Le Likud s’en prend à un journaliste, auteur d’un reportage sur l’affaire 4 000
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Le Likud s’en prend à un journaliste, auteur d’un reportage sur l’affaire 4 000

Le partenaire de coalition du Premier ministre, M. Gantz, prend ses distances des propos du parti de Netanyahu selon lesquels "dans un monde normal, Raviv Drucker irait en prison"

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu parle au ministre de la Défense Benny Gantz, alors que les deux hommes portent un masque de protection en raison de la Covid-19 lors du conseil des ministres hebdomadaire à Jérusalem, le dimanche 7 juin 2020. (Menahem Kahana/Pool Photo via AP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu parle au ministre de la Défense Benny Gantz, alors que les deux hommes portent un masque de protection en raison de la Covid-19 lors du conseil des ministres hebdomadaire à Jérusalem, le dimanche 7 juin 2020. (Menahem Kahana/Pool Photo via AP)

Le parti du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré qu’un journaliste devrait être emprisonné pour un reportage d’investigation sur une affaire de corruption dans laquelle le Premier ministre est poursuivi par la justice, ce qui a provoqué une prise de distance jeudi du ministre de la Défense Benny Gantz et d’autres membres du gouvernement.

Après la diffusion mercredi de l’émission d’investigation de la Treizième chaîne « HaMakor », le Likud a publié un tweet partagé par Netanyahu accusant le réseau de ne pas avoir demandé au parti ses commentaires ou de diffuser sa réponse à un reportage du journaliste Raviv Drucker.

L’enquête télévisée en question portait sur l’affaire 4 000, dans laquelle le Premier ministre est accusé d’avoir approuvé des mesures réglementaires bénéficiant à l’actionnaire majoritaire de Bezeq Telecom en échange d’une couverture positive du site d’information Walla appartenant au propriétaire de l’entreprise. Netanyahu, qui nie les méfaits, est accusé de corruption, de fraude et d’abus de confiance dans cette affaire.

Le tweet, qui, selon le Likud, constituait sa réponse au reportage, comprenait une déclaration vidéo contre la Treizième chaîne et Raviv Drucker, accusant la « fausse 13 [Treizième chaîne] de censurer la vérité ».

« Raviv Drucker continue ce soir à mener un procès sur le terrain contre le Premier ministre Netanyahu : obstruction aux procédures judiciaires, menaces à l’encontre des témoins de l’État, tout cela dans le but d’essayer de faire pencher l’opinion des juges », dénonce le parti.

Raviv Drucker (Crédit : CC BY SA 3.0/Wikimedia commons)

Le Likud a déclaré que le fait que les autorités n’aient pas arrêté le journaliste et « le laissent courir en liberté avec des fuites et l’extorsion de témoins » a renforcé son affirmation selon laquelle « le jeu est truqué » contre Netanyahu, qui est également accusé dans deux autres affaires.

« Dans un monde normal, Raviv Drucker irait en prison aujourd’hui pour avoir diffusé des fuites criminelles et fait obstruction aux procédures pénales », soutient le parti.

Le Likud a ensuite répété une affirmation régulièrement faite par Benjamin Netanyahu selon laquelle les médias sont là pour « renverser le leader de la droite ».

La déclaration comprenait une photo d’Aviv Drucker en compagnie du chef de l’opposition Yair Lapid et le député Ofer Shelah de son parti Yesh Atid. Les deux responsables politiques sont tous deux d’anciens journalistes.

Benny Gantz et plusieurs de ses alliés de la coalition ont publié des déclarations défendant la liberté de la presse et affirmant que le rôle des journalistes est de surveiller les personnes au pouvoir.

« Ça a toujours été ainsi, c’est ainsi aujourd’hui et ce sera toujours ainsi », a-t-il écrit sur Twitter.

Quant au ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, membre de la formation Kakhol lavan, l’appel « à l’emprisonnement d’un journaliste est scandaleux et inacceptable dans une démocratie ».

Yair Lapid, qui s’est présenté aux dernières élections sous la bannière Kakhol lavan, mais a rompu avec Benny Gantz à cause de sa décision de rejoindre un gouvernement impliquant Netanyahu, a également réagi aux propos du Likud.

« Dans quels régimes un Premier ministre menace-t-il d’envoyer des journalistes en prison ? Mettons les choses au clair : le rôle de Raviv Drucker est d’attaquer le gouvernement et le rôle du gouvernement est de défendre Raviv Drucker pendant qu’il fait son travail », a écrit l’ancien journaliste sur Twitter.

Le député Yair Lapid s’exprime lors d’une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu lui demandant de démissionner, sur la place Rabin à Tel Aviv, le 19 avril 2020. (Tomer Neuberg/Flash90)

Pendant l’émission de mercredi, la Treizième chaîne a diffusé des enregistrements de Shaul Elovitch, actionnaire majoritaire de Bezeq, et de sa femme Iris, discutant avec Ilan Yeshua, qui était le PDG de Walla.

Dans un enregistrement datant de juillet 2015, on peut entendre Shaul Elovitch dire que Benjamin Netanyahu faisait beaucoup de choses pour lui, des choses « que je ne croirais pas… Je pense que je lui dois tout le temps… et je ne le fais pas ».

Shaul Elovitch arrive à l’ouverture du procès du Premier ministre Benjamin Netanyahu au tribunal de Jérusalem. Netanyahu est poursuivi pour corruption, fraude et abus de confiance, le 24 mai 2020. (Crédit : Amit Shabi / Flash90)

Dans un autre enregistrement, Ilan Yeshua se plaint auprès de l’actionnaire d’être « une marionnette » pour Netanyahu et prévient que les reportages bénéficiant à la famille Netanyahu doivent être faits « avec précaution », sinon la direction pourrait faire face à une révolte de la rédaction.

Shaul et Iris Elovitch sont tous deux accusés de corruption dans cette affaire. Ils nient tout méfait.

Deux associations de journalistes et un groupe de bonne gouvernance ont réagi aux déclarations du Likud et du Premier ministre.

L’Association de la presse israélienne affirme que « dans une véritable démocratie, ni le Premier ministre ni personne en son nom ne profère de menaces d’incarcération, explicites ou implicites, à l’encontre des journalistes, même s’ils osent enquêter sur des soupçons le concernant personnellement ».

« C’est toujours le système judiciaire, et lui seul, qui décide des peines de prison ».

L’Union des journalistes en Israël, pour sa part, condamne « l’appel à jeter un journaliste en prison juste pour avoir fait son travail ». « Cette réponse est le franchissement d’une ligne rouge, et pourrait… encourager le préjudice au journaliste, à l’organe de presse pour lequel il travaille et à la liberté de la presse ».

Le Mouvement pour un gouvernement de qualité a également fait part de sa consternation : « Dans un pays normal, un Premier ministre ne menace pas de mettre un journaliste en prison… Nous sommes aux côtés du courageux reporter Raviv Drucker et espérons que les journalistes continueront à défendre leurs principes et à rechercher la vérité ».

Raviv Drucker, quant à lui, a indiqué dans une interview à la radio 103FM qu’en tant que journaliste, il ne fait rien de mal en rapportant les informations qui lui ont été divulguées.

Il affirme que le chef du gouvernement prend une page du livre de jeu de Trump sur la délégitimation des médias. « Netanyahu a renoncé à toute tentative de subtilité ou d’ambiguïté », ajoute-t-il.

Benjamin Netanyahu, les Elovitch et Arnon Mozes – l’éditeur du journal Yedioth Ahronoth qui est accusé de corruption dans une autre affaire impliquant le Premier ministre – ont tous comparu devant le tribunal de district de Jérusalem le mois dernier pour le début du procès.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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