Le Forum des otages condamne la reconnaissance d’un État palestinien avant les libérations
Le groupe qualifie de 'dangereuse' la tendance européenne qui 'compromet la sécurité des otages' et 'revient à récompenser le terrorisme'
Alors qu’un nombre croissant de pays occidentaux ont fait savoir qu’ils pourraient reconnaître rapidement un État palestinien, dans un contexte d’indignation suscitée par la gestion du conflit de Gaza de la part d’Israël, des familles d’otages encore détenus dans la bande de Gaza, ainsi qu’une ancienne captive israélo-britannique, ont condamné ces initiatives dans la journée de mercredi, déplorant une récompense « honteuse » offerte au Hamas.
Cette dénonciation, qui a fait écho à la rhétorique qui a été employée par l’ensemble de l’échiquier politique israélien, a eu lieu après que le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a déclaré mardi, lors d’une conférence des Nations unies, que son pays pourrait reconnaître un État palestinien au mois de septembre – à moins qu’Israël ne prenne des mesures pour mettre un terme à la guerre à Gaza et pour relancer le processus de paix.
Le Royaume-Uni a suivi la France, qui a annoncé qu’elle reconnaîtrait un État palestinien lors de l’Assemblée générale des Nations unies, au mois de septembre.
La France n’a pas posé de conditions préalables à cette démarche.
Après le Royaume-Uni, d’autres pays occidentaux ont déclaré qu’ils envisageaient de suivre le même mouvement : Andorre, l’Australie, le Canada, la Finlande, le Luxembourg, la Nouvelle-Zélande, le Portugal, Saint-Marin, Malte et la Slovénie. Dans le même temps, la Ligue arabe a apporté son soutien à un plan visant à relancer la solution à deux États.
« La reconnaissance d’un État palestinien alors que le Hamas détient encore 50 otages n’est pas un pas en avant vers la paix, c’est une violation flagrante du droit international et une dangereuse violation morale et politique qui confère une légitimité à d’horribles crimes de guerre », a fait savoir le Forum des familles d’otages et de portés-disparus dans un communiqué.
« Si la communauté internationale souhaite réellement la paix, elle doit rejoindre les efforts des États-Unis en exigeant d’abord la libération de tous les otages, puis la fin des combats », a ajouté le communiqué. Le Forum, qui représente la majorité, mais pas la totalité, des proches de captifs, prône la conclusion d’un accord avec le Hamas qui permettrait à tous les otages de recouvrer la liberté en échange de la fin de la guerre et de la libération des prisonniers palestiniens, incarcérés au sein de l’État juif pour atteinte à la sécurité nationale.
« L’enlèvement d’hommes, de femmes et d’enfants, détenus contre leur gré dans des tunnels où ils subissent la faim, des violences physiques et des abus psychologiques, ne peut et ne doit servir de fondement à la création d’un État, » a poursuivi le communiqué.
« Reconnaître un État palestinien avant la libération des otages restera gravé dans l’Histoire comme une légitimation scandaleuse et antisémite du terrorisme en tant que moyen d’obtenir des objectifs politiques », ajoute le forum. « La première étape essentielle pour garantir un avenir meilleur à tous les peuples doit être la libération de l’ensemble des otages, dans le cadre d’un accord unique et global ».
La déclaration faite par les familles des otages, dont beaucoup critiquent souvent le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, reflète le point de vue exprimé par Jérusalem sur cette initiative.
Les responsables israéliens se sont opposés à l’unanimité à ce que des pays reconnaissent unilatéralement un État palestinien, arguant que cela encouragerait le terrorisme et que cela priverait Israël d’un moyen de pression dans le cadre des efforts déployés pour garantir le rapatriement des otages.
L’ex-otage israélo-britannique Emily Damari, qui avait été enlevée par des terroristes le 7 octobre 2023 et qui avait été relâchée au mois de janvier dans le cadre d’un accord qui avait été finalisé avec le Hamas après 471 jours passés à Gaza, a exprimé sa colère sur Instagram.
« Je suis profondément attristée par la décision du Premier ministre Starmer de reconnaître le statut d’État palestinien. Cette décision ne fait pas avancer la paix – elle risque de récompenser la terreur. Elle envoie un message dangereux : celui que la violence gagne en légitimité », a-t-elle écrit en anglais.
Dans un autre message, elle a écrit : « Le Premier ministre Starmer ne se place pas du bon côté de l’Histoire. S’il avait été au pouvoir pendant la Seconde Guerre mondiale, aurait-il promu la reconnaissance du contrôle exercés par les nazis sur des pays occupés, comme la Hollande, la France ou la Pologne ? Ce n’est pas de la diplomatie, c’est un échec moral. Honte à vous, Monsieur le Premier ministre !!!!!!! »
Le Royaume-Uni s’est opposé aux critiques israéliennes. La ministre britannique des Transports, Heidi Alexander, qui avait été désignée par le gouvernement pour répondre aux questions lors d’une série d’entretiens avec les médias, a déclaré que « récompenser le terrorisme » n’était pas une bonne manière de caractériser le plan britannique.
« Il ne s’agit pas d’une récompense pour le Hamas. Le Hamas est une ignoble organisation terroriste qui a commis des atrocités épouvantables. Il s’agit du peuple palestinien. Il s’agit de ces enfants que nous voyons à Gaza et qui meurent de faim », a-t-elle déclaré au micro de la station de radio LBC.
« Nous devons accroître la pression sur le gouvernement israélien pour qu’il lève les restrictions afin que l’aide puisse être acheminée à Gaza », a-t-elle ajouté.
Starmer a annoncé mardi que le Royaume-Uni reconnaîtrait un État palestinien au mois de septembre – à moins que le gouvernement israélien ne prenne des mesures substantielles pour mettre un terme à la guerre et à la crise humanitaire à Gaza, et qu’il ne remplisse plusieurs autres conditions, notamment en s’engageant à nouveau en faveur d’un processus de paix viable avec les Palestiniens.
Dans son annonce, le dirigeant britannique a souligné que la reconnaissance d’un État palestinien ne revenait pas à reconnaître le Hamas comme un acteur légitime.
Alors qu’il lui était demandé si la reconnaissance était subordonnée à la libération des otages, Alexander a répondu que le gouvernement réexaminerait la question de la reconnaissance au mois de septembre et que la Grande-Bretagne affirmait depuis longtemps que le Hamas devait relâcher les otages.
L’annonce du Royaume-Uni est intervenue quelques jours après que la France a annoncé, sans poser de conditions préalables, qu’elle reconnaîtrait un État palestinien lors de l’Assemblée générale des Nations unies au mois de septembre et qu’elle a exhorté les autres pays à faire de même.
Mardi, les ministres des Affaires étrangères de plusieurs pays occidentaux qui n’avaient pas encore reconnu l’existence d’un État palestinien ont fait savoir dans une déclaration commune qu’ils envisageaient désormais de le faire.
Dans le même temps, les pays arabes ont signé un projet plus critique à l’égard d’Israël pour une solution à deux États, tout en condamnant le pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2023, et en appelant le groupe terroriste à libérer ses otages, à désarmer et à mettre fin à sa domination sur Gaza. Cela a été la première fois que l’ensemble de la Ligue arabe a lancé de tels appels.