Le fait de privilégier la marche n’augmente pas forcément les temps de trajet – chercheur
Le professeur Jonathan Rabinowitz vante les bienfaits de la marche à pied et milite pour que les applis de transport ajoutent des options de trajets à pied plus longs
Un chercheur de l’université Bar-Ilan souhaite que les Israéliens fassent de « petits pas » en faisant au quotidien quelques minutes supplémentaires de marche.
Le professeur Jonathan Rabinowitz, membre de la Weisfeld School of Social Work de Bar-Ilan, s’est entretenu avec The Times of Israel à sa descente du bus, en chemin pour aller voir sa fille, expliquant que le fait de se rendre à pied à son travail ou d’ajouter quelques pas de plus dans ses trajets, était de nature à améliorer la santé sans pour autant rallonger son temps de trajet.
L’étude de preuve de concept, qui fait partie du projet More Walking [NDLT : Marcher Plus] de Rabinowitz, a analysé les itinéraires potentiels de plus de 2 100 employés de l’université Bar-Ilan. En relevant le seuil des distances parcourues à pied dans la phase de planification des trajets, le chercheur a constaté que la plupart des employés pouvaient, à temps de trajet égal, faire en moyenne neuf minutes de marche.
« Cela signifie que vous pouvez partir de chez vous à la même heure, pour arriver au travail à la même heure, tout en faisant davantage de marche entre les deux », explique Rabinowitz, qui est âgé de 67 ans. « C’est un changement tout simple à faire, avec des avantages significatifs. »
De nombreuses applications de transport – Google Maps, Moovit, Efobus ou HopOn – offrent la fonctionnalité « le moins de marche possible », utile pour les personnes avec des problèmes de mobilité.
« C’est très important, bien sûr », assure-t-il. « Mais j’aimerais que les applications de navigation et de planification de trajets ajoutent une fonctionnalité permettant aux utilisateurs qui le souhaitent d’emprunter un itinéraire avec davantage de marche. »
Contrairement à la croyance couramment admise, le fait d’augmenter son temps de marche n’augmente pas nécessairement le temps de trajet, souligne Rabinowitz ; parfois, il le réduit.
Cette étude, récemment publiée dans la publication évaluée par des pairs BMC Public Health, a été dirigée par feu le chercheur de l’Université Bar-Ilan, le Dr Yuval Hadas, et l’étudiant de troisième cycle Dan Katz. Selon les chercheurs, il s’agit là de la première phase d’une initiative nationale destinée à promouvoir la marche grâce à une planification intelligente des modes de transport.
« Nous faisons en sorte de permettre à tout le monde d’apporter de petits changements à leur routine de façon à avoir un effet bien-être », explique Rabinowitz. « Nous encourageons les gens à marcher, ne serait-ce qu’un peu. »
Le fait de marcher 20 minutes peut aider à réduire le risque de décès prématuré.
Selon Rabinowitz, les effets de la marche sur la santé sont « importants ».
Des recherches ont montré qu’une marche rapide de 20 minutes par jour pouvait réduire jusqu’à 25 % le risque de décès prématuré, souligne-t-il.
« Intégrer la marche dans ses trajets quotidiens est un moyen pratique et durable pour augmenter son activité physique, surtout chez ceux qui ont du mal à intégrer l’exercice dans leur emploi du temps chargé », ajoute-t-il.
Certes, il existe des applications de fitness qui suivent ou encouragent l’activité physique, mais selon lui : « Elles ne vous disent pas quel itinéraire emprunter pour aller du point A au point B. »
L’idée à l’origine de cette étude est née de l’expérience de Rabinowitz, lorsqu’il a aidé son fils à se remettre d’une blessure militaire. Son fils avait un trajet d’une heure quarante minutes pour se rendre au cours de codage qu’il suivait pendant sa convalescence.
« Il a découvert qu’en descendant du bus à mi-chemin et en marchant ensuite, ou en marchant davantage en début ou en fin de trajet, il arrivait plus vite à destination », rappelle Rabinowitz. « C’est là que le projet est né. »
Rabinowitz donne des conseils faciles pour augmenter le temps de marche lors des trajets.
« On peut prendre le bus plus loin de chez soi pour augmenter le temps de marche et de ne pas passer trop de temps assis », dit-il. « Il est aussi possible de descendre un arrêt avant et de finir à pied. »
Selon Yossi Saidov, fondateur de l’organisation piétonne Our Streets, qui n’a pas participé à cette étude, l’initiative de Rabinowitz en faveur de la marche via les applis de transport en commun est une « étape nécessaire et saine dans la réalité urbaine dense et polluée d’aujourd’hui ».
« Les bienfaits des transports publics ne commencent pas à bord du bus ou du train, mais dans les pas qui nous y mènent », poursuit Saidov.
« L’intégration intelligente d’informations et de conseils aux applications qu’utilisent les gens a le potentiel de faire de la marche, un mode de transport grandement négligé, un mode de transport légitime et valorisé. »
Il ajoute cependant que les applications « ne suffisent pas. Les autorités locales ont aussi leur part de responsabilité en investissant dans des trottoirs continus, sûrs, ombragés et éclairés, offrant des passages piétons de qualité et des connexions pratiques avec les arrêts de bus ou d’autres modes de transport. Si nous voulons que les gens marchent plus, il faut que la marche soit sûre, agréable et facile. C’est à cela que l’on mesure la qualité des mesures prises par la ville. »
Sarit Spector Turkeniz, secrétaire de direction à la Weisfeld School of Social Work, explique qu’elle prenait auparavant sa voiture pour parcourir les 2,5 kilomètres entre son domicile et son lieu de travail, à l’université, ce qui lui prenait entre 40 à 50 minutes. Quand elle a entendu parler du Projet Marcher Plus, elle a commencé par prendre sa voiture pour faire une partie du trajet et finir à pied avant de passer à un trajet totalement piéton.
« Marcher de chez moi à mon bureau me prend 30 minutes », explique-t-elle au Times of Israel. « Je n’avais jamais envisagé la marche comme un sport avant cela, mais je me sens vraiment mieux. »
Ce projet Marcher Plus lui a donné la motivation qui lui manquait, confie-t-elle, et elle a depuis convaincu deux de ses collègues d’en faire autant.
Selon Rabinowitz, cette étude sur la marche a été menée dans le cadre de son laboratoire de recherche sur le bien-être, qui travaille dans trois domaines : la marche, le sommeil et l’hydratation. Il explique que l’une des études actuelles consiste à donner des conseils pour marcher davantage sur les trajets domicile-travail en utilisant les applis de transport, et à en mesurer les effets.
Cette étude est l’œuvre du Centre israélien de recherche sur les transports intelligents de l’Institut israélien de technologie – le Technion -, soutenue par l’Initiative Smart Mobility des services du Premier ministre et du Conseil pour l’enseignement supérieur. L’objectif est d’ « utiliser les connaissances issues de la recherche pour faire changer les modes de vie », résume Rabinowitz.
« Nous faisons en sorte que les habitudes changent », conclut-il. « C’est exactement ce que je cherche à obtenir, de petits changements au quotidien. »
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