Le nombre de jeunes haredim qui quittent leur communauté est largement sous-estimé
Selon le dernier recensement, 15,3 % des hommes et 11,9 % des femmes haredim quittent leur communauté avant 30 ans. Une ONG réclame un plan national d'intégration dans la société
Les jeunes ultra-orthodoxes quittent la société haredi à un rythme plus élevé que prévu, selon les chiffres publiés par le pôle recherche et stratégie de l’organisation à but non lucratif Yotzim L’shinui.
Selon ces chiffres, adossés aux données du dernier recensement de la population israélienne, près de 15,3 % des jeunes hommes Haredim et 11,9 % des jeunes femmes quittent la société ultra-orthodoxe avant l’âge de 30 ans.
Il y a de cela plusieurs mois, Yotzim L’shinui, qui apporte de l’aide aux Haredim désireux de s’intégrer dans la société, déclarait dans son rapport annuel que le taux de départ s’élevait à 13,5 % chez les hommes et 9,6 % chez les femmes.
Ces précédents chiffres s’appuyaient sur l’enquête sociale annuelle menée par le Bureau central des statistiques sur un échantillon de plusieurs milliers de personnes, alors que le chiffre actualisé provient de données plus détaillées publiées dans le recensement national, réalisé une fois tous les dix ans sur un échantillon de plus de 15 % de la population, explique l’organisation.
Ces chiffres « servent de signal d’alarme pour tous les décideurs quant à l’ampleur du phénomène et au besoin urgent d’un programme national pour aider cette population à s’intégrer au mieux dans la société », souligne Adar Anisman, responsable de la stratégie et de la recherche chez Yotzim L’Shinui.
Aux côtés de plusieurs autres organisations, Yotzim L’Shinui presse le gouvernement d’adopter un programme national global pour aider ceux qui quittent la communauté à se former, entrer sur le marché du travail, faire leur service militaire et contribuer à la société.
Ceux qui quittent la société ultra-orthodoxe, souvent appelés en hébreu yotzim (ceux qui sortent/partent), peuvent faire face à de grosses difficultés pour construire leur vie en dehors de la communauté.
Selon l’organisation, les anciens Haredim sont nombreux à passer entre les mailles des programmes publics parce qu’ils ne sont pas reconnus comme une population distincte.
Parmi les autres obstacles figurent le manque de soutien au sein de la communauté pour ceux qui font leur service, les lacunes dans l’éducation et la formation professionnelle, le coût du logement et des études sans soutien financier familial, des salaires plus bas et l’absence d’un organisme gouvernemental unique chargé de coordonner l’aide.
Des études, à commencer par celles de Yotzim L’Shinui, ont révélé que le fait de quitter le monde ultra-orthodoxe était un processus complexe, et que nombre d’anciens Haredim conservaient certains aspects de leur vie passée. Selon l’organisation, 66 % de ceux qui quittent la communauté s’identifient toujours comme appartenant de près ou de loin à la société haredi, précise l’organisation.
La question a pris une importance accrue au moment où, à l’approche des prochaines élections à la Knesset, Israël débat de l’intégration de la communauté ultra-orthodoxe au sein de l’économie et de la société au sens large, à commencer par le service militaire.
Un nouveau parti politique, Amkha Yisrael, est favorable aux études dites profanes, à une plus grande participation à la population active et au service militaire des Haredim qui n’étudient pas à plein temps dans une yeshiva, ce qui est en net décalage avec la position des factions ultra-orthodoxes établies. Il est peu probable que ce nouveau parti atteigne le seuil électoral.
Dans les prochains jours, Yotzim L’Shinui va demander aux partis politiques qui se présentent à la Knesset de soutenir publiquement le développement d’un programme national. Un tel programme serait soutenu par environ 73 % de la population non haredi, selon un sondage mené en août auprès de 500 répondants juifs non Haredim.
« Investir dans ceux qui partent est avant tout un investissement dans la société israélienne », résume Nachi Pasikov, PDG de Yotzim L’shinui.
« Il est temps que l’État d’Israël ne considère plus ceux qui partent simplement comme une population qui a besoin d’aide, mais comme des jeunes désireux de s’intégrer, de s’instruire, de travailler, de faire leur service et de faire leur part. »