Le directeur de la CCE écarte une fraude électorale généralisée ; le Shin Bet évoque une enquête « limitée »

L'agence de sécurité intérieure souligne que les soupçons d’ingérence étrangère restent à prouver et ne visent pas l’ensemble des électeurs arabes ; la police juge infondées les accusations du Likud

Dean Livne, directeur général par intérim de la commission centrale électorale, faisant le point sur le taux de participation à 20 h, le jour des élections en Israël, le 27 octobre 2026. (Crédit : CCE)

Jeudi, Dean Livne, le directeur général par intérim de la commission centrale électorale (CCE), a rejeté les allégations de fraude généralisée lors du scrutin de mardi, les qualifiant d’infondées, malgré les affirmations du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de ses alliés selon lesquelles l’élection aurait été « volée ».

L’agence de sécurité intérieure du Shin Bet a également précisé que son enquête sur l’ingérence étrangère dans le scrutin était « de portée limitée » et ne reposait sur aucune information fournie par un acteur politique.

« Les élections à la Knesset se sont déroulées dans le respect de la loi. L’intégrité du scrutin dans les bureaux de vote a été rigoureusement préservée et, à notre connaissance, rien ne vient étayer les allégations de violations systématiques de l’intégrité électorale », a écrit Livne dans une lettre adressée au député Vladimir Beliak (Yesh Atid), membre de la CCE.

Cette lettre intervient dans un contexte de tempête politique, depuis que le président de la CCE, le juge Noam Sohlberg, a demandé jeudi matin au chef du Shin Bet, David Zini, d’enquêter sur des soupçons d’ingérence étrangère. Il a indiqué que des « soupçons sérieux » avaient été portés à son attention concernant une influence indue exercée par le biais de financements fournis par des entités étrangères agissant à l’encontre des intérêts israéliens.

Ces allégations concerneraient notamment le Qatar, qui aurait fourni des fonds pour stimuler la participation électorale des électeurs arabes, ce que l’émirat du Golfe a nié.

Sohlberg a souligné qu’il ne pouvait attester du bien-fondé de ces soupçons et a demandé au Shin Bet de déterminer si des preuves les confirmaient ou les infirmaient. Livne a déclaré que la demande de Sohlberg portait sur des renseignements classifiés qui justifiaient un examen plus approfondi, et que ces informations n’avaient pas encore été vérifiées.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, chef du Likud, salue depuis le quartier général électoral du Likud à Jérusalem, après les élections, dans la nuit du 28 octobre 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Malgré cette incertitude, Netanyahu et ses alliés se sont emparés de ces allégations pour affirmer que le scrutin de mardi, au cours duquel la coalition a perdu sa majorité à la Knesset tandis que les partis arabes ont remporté un nombre record de sièges, était illégitime.

Les dirigeants des partis arabes ont rétorqué que ces affirmations étaient racistes, tandis que Gadi Eisenkot, le principal candidat de l’opposition, a averti que Netanyahu pourrait utiliser ces allégations pour retarder la prestation de serment de la nouvelle Knesset.

Dans un communiqué publié plus tard dans la journée de jeudi, le Shin Bet a minimisé la portée de ces allégations. Il a démenti les informations selon lesquelles il n’aurait pas informé les autorités électorales des renseignements dont il disposait et il a rejeté l’affirmation selon laquelle ces allégations délégitimaient le vote arabe.

Il a précisé que les informations à l’origine de la suspicion d’ingérence électorale provenaient de renseignements qu’il avait recueillis concernant une influence étrangère, et non « d’un quelconque parti politique ou acteur politique, quel que soit son bord politique ».

L’agence de sécurité intérieure a indiqué avoir communiqué ces informations à Sohlberg avant le jour du scrutin ; il était la seule personne extérieure au Shin Bet à y avoir eu accès avant la fin du vote.

Le service de sécurité intérieure a également souligné que l’enquête était « ciblée et de portée limitée, et qu’elle ne jette pas le discrédit ni n’accuse l’ensemble d’un secteur qui s’est rendu aux urnes de manière démocratique et légale ».

« Seuls ceux qui ont agi en violation de la loi feront l’objet de poursuites », a déclaré le Shin Bet.

L’agence de sécurité intérieure a ajouté que l’enquête n’était pas encore terminée et a précisé que « toute déclaration concernant le contenu ou la nature des soupçons ne reflète pas la position de l’agence ». Le Shin Bet a indiqué que les conclusions seraient présentées à Sohlberg à l’issue de l’enquête, le décrivant comme « le décideur habilité en la matière ».

Le député israélien Mansour Abbas, chef du parti Raam, votant aux côtés de sa famille lors des élections législatives israéliennes dans un bureau de vote à Maghar, en Israël, le 27 octobre 2026. (Crédit : Mahmoud Illean/AP Photo)

L’agence a également confirmé que Zini avait rencontré Netanyahu, Eisenkot et le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, la veille, afin de les informer personnellement des principaux soupçons faisant l’objet de l’enquête. Elle a précisé que ces réunions s’étaient tenues avec l’accord de Sohlberg et à sa demande.

Auparavant, le Likud avait déclaré qu’il fournissait à la police, au Shin Bet et à la CCE des « centaines de témoignages » et d’autres éléments de preuve, notamment des allégations de distribution d’argent liquide en échange de bulletins de vote de Raam, de double vote et de divergences entre le nombre d’électeurs et celui des enveloppes de vote.

Jeudi, les médias israéliens ont rapporté que le Likud estimait que le Qatar et la Turquie étaient à l’origine des fonds qui auraient été transférés à des organisations œuvrant pour accroître la participation électorale arabe.

Le chef du Shin Bet a déclaré le jour du scrutin que le vote s’était déroulé « dans les règles »

Cette déclaration de l’agence de sécurité intérieure fait suite à un reportage diffusé plus tôt par la chaîne N12.

Ce reportage affirmait que le Shin Bet disposait de renseignements concernant une éventuelle ingérence électorale avant le scrutin de mardi, mais n’en avait pas informé l’ensemble de la CCE, ni avant ni pendant le jour du scrutin.

La chaîne a noté que les deux instances avaient tenu une réunion d’évaluation mardi, alors que le scrutin était en cours, et que Zini n’avait fait aucune mention de ces prétendues préoccupations devant l’ensemble de la CCE. N12 a indiqué que des sources juridiques anonymes s’étaient interrogées sur les raisons pour lesquelles, s’il y avait des préoccupations sérieuses, celles-ci n’avaient pas été soulevées le jour du scrutin.

Mardi, Zini a visité le Commandement du Centre de la CCE et a déclaré que les élections se déroulaient bien.

Le président de la commission centrale électorale, Noam Sohlberg, juge à la Cour suprême, visitant une imprimerie à Kiryat Gat où sont imprimés les bulletins de vote en vue des élections du 5 octobre 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Le taux de participation est élevé, et nous pouvons affirmer en toute confiance aux citoyens d’Israël que les élections sont surveillées et menées de manière correcte et exemplaire », avait-il déclaré après avoir visité les locaux.

Jeudi, la Treizième chaîne a rapporté que deux sources officielles liées à cette affaire avaient confirmé que le Shin Bet disposait de renseignements concernant la possibilité de transferts d’argent illégaux avant les élections.

Selon ce reportage, des responsables de la CCE ont déclaré que l’agence de sécurité intérieure avait participé à toutes les analyses de situation au cours des jours précédant le scrutin, mais qu’elle n’avait pas informé l’ensemble de la CCE de ces soupçons ou de ces renseignements.

Si ces informations avaient été transmises, selon le reportage, le Shin Bet aurait été invité à intervenir en temps réel pour empêcher toute ingérence et une enquête aurait été autorisée avant les élections.

Le directeur du Shin Bet, David Zini, lors de Yom HaZikaron, au cimetière militaire du mont Herzl, à Jérusalem, le 21 avril 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash 90)

« La question qui se pose naturellement est la suivante : comment est-il possible que le service ait disposé, avant les élections, de renseignements solides, censés être fracassants, sans pour autant demander à intervenir ou à ouvrir une enquête avant le scrutin ? », a déclaré un responsable.

La police affirme que les allégations de « vol » des élections sont sans fondement

Par ailleurs, la police a réfuté les allégations plus générales de fraude formulées par le Likud. Une source policière a déclaré aux médias israéliens que la journée électorale s’était déroulée avec « très peu d’incidents irréguliers » concernant l’intégrité du scrutin et qu’il n’existait « aucune preuve issue d’une enquête ou de renseignements » étayant les allégations selon lesquelles l’élection aurait été « volée ».

Eisenkot a accusé Netanyahu de tenter de délégitimer l’élection et a mis en garde contre l’utilisation de l’enquête sur l’ingérence étrangère pour retarder la publication des résultats ou la prestation de serment de la prochaine Knesset.

Montage photo (de gauche à droite) : Mansour Abbas, chef du parti Raam, s’exprimant à Sakhnin ; Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, s’exprimant à Tel Aviv ; le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprimant à Jérusalem après la publication des résultats des sondages à la sortie des urnes, le soir des élections, le 27 octobre 2026. (Crédits : Michael Giladi/Flash90 ; Jack Guez/AFP ; Ohad Zwigenberg/AP Photo)

Il a appelé à une enquête « impartiale, approfondie et immédiate » sur toute implication étrangère, tout en affirmant qu’il était inacceptable d’utiliser une enquête inachevée « pour remettre en cause les résultats officiels des élections ».

Le bloc de Netanyahu devrait remporter 53 sièges, et le bloc d’opposition d’Eisenkot 48, tous deux loin de la majorité de 61 sièges requise à la Knesset, qui en compte 120. Raam, dirigé par des Arabes, et la Liste arabe unie détiennent ensemble un nombre record de 19 sièges.

read more: