Le premier contre-interrogatoire de Netanyahu depuis plus de deux mois écourté

Le Premier ministre accuse les autorités d’avoir fait pression sur Shlomo Filber et nie que Shaul Elovitch se soit plaint auprès de lui, contredisant sa déposition de 2018

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu arrivant dans la salle d’audience pour son témoignage dans le procès intenté contre lui, au tribunal de Tel Aviv, le 28 octobre 2025. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a témoigné mardi pour la première fois depuis plus de deux mois, son audition ayant été interrompue en raison de la guerre contre la République islamique d’Iran. L’audience s’est en outre terminée près de deux heures plus tôt que prévu.

Avant l’ouverture de l’audience, Netanyahu s’est entretenu avec les juges dans leur bureau, aux côtés de la procureure Yehudit Tirosh et de ses avocats de la défense. Un tel échange en amont d’une audience est rare. Le contenu n’a pas été rendu public.

Le contre-interrogatoire a pris fin à 14 h, au lieu de 16 h. Les juges n’ont pas expliqué les raisons pour lesquelles ils ont accédé à la demande de lever l’audience plus tôt, mais la décision est intervenue après la remise d’un message dans une enveloppe au Premier ministre, suivie de sa brève sortie de la salle.

Le témoignage a repris là où Netanyahu s’était arrêté lors de la dernière audience, le 24 février, portant notamment sur une rencontre présumée en 2015 avec Shlomo Filber, alors directeur général du ministère des Communications.

Filber affirme que le Premier ministre lui avait donné pour instruction lors de cette réunion de prendre des décisions susceptibles de favoriser financièrement Shaul Elovitch, alors actionnaire majoritaire de la société de télécommunications Bezeq, en échange d’une couverture médiatique favorable du site Walla, propriété du groupe.

Au cours de l’audience, Netanyahu a dénoncé ce qu’il a qualifié d’intimidation exercée par les autorités sur Filber, devenu un témoin clé de l’accusation, afin de le contraindre à livrer un faux témoignage.

Shlomo Filber, ancien directeur-général du ministère des Communications, lors d’une audience dans le cadre du procès contre Benjamin Netanyahu, au tribunal de Jérusalem, le 1er juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Ils ont menacé de détruire sa famille, ils ont menacé sa femme et ses enfants », a-t-il déclaré, estimant que de tels agissements « auraient dû choquer les autorités judiciaires dans un pays démocratique ».

Après son arrestation en 2018, Filber a accepté de devenir témoin à charge et a témoigné contre le Premier ministre.

L’accusation soutient que Netanyahu lui a ordonné de prendre des décisions réglementaires favorisant Elovitch dans le cadre d’un accord illicite de contrepartie entre le magnat et le Premier ministre.

Lors de son contre-interrogatoire, Filber est toutefois revenu sur ses déclarations initiales, affirmant que Netanyahu ne lui avait donné aucune instruction visant à favoriser Bezeq, avant de se rétracter à nouveau et de confirmer devant le tribunal que son témoignage initial était exact.

Le parquet a demandé l’annulation de l’accord de témoin à charge conclu avec Filber, ce qui pourrait l’exposer à des poursuites.

Filber avait auparavant accusé les enquêteurs de la police d’avoir tenté de le manipuler au cours de l’enquête.

Au cours de l’audience de mardi, la procureure Tirosh a demandé au Premier ministre si Elovitch s’était déjà plaint auprès de lui de problèmes liés aux services de télécommunications. Netanyahu a répondu par la négative. Tirosh a alors relevé que cette réponse contredisait sa déposition de 2018, dans laquelle il avait déclaré ne pas s’en souvenir.

« Comment se fait-il que ce dont vous ne vous souveniez pas en 2018 soit devenu un “non” catégorique ? », a-t-elle demandé.

« Les enquêteurs tentent ici de me pousser à dire certaines choses ; ils essaient de me piéger », a répondu Netanyahu.

Me Amit Hadad durant l’audience du procès contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au tribunal de Tel Aviv, le 7 décembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président de la Knesset Amir Ohana, la ministre des Renseignements Gila Gamliel et les députés du Likud Tali Gotliv et Tsega Melaku ont assisté à l’audience en soutien à Netanyahu.

Après plusieurs interruptions de Gotliv, la juge Rivka Friedman-Feldman lui a lancé : « Madame la députée, si vous souhaitez transmettre des messages aux avocats, faites-le par écrit afin que personne ne puisse les entendre. »

Le procès devait reprendre lundi, mais l’audience a été annulée à la dernière minute en raison de préoccupations sécuritaires soulevées par l’avocat de Netanyahu, Hadad.

Netanyahu a témoigné à 80 reprises à ce jour et approche de la fin de son contre-interrogatoire dans l’affaire 4000, qui porte sur des accusations selon lesquelles il aurait autorisé des décisions réglementaires ayant profité financièrement au magnat des télécommunications Shaul Elovitch à hauteur de plusieurs centaines de millions de shekels.

Lors de son témoignage, Netanyahu a fermement nié l’existence de tout accord avec Elovitch et a soutenu que le site Walla ne lui avait pas accordé une couverture favorable.

Selon les estimations du parquet, citées par Haaretz, il lui resterait entre quatre et huit audiences dans l’affaire 2000, qui concerne un accord présumé avec Arnon Mozes, éditeur du journal Yedioth Ahronoth.

La reprise des audiences intervient après une déclaration du président Isaac Herzog, qui a écarté dimanche, du moins à ce stade, la possibilité d’accorder une grâce à Netanyahu, malgré une demande officielle du Premier ministre et des pressions du président américain Donald Trump. Lundi soir, Herzog a convié des représentants du parquet et de la défense à discuter de cette question à sa résidence officielle.

Netanyahu est le premier Premier ministre en exercice à être jugé en Israël. Il a toujours nié toute malversation et affirme que les accusations portées contre lui, qui l’accusent d’avoir échangé des faveurs politiques contre des cadeaux et une couverture médiatique favorable, relèvent d’une chasse aux sorcières et d’une tentative de déstabilisation politique orchestrée par ses adversaires.

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