Le Hamas pense qu’Israël voudra mettre vite fin au conflit ; il peut se tromper
Le groupe terroriste a eu son 'heure de gloire' mais n'a pas de plan de sortie aux violences qu'il a déclenchée, et Netanyahu pourrait ne pas mettre fin aux ripostes de Tsahal
Lundi à 18 heures, le Hamas a choisi de se lancer dans une mésaventure stupide et arrogante. Il pourrait marquer des points auprès de l’opinion publique arabe, y compris en Cisjordanie et dans la région au sens large, mais la bande de Gaza en paiera le prix fort et, à mesure que le nombre de morts à Gaza augmente, il est peu probable que le Hamas y gagne en réputation.
Un peu comme dans le cas du Hezbollah en 2006, le Hamas part du principe que les dirigeants israéliens voudront mettre fin à cette série de combats aussi rapidement que possible. C’est ce que l’expérience des gouvernements Netanyahu lui a appris. Au fil des ans, le Premier ministre a créé une réalité presque surréaliste dans laquelle Israël a essentiellement fait beaucoup pour permettre au Hamas de conserver son autorité sur Gaza, notamment en autorisant la distribution par le Qatar de fonds destinés à soulager une partie de la pauvreté aiguë de la bande, tandis que le Hamas, pour sa part, a généralement évité de franchir les lignes rouges dans ses relations avec Israël.
Mais lundi, le Hamas a brisé le statu quo, ayant déterminé que les avantages de cette action l’emportaient sur les coûts. Il compte être présenté comme le défenseur de Jérusalem et de la mosquée Al-Aqsa, le restaurateur de l’honneur palestinien perdu, tandis que l’Autorité palestinienne rivale aura l’air particulièrement ridicule. Mais le Hamas, qui a lancé l’incitation concernant Jérusalem ces dernières semaines, l’a maintenue et a réussi à mettre le feu à la ville, est allé un peu trop loin.
Lorsque son « ultimatum » absurde à Israël de se retirer avant 18 heures de Sheikh Jarrah et du complexe du mont du Temple a expiré, il a obtenu les images de victoire souhaitées : Le barrage de roquettes qu’il a tiré sur Jérusalem a provoqué l’évacuation des députés de la plénière de la Knesset et a interrompu la marche des drapeaux de Jérusalem.
Mais la véritable nature de la victoire est encore loin d’être déterminée. Le Hamas n’a pas de plan de sortie, si ce n’est qu’il se fie à l’intuition de commandants tels que Yahya Sinwar et Mohammed Deif selon laquelle Israël voudra mettre fin rapidement à ce conflit. La personne qui a pris la décision de tirer ces roquettes ne semble pas avoir réfléchi à la question, et cela ressemble à une erreur de calcul. Un conflit prolongé contre le Hamas pourrait en fait donner au gouvernement Netanyahu l’oxygène dont il a besoin pour torpiller la mise en place d’une coalition du « bloc du changement » s’appuyant sur le parti arabe islamiste Raam.
À quoi pensaient exactement Deif et ses collègues lorsqu’ils ont décidé de gâcher l’Aïd al-Fitr, la fête de la fin du mois sacré du Ramadan, pour les deux millions d’habitants de Gaza ? Apparemment, pas à grand-chose. Mais il est clair que les considérations politiques étroites des dirigeants du Hamas l’emportaient sur les intérêts de la population de Gaza. Le bruit des foules de jeunes Palestiniens sur le mont du Temple criant « Deif, fais sauter Tel Aviv » est apparemment monté à la tête du commandant du terrorisme ; après tant d’années dans l’ombre, il semble avoir laissé son ego prendre le devant de la scène.
Deux dernières remarques.
Premièrement, malgré toute la fureur à Jérusalem, tous les affrontements et les centaines de blessés sur le mont du Temple, le public palestinien de Cisjordanie est resté largement indifférent, déconnecté de Gaza et de Jérusalem, et une troisième Intifada ne semble pas, à ce stade, se profiler à l’horizon.
Une spirale de conflit majeur avec Gaza, en revanche, est une perspective malheureusement plus réaliste.
Deuxièmement, malgré ce qui semble avoir été une décision délibérée du Hamas de s’engager dans une escalade vers un conflit de grande ampleur, le groupe terroriste, après le barrage de 18 heures, et à l’heure où nous écrivons ces lignes, a concentré ses tirs sur les zones israéliennes proches de Gaza, plutôt que sur le centre d’Israël et la région de Jérusalem – ce qui indique une volonté d’éviter de compliquer davantage la situation. Pendant ce temps, l’Égypte, l’ONU et tous les acteurs habituels tentent déjà de mettre fin au conflit.
La question est de savoir si Netanyahu est motivé pour y mettre fin à ce stade, alors que l’escalade du Hamas de lundi a déjà provoqué l’arrêt des négociations entre Raam, Yair Lapid et Naftali Bennett sur la mise en place d’un gouvernement du « bloc du changement ».
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