de donner l’alerte et de déjouer son projet.

Selon la chaîne N12, c’est ce qui explique qu’Hammami ait attendu que l’appareil se trouve au-dessus de la Jordanie pour prendre le contrôle du cockpit.

Son projet a finalement échoué parce que le commandant de bord Smit Machchhar, pourtant poignardé par Hammami, est parvenu à ouvrir la porte du cockpit, ce qui a permis aux passagers israéliens de se ruer à l’intérieur pour l’immobiliser et stabiliser l’avion avant que deux pilotes présents à bord ne reprennent les commandes de l’appareil.

La chaîne N12 explique qu’Hammami s’était rendu à l’aéroport Ben Gurion à plusieurs reprises ces derniers mois dans le cadre de ses vols pour flydubai. Il a confié aux enquêteurs qu’en juin dernier, il avait mis à profit sa présence pour réunir des renseignements et préparer son attaque.

Le commandant de bord Smit Machchhar, blessé, est évacué de l’avion du vol 1073 de flydubai après l’atterrissage d’urgence de celui-ci à Tabuk, dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, le 30 septembre 2026. (Capture d’écran de N12)

Il aurait ensuite décidé de passer à l’acte en juillet dernier, avant de renoncer au dernier moment parce qu’il était ami avec l’un des membres de l’équipage.

Selon la chaîne N12, les enquêteurs israéliens n’ont pas encore pu interroger Hammami : ces informations proviennent donc de fragments des enquêtes saoudienne et émiratie transmis à Israël.

D’après les informations de la chaîne N12, Israël aurait demandé aux Émirats arabes unis d’interroger tous les membres du personnel naviguant commercial.

Selon le quotidien italien Corriere della Sera, qui a reconstitué la chronologie des événements, al-Hammami aurait demandé à prier, à 9h15, avant d’attaquer le pilote avec la hache de secours de l’appareil, ce qui a donné lieu à une lutte éprouvante au cours de laquelle Machchhar a fait en sorte de déverrouiller la porte de l’intérieur.

Aux environs de 9h20, Tali Manes a accompagné sa fille de 5 ans aux toilettes, d’où elle a entendu une altercation à l’intérieur du cockpit. Elle en a aussitôt parlé à un pilote assis en classe affaires. Ce dernier a actionné la poignée extérieure tandis que Machchhar parvenait à déverrouiller la porte, au moment-même où al-Hammami frappait le commandant de bord, lit-on dans le journal.

« Il est en train de tuer le pilote ! » s’est écriée Mme Manes.

À 9h21, conscient que son projet ne pourrait être mené à bien, al-Hammami aurait commencé à faire piquer l’avion du nez pour le faire s’écraser dans le désert, tentant de détruire les commandes afin d’empêcher quiconque de stabiliser l’appareil, apprend-on dans le journal italien.

Mais plusieurs passagers israéliens ont alors pris d’assaut le cockpit et neutralisé le terroriste, avant de redresser l’appareil. Très rapidement, à 9h31, les pilotes qui voyageaient à bord ont pris les commandes et émis le code 7700, une alerte d’urgence générale.

À 9h35, al-Hammami était maîtrisé, et à 9h38, les pilotes de secours ont activé le code 7500, signe d’un accès non autorisé dans le cockpit, note le Corriere della Sera.

Le contrôle aérien saoudien aurait guidé les pilotes pour effectuer un atterrissage d’urgence à Tabouk, où l’avion s’est posé à 10h57.

Les passagers israéliens ont été rapatriés depuis l’Arabie saoudite — qui n’entretient pas de relations diplomatiques avec Israël — à bord d’un vol spécial, tandis que Machchhar et son copilote ont été transférés aux Émirats arabes unis, le premier pour y être soigné et le second pour y être interrogé.

Par ailleurs, le site d’information Ynet cite une source émiratie de haut rang indiquant qu’al-Hammami pourrait être passible de la peine de mort. Selon Ynet, Abou Dhabi souhaiterait infliger la sanction la plus sévère qui soit.

Toujours d’après Ynet, des responsables des renseignements israéliens se seraient rendus aux Émirats arabes unis pour prendre part à l’enquête sur Hammami, qui est de nationalité omanaise.

Vendredi, l’agence Reuters avait rapporté que des enquêteurs israéliens devaient l’interroger.

Le commandant de bord Smit Machchhar s’est entretenu par téléphone avec Netanyahu samedi, alors que de nouveaux détails sur le sauvetage, mercredi, du vol 1073 ont été révélés.

Machchhar a expliqué au Premier ministre que peu avant l’attaque sur ce vol reliant Dubaï à Tel Aviv, son copilote, identifié vendredi comme étant Hamam al-Hammami, avait demandé à prier.

Machchhar a ajouté que quatre ou cinq minutes plus tard, il avait reçu un « coup violent » à l’arrière de la tête. Il avait d’abord cru que l’avion avait subi des dégâts catastrophiques.

« Mais ensuite, les coups ont continué à pleuvoir, sans discontinuer », a poursuivi le pilote, qui se trouve actuellement aux Émirats arabes unis où il se remet de ses blessures. « C’est à ce moment-là que j’ai compris que ce n’était pas l’appareil, mais l’homme qui se trouvait avec moi dans le cockpit. »

Al-Hammami a attaqué Machchhar à l’intérieur du cockpit avec la hache de secours, puis a tenté de prendre le contrôle de l’appareil, a annoncé samedi le procureur général des Émirats arabes unis. Les haches de secours sont conservées dans les cockpits pour les situations d’urgence, notamment pour découper des panneaux ou briser des vitres.

Presque aveuglé par les coups répétés, Machchhar a alors senti l’avion « piquer brusquement vers le sol ».

Sa première tentative pour ouvrir la porte du cockpit a été contrecarrée par Al-Hammami, a-t-il précisé. Alors qu’il était allongé sur le sol du cockpit, il se souvient avoir entendu des cris. « Il me restait encore un dernier combat à mener », a-t-il déclaré.

« Si je ne le fais pas, je vais mourir », se souvient-il avoir pensé. « J’ai rassemblé toutes mes forces, je me suis précipité vers la porte et je l’ai ouverte. » Les passagers qui attendaient devant se sont alors précipités dans le poste de pilotage et ont aidé à reprendre le contrôle de l’avion.

La porte du cockpit, a expliqué Machchhar, était équipée d’un mécanisme permettant de l’ouvrir de l’intérieur par une simple rotation. Mais pour y accéder depuis l’extérieur, il fallait saisir un code.

« Mes collègues à l’extérieur essayaient de saisir le code, mais le type ne les laissait pas l’entrer », a-t-il ajouté.

Il a raconté être parvenu à atteindre la poignée de la porte du cockpit et à l’ouvrir d’un « petit geste rapide ».

« C’est un cadeau du destin », a répondu Netanyahu, « et c’est un cadeau de la foi. Ce que vous avez fait est extraordinaire. »

Au cours de la conversation, Netanyahu a invité Machchhar et son allié, le Premier ministre indien Narendra Modi, à allumer une torche lors de la prochaine célébration de la fête de l’indépendance d’Israël, Yom HaAtsmaout. Netanyahu ne dispose toutefois pas de l’autorité nécessaire pour prendre cette décision de manière unilatérale.

Dans le cadre du processus de sélection mis en place par le gouvernement, les porteurs de la flamme sont choisis par une commission consultative publique, puis approuvés selon la procédure ministérielle prévue, qui, sous les récents gouvernements de Netanyahu, était dirigée par la ministre des Transports Miri Regev, membre fidèle du Likud.

« Vous êtes un héros d’Israël, vous êtes un héros de l’Inde, et vous êtes un héros du monde entier », a déclaré Netanyahu à Machchhar. « Et je peux vous assurer que les gens d’ici vous accueilleront à bras ouverts. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre Yaniv Hayun, l’un des Israéliens qui ont contribué à maîtriser un copilote de flydubai qui aurait tenté de faire s’écraser un avion transportant uniquement des Israéliens, à l’arrivée des passagers à l’aéroport Ben Gurion, le 30 septembre 2026. (Crédit : Kobi Gideon/Service de presse du gouvernement)

Pour sa part, Yaniv Hayun, le plombier qui a permis d’empêcher le vol 1073 de s’écraser après l’agression de Machchhar, a livré son propre récit détaillé du chaos qui régnait à bord de l’avion.

S’adressant à la chaîne N12, Hayun a raconté s’être précipité vers le cockpit, après avoir entendu des cris annonçant qu’une personne avait été poignardée, avant d’être projeté au sol par les violentes secousses de l’appareil.

« J’ai réussi à me lever lorsque l’avion s’est un peu stabilisé », se souvient Hayun. « Je me suis alors dirigé vers la porte [du cockpit]. Un membre d’équipage se tenait là, apparemment un pilote – il portait une chemise blanche… Je l’ai écarté et j’ai ouvert la porte. Il n’a pas opposé de résistance. J’ai eu un peu de mal [à ouvrir] car le pilote indien était allongé sur la porte. Le terroriste était penché en avant, les genoux posés sur les commandes, entre les sièges des pilotes. Il essayait de détruire les équipements. »

Hayun a alors saisi al-Hammami par le col et l’a écarté, après quoi d’autres Israéliens ont réussi à le ligoter.

Après avoir éloigné le terroriste du cockpit, Hayun a indiqué avoir regardé par le hublot et avoir constaté que l’avion se dirigeait vers le sol, même si « la direction n’était pas très raide ».

Il a attrapé les commandes et a réussi à stabiliser l’appareil jusqu’à ce que, quelques secondes plus tard, l’un des pilotes présents à bord, qui n’était pas en service, prenne le relais. Hayun s’était auparavant souvenu avoir appris comment redresser un avion en regardant une émission de télévision consacrée aux catastrophes aériennes.

« Je suis retourné vers le terroriste. Un peu plus tard, nous l’avons frappé pour qu’il cesse de résister », a ajouté Hayun.

Selon Hayun, les passagers sont restés méfiants envers les autres membres de l’équipage après l’attaque, ne sachant pas si certains d’entre eux étaient liés à al-Hammami, et les ont surveillés de près pendant le reste du vol.

Des passagers descendent d’un avion de la compagnie flydubai transportant des voyageurs israéliens, qui se trouvaient auparavant à bord d’un autre vol victime d’une tentative d’attentat terroriste, à l’aéroport Ben Gurion, le 30 septembre 2026. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

L’attaque aurait révélé une défaillance « colossale » du dispositif de sécurité israélien

Al-Hammami, qui aurait déjà été interdit de vol par la compagnie aérienne nationale d’Oman en raison de craintes quant à sa radicalisation, avait voyagé à plusieurs reprises à bord d’appareils de flydubai sur la ligne Dubaï-Tel Aviv avant de tenter de faire s’écraser le vol 1073, a rapporté samedi la chaîne N12.

Les autorités israéliennes enquêteraient pour déterminer s’il avait emprunté ce même itinéraire dans les jours ayant immédiatement précédé l’attaque terroriste.

Flydubai avait communiqué aux autorités israéliennes les noms des membres de l’équipage, notamment celui d’Al-Hammami, avant le vol de mercredi ; aucun d’entre eux n’avait suscité de craintes en matière de sécurité, a indiqué N12.

Israël ignorait qu’al-Hammami avait été interdit de vol par son ancien employeur, Oman Air, en raison de craintes liées à sa radicalisation. Selon la chaîne, le ministère des Transports ne supervise pas la vérification des antécédents des pilotes par les compagnies aériennes étrangères, comme l’exige la loi. Le Shin Bet et le Mossad, quant à eux, ne procèdent pas à leurs propres vérifications. Le ministère a confirmé samedi dans la soirée qu’il ne procédait pas à de tels contrôles.

Des sources sécuritaires anonymes ont qualifié cet échec de « gigantesque faille de sécurité » : selon elles, al-Hammami préparait cette attaque depuis un certain temps, sans qu’Israël ne dispose « de la moindre information à son sujet ».

Samedi, les enquêteurs israéliens n’avaient toujours pas pu interroger al-Hammami, qui fait l’objet d’une enquête aux Émirats arabes unis. Ils s’appuient donc sur les éléments fournis par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, pays où il a d’abord été placé en détention après l’atterrissage de l’avion, a précisé la chaîne.

N12 a par ailleurs fait savoir qu’Israël, en collaboration avec des autorités étrangères dont l’identité n’a pas été révélée, avait lancé une « course contre la montre » visant à déterminer si d’autres pilotes issus d’États ennemis ou hostiles avaient conduit des avions de compagnies étrangères vers et depuis l’aéroport Ben Gurion depuis l’attaque.

Ces dernières années, des pilotes originaires d’Iran, de Syrie, d’Irak et d’autres États ennemis ont effectué des vols à bord d’avions de ligne étrangers à destination et en provenance d’Israël, a indiqué la chaîne, citant des sources professionnelles anonymes. Ces pilotes auraient la double nationalité, avec un deuxième passeport pouvant avoir été délivré par un État non ennemi.

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