Le plus haut responsable de l’EI à Gaza tué dans une frappe aérienne de Tsahal
Selon le Hamas, 5 personnes de plus sont mortes de faim et 48 ont été tuées en 24 heures ; Netanyahu critique la cheffe du PAM : ses déclarations sur la famine contrediraient ses propos lors de la réunion
Vendredi soir, l’armée israélienne a annoncé avoir éliminé le plus haut responsable de l’État islamique dans la bande de Gaza, Muhammad Abd al-Aziz Abu Zubaida, au cours d’une frappe menée la semaine dernière dans la région d’Al-Bureij, au centre de l’enclave côtière.
Selon Tsahal, cette frappe aérienne a été menée sous la direction du Commandement sud, et sous la supervision de la Direction du renseignement militaire.
Abu Zubaida, à la tête du district palestinien de l’EI, était en charge de la politique, de la planification et de la mise en œuvre des opérations du groupe en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et dans la péninsule du Sinaï.
L’armée a indiqué que l’organisation terroriste s’était activement engagée dans des combats contre l’armée israélienne, facilitant de surcroît le transfert d’armes et de fonds destinés au terrorisme depuis la Cisjordanie vers Gaza.
Vendredi également, l’armée israélienne a fait savoir que les alertes ayant retenti dans les zones ouvertes de la région frontalière de Gaza étaient duesà une erreur d’identification lors d’un tir de roquette. Selon l’armée, un missile intercepteur a été lancé et les alertes ont été déclenchées, conformément à la procédure standard.
En début de journée, l’armée a déclaré avoir intensifié ses opérations armées dans le secteur de la ville de Gaza dans le cadre de son plan visant à prendre le contrôle total de la ville, mettant ainsi fin aux pauses temporaires prévues pour l’acheminement de l’aide humanitaire.
« Les pauses tactiques locales dans les activités militaires ne s’appliqueront plus au secteur de la ville de Gaza, qui constitue une zone de combat dangereuse », a expliqué l’armée. Les attaques contre la ville de Gaza se sont progressivement intensifiées au cours de la semaine dernière. Israël a par ailleurs exhorté les civils à rejoindre le sud de l’enclave palestinienne.
Le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, a précisé vendredi que cinq personnes, dont deux enfants, étaient mortes de malnutrition et de famine au cours des dernières 24 heures, portant à 322 le nombre total de décès présumés dus à ces causes depuis le début de la guerre. Les tirs israéliens sur l’enclave palestinienne assiégée ont causé la mort de 48 personnes vendredi, selon les autorités locales de santé.
La semaine dernière, un observatoire de la faim dans le monde agissant en collaboration avec les Nations Unies et les principales agences d’aide humanitaire a rendu public un rapport attestant de l’existence d’une famine à Gaza. Un rapport rejeté par Israël, qui a invoqué des informations « montées de toutes pièces » et basées sur des données manipulées.
Deux jours après s’être entretenu à Jérusalem avec Cindy McCain, directrice exécutive du Programme alimentaire mondial des Nations unies, le Premier ministre Benjamin Netanyahu l’a critiquée vendredi par l’intermédiaire de son cabinet pour avoir tenu des propos qui, selon lui, contredisaient ce qu’elle avait dit durant leur réunion.
« Mme McCain a convenu que l’aide pillée par le Hamas n’atteint pas sa destination humanitaire, et que le Hamas s’empare de l’aide et la revend à des prix exorbitants », a affirmé le cabinet du Premier ministre.
« Mme McCain a déclaré que, lors de son récent déplacement à Gaza, elle avait constaté une amélioration spectaculaire : des denrées alimentaires étaient disponibles, les prix avaient baissé et les marchés proposaient des produits en quantité suffisante, à des tarifs raisonnables », a poursuivi le bureau de Netanyahu. « Il est regrettable que, depuis ces échanges, Mme McCain ait fait des déclarations contredisant ce qu’elle a dit à Jérusalem durant la réunion. »
Le cabinet du Premier ministre n’a pas précisé à quelles déclarations prétendument contradictoires de McCain il faisait allusion. McCain s’est effectivement exprimée publiquement à plusieurs reprises sur la famine à Gaza, mais sans apparemment blâmer directement Israël.
D’après le sénateur américain Lindsey Graham, également présent à la réunion, les échanges se sont très bien déroulés.
« J’ai rencontré des enfants affamés qui recevaient un traitement contre la malnutrition sévère. J’ai vu des photos d’eux lorsqu’ils étaient en bonne santé. Aujourd’hui, ils sont méconnaissables », a confié McCain, selon le PAM.
« Nous avons besoin d’un cessez-le-feu. Je compatis de tout cœur avec les mères de Gaza et avec les mères des otages israéliens, dont les enfants souffrent tous actuellement de la faim. Cela suffit », a indiqué McCain au cours d’une visite à Ramallah. « Nous pouvons rapidement intensifier l’aide humanitaire afin d’atteindre les personnes les plus vulnérables à Gaza, soutenir le retour de tous les otages, et jeter les bases de la paix et de la stabilité. »
Netanyahu et McCain ont publié un communiqué conjoint à l’issue de leur rencontre, qualifiant celle-ci de « constructive » et soulignant l’augmentation récente de l’aide apportée à Gaza.
Vendredi, l’Organisation mondiale de la santé a pour sa part annoncé être désormais à court de fournitures médicales essentielles pour traiter une recrudescence des cas, dans l’enclave palestinienne, d’un syndrome rare provoquant une paralysie.
Quatre-vingt quatorze cas de syndrome de Guillain-Barré ont été recensés à Gaza depuis juin, ayant causé la mort de 10 personnes. Ce syndrome avait rarement été observé dans l’enclave avant le début de la guerre entre Israël et le Hamas il y a près de deux ans, a ajouté l’OMS.
Le SGB est une maladie autoimmune rare, dans laquelle le système immunitaire d’une personne attaque ses nerfs périphériques. Dans les cas graves, un patient peut faire face à une paralysie quasi totale, accompagnée de problèmes respiratoires, selon l’OMS.
Parmi les victimes, on dénombre quatre enfants de moins de 15 ans, ainsi que six patients d’un âge moyen de 25 ans, a poursuivi l’OMS. Deux des victimes n’ont bénéficié d’aucun traitement, ce qui reflète la pénurie critique de fournitures médicales essentielles, a-t-elle déploré.
La recrudescence des cas de SGB pourrait être principalement due aux infections gastro-intestinales et respiratoires, étroitement liées à la détérioration des conditions d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène, a expliqué l’OMS.
L’armée israélienne a quant à elle affirmé vendredi qu’elle continuerait à apporter son soutien aux mesures de distribution de l’aide dans toute l’enclave, à l’exception de la ville de Gaza, tout en menant simultanément « des opérations offensives contre les groupes terroristes présents dans l’enclave afin de protéger les civils israéliens ».
L’armée se prépare à lancer une offensive visant à prendre le contrôle de la ville de Gaza, où se trouvent actuellement environ un million de Palestiniens – soit près de la moitié de la population de l’enclave. Tsahal a appelé les civils à évacuer la ville, et à se rendre dans le sud de l’enclave.
Jérusalem poursuit son projet, malgré une importante opposition internationale (à l’exception des États-Unis) et en dépit de la colère de nombreux citoyens israéliens pour qui cette initiative fait courir un risque injustifié aux otages restants et aux soldats, et qui préfèreraient un accord global avec le groupe terroriste du Hamas pour obtenir la libération des captifs en échange de la fin de la guerre.
Vendredi également, l’armée israélienne a fait savoir dans un communiqué que les soldats opérant dans le quartier de Zeitoun, dans la ville de Gaza, avaient « identifié un groupe de terroristes cachés dans un bâtiment militaire situé à environ 100 mètres d’eux ».
Les soldats ont alors « ordonné à un avion de combat d’attaquer le bâtiment et ont éliminé les terroristes », a précisé le communiqué, accompagné d’une vidéo de l’incident.
L’armée a de plus visé un poste d’observation permettant de surveiller les soldats, et publié des images de l’attaque.
Jeudi soir, les combattants de Tsahal opérant à Zeitoun ont découvert et détruit un tunnel du Hamas d’environ un kilomètre de long, abritant des quartiers d’habitation et des armes.
La guerre à Gaza a commencé le 7 octobre 2023, lorsque des milliers de terroristes dirigés par le Hamas ont envahi Israël, tuant quelque 1 200 personnes et en prenant 251 autres en otage. Parmi les captifs, 48 sont toujours retenus. Vingt à 22 d’entre eux seraient encore en vie.
Selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, plus de 62 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes dans les combats jusqu’à présent. Ces chiffres sont toutefois invérifiables, et ne font pas la distinction entre civils et hommes armés. Israël affirme avoir tué plus de 22 000 hommes armés au combat en août et abattu 1 600 autres terroristes sur le sol d’Israël pendant et immédiatement après l’attaque du 7 octobre.
Israël a affirmé chercher à limiter le nombre de victimes civiles, soulignant que le Hamas utilise les civils de Gaza comme boucliers humains, attaquant depuis des zones civiles, notamment des habitations, des hôpitaux, des écoles et des mosquées.
Le bilan israélien de l’offensive terrestre contre le Hamas à Gaza ainsi que des opérations militaires le long de la frontière avec la bande de Gaza s’élève à 460 morts.