Le maréchal Pétain, de Verdun à Vichy
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Le maréchal Pétain, de Verdun à Vichy

"Un grand soldat" en 14-18, des "choix funestes" en 40-45, selon Macron ; c'est en 1995 que Chirac reconnaîtra la responsabilité de "l’État français" dans les déportations de juifs

Le maréchal Pétain, le 9,juin 1941 à Vichy. (Crédit : AP/Archives)
Le maréchal Pétain, le 9,juin 1941 à Vichy. (Crédit : AP/Archives)

« Un grand soldat » en 1914-18, mais aux « choix funestes » en 1940-45, selon Emmanuel Macron. Quel rôle historique a joué le maréchal Pétain, et quel regard ont porté sur ce personnage encombrant les précédents présidents de la République ?

Quel rôle durant la grande guerre ?

En août 1914, le colonel Pétain a 58 ans et est tout près de la retraite. Devenu général l’année suivante, il va imposer, lors de la terrible bataille de Verdun en 1916, sa conception de la guerre : reculs tactiques, emploi massif de l’artillerie, refus des offensives inutiles. Et créer ainsi sa légende.

En mai 1917, il est nommé commandant en chef des armées françaises et sait redonner confiance aux troupes grâce à quelques succès et à sa prudence.

L’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon, auteur d’une biographie de Pétain (éditions Perrin, 2014), écorne cependant le mythe du héros et du « plus humain des chefs ». Si Pétain économise la vie des soldats, explique-t-elle en substance, ce n’est ni par humanisme ni par compassion, mais parce qu’il dispose de ressources humaines limitées. Pour mater les mutineries de 1917, il améliorera le quotidien du poilu mais continuera de faire fusiller « pour l’exemple ».

Au sortir de la guerre, en novembre 1918, il est maréchal de France et auréolé d’un immense prestige.

Qu’a-t-il fait à partir de 1940 ?

En juin 1940, alors que la défaite sur le sol français est inévitable, le maréchal Pétain est nommé à la tête du gouvernement, et refusant de poursuivre le combat à partir de l’Afrique du nord, il signe un armistice avec l’Allemagne.

L’Assemblée nationale lui vote les pleins pouvoirs le 10 juillet. Devenu chef de l’État, il instaure un régime autoritaire, qui s’installe à Vichy, situé dans la « zone libre », non occupée par les Allemands.

Devançant la demande des nazis, le nouveau pouvoir publie dès le mois d’août les premiers décrets contre les Juifs.

Dans un premier temps, désireux de bonnes relations avec l’Allemagne nazie – il rencontre Adolf Hitler à Montoire en octobre 1940 -, il s’efforce cependant de garder le contact avec la Grande-Bretagne et les États-Unis.

L’entrevue de Montoire, le 3 octobre 1940, entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler (Crédit : wikimedia commons)

En décembre 1940, il renvoie le chef du gouvernement Pierre Laval qui défend une collaboration sans limites avec les nazis et le remplace par l’amiral François Darlan. Mais il ne peut tenir tête longtemps aux pressions des nazis et, sur leur ordre, rappelle Laval en avril 1942. En novembre 1942, les Allemands pénètrent en zone libre et occupent toute la France.

Ne disposant plus de la moindre marge de manœuvres, il laisse se livrer aux pires exactions la Milice du régime et déporter, sans protester, des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, juifs en grande majorité.

En août 1944, il est enlevé par les Allemands qui l’installent à Sigmaringen (Allemagne). En avril 1945, il passe en Suisse et se rend à la justice française pour être jugé.

Condamné à mort, il voit sa peine commuée en détention perpétuelle et meurt en prison à l’île d’Yeu en 1951, à 95 ans.

Comment ont agi les présidents ?

Le général de Gaulle, qui avait servi sous les ordres de Pétain avant la première guerre, devient son ennemi quand il se dresse contre la capitulation en juin 1940.

Charles de Gaulle. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Chef du gouvernement à la Libération, il le graciera en 1945. Président de la République, il refusera le transfert de ses cendres à Verdun, mais fera fleurir sa tombe à l’île d’Yeu le 11 novembre 1968, à l’occasion du cinquantenaire de la fin de la première guerre mondiale.

Un geste que renouvellera chaque année, de 1986 à 1992, un de ses successeurs, François Mitterrand, qui avait reçu en 1943 la francisque, décoration du régime de Vichy, au moment où paradoxalement il rejoignait la Résistance.

Au delà de leur attitude envers Pétain lui-même, les présidents de Gaulle et Mitterrand se retrouveront pour refuser toute légitimité historique au régime de Vichy, qui pour eux ne représente en rien la France de l’époque.

Une attitude avec laquelle rompra Jacques Chirac en 1995, en reconnaissant la responsabilité de « l’État français » dans les déportations de juifs. François Hollande ira plus loin en parlant en 2012 d’un « crime commis par la France ».

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