Le nouveau chef du CGRI a « souvent désavoué » les autorités iraniennes lors de discussions avec les États-Unis – média
Selon le WSJ , Ahmad Vahidi s'est opposé à des concessions à Washington et il a prôné des frappes contre Israël et le Golfe, contre l'avis du président et de certains ministres iraniens
Ahmad Vahidi, le commandant en chef du Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran, a été l’un des principaux acteurs des négociations entre les États-Unis et l’Iran, selon un portrait qui a été publié samedi dans le Wall Street Journal, lequel a par ailleurs révélé que le haut dirigeant paramilitaire avait poussé à adopter une ligne dure lors des discussions, préconisant de ne faire aucune concession à Washington.
Selon le Wall Street Journal, qui a cité les propos tenus par des responsables iraniens et arabes, Vahidi, qui est âgé de 67 ans, aurait préconisé que l’Iran tire les missiles balistiques qui se sont abattus sur Israël la semaine passée – Téhéran avait alors expliqué que ces agressions étaient venues en riposte à une frappe israélienne contre le quartier général du Hezbollah dans le sud de Beyrouth. A Téhéran, les plus modérés étaient hésitants, estimant que les attaques directes contre Israël compromettaient les discussions avec les États-Unis, a ajouté le Wall Street Journal. Mais au final, Vahidi l’avait emporté : l’Iran avait tiré 24 missiles sur Israël en plusieurs salves, entre dimanche soir dernier et lundi matin.
Un pari qui avait semblé avoir porté ses fruits, Téhéran et Washington ayant alors rapidement repris le chemin de la table des négociations.
Les deux parties seraient sur le point de signer un protocole d’accord ce dimanche.
Selon le Wall Street Journal, Vahidi et le CGRI « ont été le principal obstacle » à un accord avec les États-Unis. Ils ont poussé l’équipe de négociation iranienne à ne pas céder jusqu’à ce que les demandes de la république islamique soient satisfaites – ils estimaient que le pays était dans une position de force et qu’il n’avait pas besoin de faire des concessions à Washington.
Vahidi a insisté pour que l’Iran « rétablisse la dissuasion militaire », a indiqué le Wall Street Journal, à l’issue de semaines d’incessants bombardements américano-israéliens suivis par des mois de conflit prolongé et de blocus du détroit d’Ormuz. Il aurait également préconisé de nouvelles frappes sur les pays arabes du Golfe, en dépit de l’engagement des autorités politiques iraniennes à faire cesser de telles attaques.
Cette approche a été radicalement différente de celle, plus modérée, d’une grande partie des autorités politiques officielles en Iran, avec lesquelles Vahidi s’est « brouillé » ces derniers mois, a noté le journal.
A chaque désaccord, l’énigmatique commandant du CGRI « l’a emporté », est-il précisé, le journal ajoutant que Vahidi a « fréquemment désavoué » le président iranien Masoud Pezeshkian et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi.
Selon les sources du Wall Street Journal, les dirigeants politiques souhaitaient un accord rapide pour mettre fin à la guerre et rouvrir les voies maritimes bloquées, dans l’espoir de donner un peu d’air à une économie iranienne paralysée. Le CGRI, qui contrôle la présence de l’Iran dans le détroit d’Ormuz, y était, pour sa part, opposé.
C’est Vahidi qui avait aussi décidé de lier la fin de la guerre en Iran à la fin de la guerre d’Israël contre le Hezbollah au Liban, parvenant ainsi à lier les mains d’Israël dans sa lutte contre le groupe terroriste soutenu par l’Iran – ce qui avait fait craindre aux États-Unis qu’une action accrue de Tsahal au Liban ne fasse échouer les négociations, a expliqué le Wall Street Journal.
Vahidi exerce désormais un pouvoir supérieur à celui du président et des hauts diplomates de l’Iran. Cette ascension « presque sans précédent » l’a mené à la tête du prestigieux CGRI, a confié un expert au Journal, alors même qu’il manque d’expérience en tant que commandant en temps de guerre.
Il a fait la majeure partie de sa carrière dans le renseignement, est-il précisé, en-dehors d’un passage au poste de ministre de la Défense et de l’Intérieur de l’Iran dans les années 2010.
Vahidi avait été l’un des membres fondateurs du CGRI, en 1979 : trois ans plus tard, il avait pris la tête de son service de renseignement, alors qu’il était à peine âgé d’une vingtaine d’années. Par la suite, il avait été l’un des inspirateurs de l’unité d’élite Al-Qods du CGRI, celle qui forme les milices et autres groupes terroristes étrangers et qui dirige leurs opérations.
En sa qualité d’ex-chef de la force Al-Qods, Vahidi avait joué un rôle déterminant dans le développement du Hezbollah en tant que force militaire dans les années 1990, faisant du groupe terroriste la principale force armée au Liban, ces dernières décennies, grâce au soutien stratégique, économique, tactique et diplomatique de l’Iran.
Vahidi est recherché par Interpol pour l’attentat à la bombe de 1994 qui avait pris pour cible un centre communautaire juif en Argentine et qui avait fait 85 morts – un attentat dont la responsabilité avait été attribuée au Hezbollah.
Il fait par ailleurs l’objet de sanctions américaines en raison de son rôle dans la répression brutale des manifestations en faveur des droits des femmes iraniennes, en 2022, a ajouté le Wall Street Journal.
Aujourd’hui à la tête du CGRI, Vahidi détient un immense pouvoir, façonnant les positions de son pays lors des discussions avec les États-Unis, refusant, selon les médias, toute concession et insistant pour que l’Iran se montre fort après avoir été malmené par la guerre.
Le Wall Street Journal a souligné qu’il était désormais le porteur d’une « couronne dangereuse », celle que son prédécesseur avait portée pendant moins d’un an avant de se faire tuer au tout début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran.