Le Hezbollah reconnaît être propriétaire du camion chargé d’explosifs qui a été saisi
Selon un député du groupe terroriste, les explosifs devaient être utilisés contre les forces israéliennes ; il demande la restitution du matériel confisqué par les autorités
BEYROUTH — Un responsable du Hezbollah a reconnu jeudi que le camion chargé d’explosifs qui avait été saisi la semaine dernière par les autorités libanaises appartenait bien au groupe terroriste. Il a précisé que ces explosifs étaient destinés à être utilisés contre les forces israéliennes déployées dans le sud du Liban.
Le camion, qui a été intercepté à un poste de contrôle sur l’autoroute reliant Beyrouth à la vallée de la Bekaa, dans l’est du pays, transportait 780 kilogrammes d’explosifs, dont 250 kilogrammes de TNT et 250 kilogrammes d’explosifs plastiques C-4, ont indiqué des responsables judiciaires.
Deux hommes ont également été arrêtés lors de la saisie du camion, et les autorités libanaises ont ouvert une enquête. Elles ont annoncé que les services de sécurité allaient traquer et poursuivre les autres personnes impliquées dans ce transport.
La nouvelle de cette saisie a suscité de vifs débats publics. Nombreux sont ceux qui accusent le Hezbollah de préparer des assassinats d’opposants politiques nationaux, alors même que le groupe est soumis à une pression croissante pour qu’il dépose les armes.
Le Premier ministre Nawaf Salam a rappelé que des explosifs C-4 avaient été utilisés dans plusieurs « assassinats politiques tristement célèbres de l’Histoire moderne du Liban ».
Dans un communiqué en date de jeudi, Hassan Fadlallah, membre du bloc parlementaire du Hezbollah, a reconnu que le véhicule transportait du matériel destiné au groupe. Il a expliqué que ces explosifs étaient « exclusivement prévus pour être utilisés contre l’occupation israélienne » dans le sud du Liban, et il a qualifié d’« infondées » les allégations qui ont laissé entendre qu’ils devaient servir des projets d’assassinat.
« Il est de notoriété publique que les armes [du Hezbollah] incluent des engins explosifs. C’est un sujet que l’ennemi a fréquemment abordé, et dont il redoute profondément les conséquences », a affirmé ce communiqué – la première prise de position du groupe concernant les explosifs confisqués.
Selon Fadlallah, le Hezbollah aurait demandé aux autorités libanaises de leur remettre la cargaison et de libérer les deux personnes qui avaient été arrêtées.
Cet incident vient souligner les tensions croissantes entre le Hezbollah et le gouvernement libanais.
Pendant des années, le Hezbollah a transporté librement des armes dans certaines régions du Liban. Une situation qui a toutefois changé en mars, lorsque le gouvernement libanais a déclaré « illégales » toutes les activités militaires menées par le groupe terroriste chiite à la solde de l’Iran.
Une décision qui est intervenue quelques heures après que le Hezbollah a ouvert le feu à l’aide de roquettes sur des localités du nord d’Israël, des tirs qui ont déclenché une guerre dans laquelle près de 4 000 personnes ont trouvé la mort au Liban, et qui a conduit les forces israéliennes à occuper une vaste partie du sud du pays, déclarée « zone de sécurité ». Le groupe a tiré ces roquettes deux jours après qu’Israël et les États-Unis ont lancé une guerre contre l’Iran, principal soutien du Hezbollah.
Le Hezbollah a refusé de reconnaître la décision gouvernementale interdisant sa branche armée, que Fadlallah a qualifiée de « nulle et non avenue » dans son communiqué.
La principale voie d’approvisionnement en armes du groupe via la Syrie a été coupée lorsque son allié, le président de l’époque Bachar al-Assad, a été renversé à la fin de l’année 2024. Les nouvelles autorités syriennes ont régulièrement annoncé des saisies d’armes le long de leur frontière avec le Liban, destinées selon elles au Hezbollah.
Tout au long de l’année 2025, les forces libanaises ont saisi et détruit des dépôts d’armes du Hezbollah dans le sud du Liban, conformément au plan du gouvernement qui visait à mettre toutes les armes sous le contrôle de l’État. Mais cette feuille de route a été suspendue lorsque la nouvelle guerre a éclaté.
Dans le cadre d’un accord conclu cette année à l’issue de pourparlers entre le Liban et Israël, menés sous l’égide des États-Unis, Beyrouth s’est engagée à désarmer le Hezbollah, en échange du retrait progressif des troupes israéliennes du Liban.
Mais le Hezbollah refuse de procéder à ce désarmement tant que les forces israéliennes resteront sur le sol libanais. Israël, quant à lui, continue de mener des frappes dans tout le sud du Liban, invoquant des violations de l’accord par le Hezbollah.