Le plan de Trump ouvre une voie difficile pour le retour de l’AP à Gaza

Un analyste palestinien a affirmé que la proposition américaine de cessez-le-feu comporte 'de nombreux écueils' ; Ramallah espère un sauvetage de la part de ses alliés arabes dans un contexte de crise économique

Des Gazaouis inspectant les dégâts causés par une frappe aérienne israélienne sur une maison dans le camp de réfugiés de Nuseirat, à l'ouest de Gaza-City, le 27 septembre 2025. (Crédit : Ali Hassan/Flash90)

RAMALLAH, Cisjordanie — Chassée de Gaza il y a deux décennies par le Hamas, à court d’argent, avec son quartier-général en Cisjordanie, l’Autorité palestinienne semblait depuis longtemps n’avoir que peu d’espoir de diriger un jour un futur État palestinien.

Des perspectives qui paraissent toutefois s’être brièvement améliorées dans ma journée de lundi, quand le président américain Donald Trump a annoncé un plan visant à mettre un terme à la guerre à Gaza et qui laisse entrevoir un rôle futur pour l’Autorité palestinienne et pour son dirigeant âgé de 89 ans, le président Mahmoud Abbas – dont la fonction n’a pas été remise en cause par le biais d’élections depuis 2005.

Toutefois, les conditions qui sont énoncées dans le plan en 20 points de Trump exigent que l’Autorité palestinienne mène à bien des réformes difficiles avant de pouvoir prendre à nouveau la barre à Gaza – ce qui rend difficile son retour sur ce territoire où Israël a déclaré qu’elle ne pourrait tenir aucun rôle et où elle se heurte à l’opposition de son rival de longue date, le Hamas.

Le plan Trump pose des « pièges » à l’Autorité palestinienne

Si ses relations avec Washington ont connu de fortes fluctuations au fil des ans, l’Autorité palestinienne est reconnue par l’ONU, l’Union européenne, la Ligue arabe et par la majorité des pays du monde entier comme représentante du peuple palestinien. Elle a été la principale interlocutrice dans les efforts livrés à l’international en vue internationaux visant à résoudre le conflit israélo-palestinien et à convenir d’une solution à deux États.

Toutefois, Ghassan Khatib, professeur d’études internationales et de sciences politiques à l’université de Birzeit en Cisjordanie et ancien ministre de l’Autorité palestinienne, estime que le plan soumis par Trump ne laisse qu’une « possibilité théorique » pour un futur rôle de l’Autorité palestinienne à Gaza, « avec de nombreux pièges et avec de nombreuses conditions ».

« Ce plan n’est pas bon pour l’Autorité palestinienne, ni pour les aspirations politiques palestiniennes », affirme-t-il. « La Cisjordanie et Gaza ne formeront pas une unité intégrale ».

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’adresse à la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies par vidéoconférence depuis le siège des Nations unies, le 25 septembre 2025. (Crédit :Thaer GHANAIM / PPO / AFP)

Le Hamas n’a pas encore fait part de son positionnement sur ce plan, qui prévoit un terme immédiat à la guerre qui ravage Gaza depuis que le groupe terroriste a commis un pogrom dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, et qui veut garantir la remise en liberté des 48 otages qui se trouvent encore dans les geôles du groupe terroriste.

Cela fait longtemps que l’Autorité palestinienne se dit prête à prendre le relais du Hamas à Gaza, et elle a intensifié ses promesses de réformes depuis que l’administration Biden a lancé l’idée d’une AP « redynamisée » qui gouvernerait la bande dans l’après-guerre.

La proposition prévoit également le déploiement d’une force internationale de stabilisation qui formerait et qui soutiendrait la police palestinienne après vérification des antécédents de ses membres, en consultation avec la Jordanie et l’Égypte.

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Mustafa (au centre à gauche), écoute le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty (au centre), s’exprimer lors d’une conférence de presse du côté égyptien du poste-frontière de Rafah, à Rafah, le 18 août 2025. (Crédit : Khaled DESOUKI / AFP)

La force palestinienne, qui sera formée en Égypte et en Jordanie, aura une chaîne de commandement distincte de celle de l’Autorité palestinienne, a confié un haut-responsable jordanien. Son financement et sa supervision seraient assurés par un mécanisme arabo-islamique, les salaires n’étant pas directement liés à l’Autorité palestinienne.

Le département d’État américain a déclaré que Washington se concentrait sur la fin de la guerre à Gaza et sur le départ du Hamas du pouvoir, ainsi que sur la libération des otages et sur l’acheminement d’une aide humanitaire vitale pour la population de l’enclave. La Maison Blanche n’avait pas répondu à une demande de commentaire au moment de la rédaction de cet article.

Espoirs de réforme de l’Autorité palestinienne

Lors de sa création en 1994, les Palestiniens espéraient que l’Autorité palestinienne serait un tremplin vers la création d’un État en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, avec Jérusalem-Est comme capitale.

Un objectif qui semble plus difficile à atteindre que cela n’a jamais été le cas, malgré les récentes mesures prises par les États occidentaux pour reconnaître l’état palestinien.

L’élargissement des implantations israéliennes s’est accéléré et le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rejeté toute idée d’établissement d’un État palestinien, la qualifiant de menace pour Israël.

Les pays donateurs exhortent depuis longtemps l’Autorité palestinienne à lutter contre la corruption qui la gangrène.

Des véhicules circulent dans les embouteilages le long d’une rue principale de Ramallah, en Cisjordanie, le 22 septembre 2025. (Crédit : JOHN WESSELS / AFP)

Parmi les autres exigences, la refonte des programmes et des manuels scolaires. Netanyahu, dans un discours qui a été prononcé le 26 septembre à l’ONU, a déclaré que les manuels scolaires palestiniens enseignaient aux enfants « à haïr les Juifs et à détruire l’État juif » et que les dirigeants palestiniens « rémunèrent les terroristes pour qu’ils tuent des Juifs. Plus les terroristes tuent de Juifs, plus l’Autorité palestinienne les paie. L’Autorité palestinienne donne à ses bâtiments gouvernementaux, à ses places publiques et à ses écoles le nom de meurtriers de masse de Juifs, qu’elle glorifie en évoquant des « martyrs’. »

Il a également raillé la perspective d’une réforme fondamentale de l’Autorité palestinienne. « L’Autorité palestinienne est corrompue jusqu’à la moelle. Elle n’a pas organisé d’élections depuis 20 ans », a dit Netanyahu.

« Les hauts-responsables occidentaux… me disent : ‘L’Autorité palestinienne nous a promis qu’elle allait se réformer. Et je sais que cette fois-ci, Monsieur le Premier ministre, ce sera différent’. Oui, c’est ça », s’est amusé Netanyahu. « Cela fait des décennies que nous entendons ces promesses. Ils font toujours des promesses. Ils ne les tiennent jamais. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’adressant à la 80ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, au siège de l’ONU, à New York, le 26 septembre 2025. (Crédit : Timothy A. Clary/AFP)

Washington a également demandé la fin des paiements versés par l’Autorité palestinienne aux familles des Palestiniens tués ou emprisonnés par Israël, qualifiés de « Pay For Slay » [payer pour tuer] par le Premier ministre israélien et par d’autres détracteurs de cette pratique. Une requête qui a également été faite par l’ambassadeur américain auprès des Nations unies.

L’Autorité palestinienne affirme faire des progrès, soulignant qu’Abbas a aboli une loi, au mois de février, qui régissait ces versements d’argent. Les familles reçoivent désormais une aide via un fonds d’aide sociale, a affirmé un responsable palestinien.

L’Autorité palestinienne s’est également engagée à élaborer des programmes scolaires conformes aux normes des Nations unies.

Selon des analystes palestiniens, un obstacle pourrait être une demande formulée dans le plan 2020 de Trump qui exige des chefs palestiniens qu’ils reconnaissent Israël « en tant qu’État juif ». Selon Hani al-Masri, analyste, il sera impossible pour l’Autorité palestinienne de respecter cette condition. cette condition serait impossible à remplir pour l’Autorité palestinienne.

Abbas a déjà refusé cette demande, affirmant que l’Organisation de libération de la Palestine, qu’il préside, avait déjà reconnu Israël en 1993. Il a souligné que 21 % de la population israélienne est arabe, la majorité étant des des Israéliens d’origine palestinienne.

Des Palestiniens scandant des slogans en faveur de la reconnaissance occidentale d’un État palestinien, lors d’un rassemblement à Ramallah, en Cisjordanie, le 23 septembre 2025. (Crédit : Zain Jaafar/AFP)

L’Autorité palestinienne en crise économique grave, l’Arabie saoudite promet son soutien

Trump a indiqué que si l’Autorité palestinienne ne menait pas à bien les réformes prévues dans sa vision pour 2020, « elle ne pourrait s’en prendre qu’à elle-même », ajoutant que les Palestiniens bénéficiaient d’un « soutien incroyable » de la part des dirigeants arabes.

En septembre, l’Arabie saoudite s’est engagée à verser 90 millions de dollars pour renforcer les finances de l’Autorité palestinienne dans le cadre d’une initiative qui a aussi obtenu l’appui de plusieurs gouvernements occidentaux afin d’aider à stabiliser ses finances, qui connaissent une crise profonde.

Les caisses de l’Autorité palestinienne, depuis longtemps en désordre, ont subi des pressions supplémentaires depuis le déclenchement de la guerre à Gaza, Israël retenant les recettes fiscales qui sont collectées en son nom.

Ryad a également coparrainé une conférence des Nations unies en soutien à la solution à deux États, diffusant une déclaration soutenant une administration de transition à Gaza sous l’égide de l’Autorité palestinienne.

Des Gazaouis inspectant les dégâts causés par une frappe aérienne israélienne sur une maison dans le camp de réfugiés de Nuseirat, à l’ouest de Gaza-City, le 27 septembre 2025. (Crédit : Ali Hassan/Flash90)

Le plan de Trump pour Gaza laisse entrevoir la possibilité d’un État palestinien, affirmant que « si le redéveloppement de Gaza progresse et que le programme de réforme de l’Autorité palestinienne est fidèlement mis en œuvre, les conditions pourraient enfin être réunies pour ouvrir une voie crédible vers l’autodétermination et vers la création d’un État palestinien ».

L’Autorité palestinienne a salué ses efforts visant à mettre un terme à la guerre. Nabil Abu Rudeineh, conseiller d’Abbas, a déclaré à Reuters que l’Autorité palestinienne respectait les engagements pris avant la reconnaissance de la Palestine par la France, la Grande-Bretagne et le Canada : « Nous mettons en œuvre ces réformes ».

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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