Le Drian : la loi polonaise sur la Shoah est « malvenue »
Washington s'est également montré 'déçu' par la signature de la loi qui vise à interdire toute expression attribuant des crimes nazis à la Pologne
La loi polonaise sur la Shoah, qui vise à interdire toute expression attribuant des crimes nazis à la Pologne, est « malvenue » et « condamnable », a déclaré mercredi le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian.
Cette loi, qui vise à défendre la Pologne contre ceux qui lui attribuent les crimes nazis, a déjà provoqué des remous notamment en Israël et aux Etats-Unis. Elle prévoit trois ans de prison pour les personnes, y compris les étrangers, qui accusent « contrairement aux faits » la nation ou l’Etat polonais de participation aux crimes de l’Allemagne nazie.
Le président Duda a signé mardi la loi, tout en demandant au Tribunal constitutionnel de vérifier sa conformité avec la loi fondamentale.
« Cette loi est malvenue, il ne faut pas réécrire l’Histoire, ce n’est jamais très bon et il faut surtout s’arc-bouter à la mémoire de la Shoah, la diffuser partout, régulièrement, systématiquement », a déclaré M. Le Drian sur la chaîne BFMTV et la radio RMC.
« Tout élément qui pourrait venir pervertir cette mémoire est négatif », a-t-il poursuivi, en qualifiant de « posture condamnable » le vote de la loi en Pologne.
Interrogé sur ce que l’Union européenne pourrait entreprendre contre ce texte, Jean-Yves Le Drian a estimé que la « pression morale sera suffisamment forte ». « Enfin je l’espère », a-t-il ajouté.
« J’espère aussi que le peuple polonais saura se raviser et faire en sorte qu’aux prochaines échéances, il sorte de ce carcan qui lui est imposé par des options nationalistes tout à fait regrettables », a déclaré le ministre français.
De leur côté, les Etats-Unis ont exprimé mardi leur « déception » après la signature, par le président polonais Andrzej Duda, d’une loi controversée sur la Shoah qui « nuit à la liberté d’expression et au débat académique ».
« Nous comprenons que cette loi va être soumise au Tribunal constitutionnel polonais », mais « les Etats-Unis sont déçus par la signature de la loi par le président polonais », a déclaré le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson dans un communiqué.
Pour préserver l’image de la Pologne à l’étranger, les auteurs de cet texte ont voulu en priorité bannir l’expression « camps de la mort polonais ».
« Les Etats-Unis réaffirment que des expressions comme +camps de la mort polonais+ sont douloureuses et susceptibles d’induire en erreur », a ajouté le chef de la diplomatie américaine. Mais « de telles inexactitudes historiques » doivent selon lui « être combattues dans le respect des libertés fondamentales ».
« Nous pensons que le débat d’idées ouvert, les études et l’éducation sont les meilleurs moyens de contrer les discours fallacieux », a-t-il précisé.
Avant la signature de cette loi, le département d’Etat américain avait mis en garde Varsovie, estimant qu’elle risquait d’avoir des « répercussions » sur « les intérêts et relations stratégiques de la Pologne, y compris avec les Etats-Unis et Israël ».
Cette mise en garde n’a pas été répétée dans le communiqué de mardi, dans lequel Rex Tillerson, qui s’est rendu à Varsovie il y a dix jours, réaffirme au contraire que la Pologne est un « allié fort » des Etats-Unis.
comments