Le Parti vert européen condamne les Verts britanniques pour leur position sur le sionisme
Le groupe européen juge leur motion appelant à remplacer Israël par un 'État palestinien démocratique' contraire à la solution à 2 États ; les Verts allemands la jugent 'intolérable' et le président d’Amnesty UK quitte le parti
Lundi, le Parti vert européen (EGP) s’est « sans équivoque » distancié du Parti vert de l’Angleterre et du Pays de Galles (GPEW), après que ce dernier a adopté une résolution qualifiant le sionisme de racisme, et soutenant la création d’un État palestinien unique couvrant l’ensemble du territoire d’Israël et des Territoires palestiniens. Le EGP a affirmé sur son site que cette position allait à l’encontre du soutien de longue date du mouvement européen à une solution à deux États.
« L’EGP a toujours soutenu une solution à deux États, garantissant l’autodétermination tant aux Israéliens qu’aux Palestiniens », a déclaré le parti européen dans un communiqué, ajoutant que sa position reposait sur « le droit égal d’Israël et de la Palestine à exister en tant qu’États souverains ». Il a souligné que le Parti vert d’Angleterre et du Pays de Galles avait lui-même contribué à l’élaboration de cette position commune au fil des ans.
Le GPEW a officiellement adopté cette ligne politique lors de son congrès annuel à Brighton dimanche, par 1 022 voix contre 813. Dans son propre communiqué annonçant le résultat, le parti a déclaré que la résolution l’établissait officiellement comme un parti antisioniste et réaffirmait son soutien à la « libération » palestinienne, au droit au retour, au mouvement anti-Israël Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), ainsi qu’à un embargo total sur les armes à l’encontre d’Israël.
La motion stipule que le sionisme doit être « traité comme toute autre forme de racisme », arguant qu’il « privilégie un groupe ethnique au détriment des autres ». Elle appelle à « un État palestinien unique et démocratique sur l’ensemble de la Palestine historique, avec Jérusalem pour capitale, l’égalité des droits pour tous et le droit au retour pour les Palestiniens et leurs descendants ».
Les Verts européens ont déclaré que leur direction et plusieurs partis membres avaient contacté le parti anglais et gallois avant le vote de dimanche pour exprimer leur « profonde inquiétude » concernant cette résolution.
« La motion ‘Le sionisme est un racisme’, telle qu’elle a été votée hier, va à l’encontre des positions convenues par l’EGP et ses partis membres », indique le communiqué, « c’est pourquoi, en tant qu’EGP, nous nous en distançons sans équivoque ».
Le EGP a simultanément réitéré ses vives critiques à l’égard d’Israël, affirmant qu’il condamnait « avec la plus grande fermeté le génocide contre les Palestiniens et les violations des droits de l’Homme commises par l’actuel gouvernement israélien », et qu’il avait toujours appelé à des sanctions de l’Union européenne contre ce gouvernement. Il a toutefois souligné que « la lutte contre l’antisémitisme et pour les droits de l’Homme est un élément essentiel de notre programme politique », et que le peuple juif « doit pouvoir vivre à l’abri de la discrimination et de la violence ».
Israël rejette catégoriquement les accusations selon lesquelles son action à Gaza constituerait un « génocide », affirmant que sa guerre est dirigée contre le groupe terroriste palestinien du Hamas et non contre la population palestinienne.
Les Verts européens ont également souligné que de nombreux membres du Green Party britannique, dont la plupart de ses députés, s’étaient publiquement opposés à la résolution, et que moins de 1 % des adhérents du parti avaient pris part au vote lors du congrès. Ils ont déclaré qu’ils « exigeraient immédiatement des éclaircissements » de la part de la direction du parti et du groupe parlementaire concernant leur position officielle sur l’autodétermination israélienne et juive ainsi que sur « la protection du peuple juif et des membres juifs du parti ».
La polémique s’est étendue à l’un des partis verts les plus en vue d’Europe : le co-dirigeant des Verts allemands, Felix Banaszak, a qualifié la motion britannique « d’intolérable et inacceptable » lors d’une conférence de presse.
« Elle va à l’encontre de tout ce que représente Alliance 90/Les Verts en Allemagne, et elle va également à l’encontre de ce que représente le Parti vert européen », a-t-il déclaré au journal The Guardian.
Banaszak a ajouté : « Il existe au sein du Parti vert européen un consensus selon lequel Israël a le droit d’exister et que ce droit ne doit pas être remis en cause », précisant que son parti consulterait ses partenaires européens sur la manière de réagir.
Parallèlement, Sandy Ruthven, président de la fondation caritative d’Amnesty International UK et membre de longue date du Green Party, a démissionné du parti à la suite de cette motion.
« Cette motion adoptée lors du congrès marque pour moi la fin du parcours. J’ai démissionné du parti », a écrit Ruthven sur LinkedIn. Il a reproché au parti de ne pas lutter contre les préjugés au sein de ses propres rangs tout en essayant de séduire « l’électorat d’extrême-gauche », affirmant que cela l’avait conduit « dans une impasse politique ».
« J’espère sincèrement que le parti trouvera le chemin du retour », a-t-il ajouté.
Le chef du Green Party, Zack Polanski, qui est juif, n’a pas pris part au vote de dimanche. Il s’est imposé comme l’un des critiques juifs les plus en vue d’Israël dans la politique britannique traditionnelle, appelant à la fin des ventes d’armes, des échanges commerciaux et des relations diplomatiques avec Israël, et accusant l’ancien Premier ministre Keir Starmer de complicité dans ce qu’il a qualifié de « génocide très évident à Gaza ».
Avant le congrès, Polanski avait déclaré à la BBC qu’il ne soutiendrait la motion sur le sionisme que si elle était amendée, notamment pour laisser ouverte la possibilité d’une solution à deux États.
Toutefois, l’un des co-auteurs de la motion a rejeté les modifications proposées.
Les membres du parti vert ont en effet rejeté deux amendements, dont l’un cherchait à atténuer les termes en lien avec la création d’un État palestinien démocratique unique. Un autre amendement visant à protéger les membres juifs du parti contre tout signalement interne pour racisme – lorsqu’ils fréquentent des lieux se revendiquant « sionistes », tels que des synagogues ou des centres communautaires – a aussi été rejeté.
Israël a vivement condamné cette résolution.
Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a annoncé que Polanski se verrait interdire l’entrée en Israël. De son côté, le ministère des Affaires étrangères a accusé le parti de légitimer le terrorisme et a déclaré que la motion appelait de fait à l’élimination d’Israël, tout en qualifiant l’autodétermination nationale juive de raciste.
Les organisations juives britanniques ont également fustigé cette position.
Le Board of Deputies of British Jews et le Jewish Leadership Council l’ont qualifiée « d’attaque contre la communauté juive » et de « programme antisémite », accusant le parti de déformer l’histoire et l’identité juives. Le Grand Rabbin Ephraïm Mirvis a qualifié la motion « d’antisémitisme virulent » et a rappelé que l’Assemblée générale des Nations unies avait adopté en 1975 une résolution assimilant le sionisme au racisme, avant de la révoquer en 1991.