Le Guardian, qui aurait justifié l’attaque d’une boulangerie fondée par des Israéliens, crée un tollé
Selon le quotidien britannique, la nouvelle boutique de Gail's, qui a été attaquée par des militants anti-Israël, serait une forme 'd'agression' en raison de sa proximité avec un café appartenant à des Palestiniens
JTA — Une chronique du Guardian qui a semblé justifier l’attaque d’une célèbre boulangerie fondée par des Israéliens a suscité la controverse au sein de la communauté juive britannique.
Cet article publié en date du 14 mars et qui a été écrit par le journaliste sportif et culturel Jonathan Liew a été rédigé quelques jours après la mise à sac, à plusieurs reprises, de la nouvelle boutique de la chaîne Gail’s, située dans le nord de Londres. La vitrine a notamment été brisée et des slogans pro-palestiniens ont été peints en rouge sur la devanture.
Le Board of Deputies of British Jews a dénoncé cet acte de vandalisme, affirmant que le fait de « s’en prendre à une entreprise en raison de ses liens présumés avec Israël et/ou avec des Juifs est un phénomène très préoccupant. »
Liew a qualifié l’expansion de la chaîne de boulangeries de forme « d’agression », sous-entendant que son ouverture à proximité d’un café appartenant à des Palestiniens était intrinsèquement provocante.
Les critiques, à commencer par les médias juifs britanniques, dirigeants communautaires et commentateurs en ligne, ont reproché à Liew de justifier l’attaque d’une entreprise qui, selon eux, prise pour cible en raison de la nationalité israélienne de ses fondateurs.
La chaîne Gail’s avait été fondée dans les années 1990 par une Israélienne, Gail Mejia : c’était à l’époque un grossiste. Avec un partenaire israélien, elle avait ouvert une boulangerie de détail en 2005. En 2021, l’entreprise, qui compte aujourd’hui près de 200 magasins, avait été rachetée par la société d’investissement américaine Bain Capital.
« Nous sommes une entreprise britannique dénuée de tout lien avec un pays ou un gouvernement si ce n’est le Royaume-Uni », a déclaré le porte-parole de Gail’s au Jewish News. « Pour l’heure, notre priorité est de travailler avec les autorités et de faire en sorte que notre communauté se sente en sécurité et soutenue. »
L’article du Guardian dit effectivement que la boulangerie appartient à Bain – tout en laissant toutefois entendre que la société d’investissement « a investi de grosses sommes d’argent dans les technologies militaires, notamment dans des sociétés de sécurité israéliennes. »
En conséquence, écrit Liew, « sa simple présence à 20 mètres d’un petit café palestinien indépendant semble symbolique, une agression manifeste dans la rue très courue de High Street.
Des manifestants pro-palestiniens avaient manifesté contre l’ouverture de la boulangerie quelques jours avant les actes de vandalisme.
Selon les déclarations faites au Daily Mail par le porte-parole de l’ambassade d’Israël au Royaume-Uni, l’article de Liew a été « un surprenant cas de sectarisme déguisé en commentaire moral ».
« Sous sa surface se cache un trope bien connu, et des plus laids, un préjugé antisémite qui a été remis au goût du jour dans un langage politique à la mode », a déclaré Alex Grandler.
Le débat, par messages enflammés interposés sur les réseaux sociaux, a illustré les inquiétudes des entreprises juives de Grande-Bretagne, qui sont devenues susceptibles de passer pour des mandataires lors des différends au Moyen-Orient.
En 2025, le Community Security Trust, plus importante organisation britannique de surveillance de l’antisémitisme, a enregistré 20 cas de vandalisme à l’encontre d’entreprises et d’organisations juives.
« Dans le jeu de miroirs moral du Guardian, le fait de démolir une boutique fondée par des Juifs n’est rien de plus qu’une crise politique mineure », a écrit Richard Ferrer, rédacteur en chef de Jewish News, dans une de ses chroniques.
Dans l’article du Guardian, Liew affiche de la sympathie à l’égard du café appartenant aux Palestiniens, le Cafe Metro. Il affirme que l’établissement est visé par des « militants pro-Israël » qui « viennent régulièrement y coller des autocollants disant ‘Arrêtez de tuer des gens’ et ‘Un de ces jours, vous nous remercierez.’ »
Et lorsqu’il évoque les vitrines brisées de Gail, il les qualifie de « petits actes symboliques mesquins » qu’explique la frustration palestinienne, privés d’influence sur le débat israélo-palestinien.
Hadley Freeman, ex-chroniqueuse du Jewish Chronicle qui signe aujourd’hui une chronique dans le Times, a dénoncé le manque d’équité de Liew.
« Que je comprenne bien » a-t-elle écrit sur X. « 1. L’activisme mesquin contre un café appartenant à des Palestiniens est une mauvais chose (on est d’accord !) 2. En revanche, l’activisme *violent* contre un café que les gens associent (à tort !) à Israël est justifié et compréhensible. »
« Il faudrait faire preuve de cohérence ! » a-t-elle ajouté.
CAMERA UK, groupe de surveillance de la couverture médiatique d’Israël, a déclaré avoir contacté le Guardian pour savoir si la chronique de Liew était conforme à ses « règles éditoriales ».
« Nous connaissons la réponse, mais nous attendons de voir comment ils vont justifier les propos de Liew favorables à l’antisémitisme », a déclaré CAMERA dans un communiqué.
Un porte-parole du Guardian a apporté une brève réponse au Daily Mail. « Les plaintes concernant le journaliste du Guardian sont en cours d’examen par le rédacteur en chef en charge des relations avec les lecteurs, qui agit en toute indépendance et applique le code éditorial et les directives du Guardian », a déclaré le porte-parole.
La controverse a traversé l’Atlantique. « Bon sang — Gail’s n’est qu’une boulangerie ! » a écrit sur X Patricia Heaton, actrice et militante politique conservatrice. Elle a ajouté qu’elle « ignorait jusque là qu’elle avait un lien avec Israël ou le peuple juif. Mais maintenant que je le sais, ça me donne envie de la soutenir. »
Il y a eu peu de prises de positions officielles en faveur de cet article si ce n’est des militants pro-palestiniens en ligne pour lesquels Liew n’a fait que décrire les motivations des manifestants, sans pour autant approuver les actes de vandalisme.
Liew n’a pas répondu aux critiques que lui ont valu sa chronique mais il a épinglé l’article sur son compte Bluesky, sur les réseaux sociaux, assorti du message « la guerre à la maison ».